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"Gilets jaunes" : de droite à gauche, les partis plongés dans l’embarras

Un rassemblements de "Gilets jaunes" à Albert (Somme) le 9 novembre 2018.
Un rassemblements de "Gilets jaunes" à Albert (Somme) le 9 novembre 2018. Phillipe Huguen, AFP

Face au mouvement citoyen des "Gilets jaunes", les partis politiques ont une position difficile à tenir : soutenir les manifestants sans les récupérer, et garder en tête l'objectif écologique. Un défi que peine à relever l'opposition.

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La mobilisation contre "une fiscalité écologique injuste" a pris les partis d'oppositon de court et les plonge, pour la plupart, dans l’embarras. Comment se montrer proche des citoyens (plus de 850 000 personnes ont signé la pétition à l’origine du mouvement des "Gilets jaunes", des centaines d’appels au blocage fleurissent sur Facebook) sans paraître vouloir récupérer un mouvement autoproclamé apolitique ? Voire sans contredire leurs positions passées sur l'environnement ? Telle est l’équation sur laquelle butent tous les partis politiques face au mouvement des "Gilets jaunes", qui dénonce un "matraquage fiscal" subi par les plus modestes. Cette équation s’incarne dans la ligne que quasi tous les partis d’opposition ont adoptée : "soutenir-le-mouvement-mais-pas-les-blocages". Passage en revue des positions des uns et des autres, de l’extrême droite à l’extrême gauche.

>> À lire : Édouard Philippe maintient la taxe carbone, annonce des mesures pour apaiser la fronde

• Rassemblement national

La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a été l’une des premières à afficher son soutien au mouvement. Dès la fin octobre, elle a appelé  cadres et élus à se joindre aux "Gilets jaunes". Si la députée du Pas-de-Calais n’ira pas manifester, les élus de sa formation ont l’autorisation de déployer des banderoles au bord des routes. Les militants de son parti ont d’ailleurs multiplié les tractages de soutien. La présidente du RN a justifié sa position sur France Inter :"La place d'un chef de parti n'est pas au sein des manifestations". Une position qui lui permet de dénoncer au passage les tentatives de récupération de ses concurrents politiques.

Si "une bonne partie des élus RN seront sur les points de rassemblement", selon Wallerand de Saint-Just, conseiller régional RN d'Île-de-France, militants et cadres sont cependant priés de ne pas arborer de signes distinctifs du parti le 17 novembre, sans doute pour ne pas prêter le flanc aux accusations de récupération par l’extrême droite. "C’est facile d’aller hurler avec les loups (…), la manifestation du 17 novembre est totalement instrumentalisée par Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan qui sont de grands irresponsables sur ce sujet", a d’ailleurs dénoncé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

• Debout la France

Nicolas Dupont-Aignan, ex-allié de Marine Le Pen, ira manifester. Il n'a pas hésité à arborer la tenue du ralliement.

Il faut dire que c’est l’un des militants de son mouvement qui a contribué à populariser la mobilisation, en publiant sur sa page Facebook une vidéo devenue virale (plus de 4,4 millions de vues à ce jour).

"Quelqu’un, j’ignore qui, a lancé sur Facebook une idée de mobilisation générale du peuple français afin que le 17 novembre nous soyons tous à bloquer les axes de circulation principaux du pays pour protester contre la hausse du prix de l’essence […] Je vous propose à tous de contacter vos amis et d’aller bloquer votre ville, les rocades, les péages d’autoroute […] Je vous demande de partager massivement cette vidéo", y déclare Frank Buhler, militant du Tarn-et-Garonne, le 23 octobre. L’ancien membre du Rassemblement national est  sous le coup d’une procédure d’expulsion du parti de Marine Le Pen, notamment pour des propos racistes tenus sur Twitter.

• Les Républicains

Le 17 novembre, Laurent Wauquiez troquera sans doute sa sempiternelle parka rouge contre un tout aussi seyant gilet jaune. Le président du parti Les Républicains (LR) va se joindre à une manifestation dans son département, la Haute-Loire.

"La position de LR est simple : nous serons du côté des manifestants en colère, mais sans appel à bloquer, car c'est contre-productif", a expliqué le vice-président du parti, Guillaume Peltier, à 20 Minutes.

Avec le  député LR Damien Abad, celui-ci a carrément proposé, début novembre, un "chèque carburant" de 100 euros distribué à "13 millions de Français de province" qui n’ont "pas accès aux transports en commun", mesure pour compenser la "hausse excessive des taxes" sur le diesel. Sans se montrer trop regardant sur le coût exorbitant de cette mesure, pas vraiment en phase avec le contrôle de la dépense publique que l’on défend traditionnellement à droite. Une proposition d’ailleurs très loin de faire l’unanimité chez LR.

• Parti socialiste

Pas évident de se positionner pour le Parti socialiste, qui, depuis son naufrage à la présidentielle, poursuit sa dégringolade sans parvenir à renouer avec ses électeurs. "Nous soutenons les Français qui se mobilisent pour défendre leur pouvoir d’achat", a affirmé le patron du PS, Olivier Faure. C’est le gouvernement qui place "ce mouvement citoyen sous l’égide du RN pour mieux le disqualifier", a-t-il estimé, sans doute soucieux de ne pas entrer en contradiction avec le positionnement écologiste du PS. Pas d’appel à manifester officiel, donc, même si certains cadres socialistes seront dans la rue. Il est vrai  qu’il est pour le moins paradoxal pour  un parti qui a créé la taxe carbonede soutenir une manifestation contre la hausse du prix des carburants.

L’ancien candidat socialiste à la présidentielle et désormais leader de Génération. S, Benoît Hamon, estime pour sa part qu’il y a des "colères politiques légitimes (…)".  "Mais je n’irai pas manifester à côté du FN", a-t-il prévenu.

• France Insoumise

Même embarras du côté de la France Insoumise. Entre les positions écologiques du parti et sa crainte de voir le mouvement des "Gilets jaunes" récupéré par la droite dure et extrême, difficile de se positionner. Jean-Luc Mélenchon, sans appeler à participer au blocage a finalement souhaité "le succès" du mouvement. "On me dit 'il y a des fachos là-dedans'. Oui, oui, il y en a partout. Et il y a aussi beaucoup de fâchés qui ne sont pas fachos, et ceux-là ils ont raison d’être fâchés (…) cette colère est juste, elle porte sur quelque chose qui a un sens", a-t-il déclaré lors d’un meeting à Pau (Pyrénées-Atlantiques) le 8 novembre.

Certains cadres de LFI, comme François Ruffin, y participeront à titre personnel. "J'y vais pour écouter, pour comprendre", a déclaré sur France Inter le député de la Somme, devenu l’une des personnalités les plus populaires de LFI, après des interventions très remarquées à l’Assemblée nationale.

Clémentine Autain, elle, n’en sera pas. La députée de Seine-Saint-Denis refuse de "défiler à l'appel de Minute (parution d'extrême droite, NDLR) et avec Marine Le Pen", a-t-elle expliqué dans Le Monde le 6 novembre.

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