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"L'apolitisme des 'Gilets jaunes' est leur force et leur faiblesse"

 Des "Gilets jaunes" rassemblés devant l'hôtel Negresco, à Nice, le 15 novembre.
Des "Gilets jaunes" rassemblés devant l'hôtel Negresco, à Nice, le 15 novembre. Valéry Hache, AFP

Qui sont les "Gilets jaunes" et comment le mouvement a-t-il vu le jour ? À la veille d'une mobilisation dont il est impossible de prédire l'ampleur, France 24 fait le point.

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Les dizaines de milliers de "likes" et de promesses de blocages seront-ils concrétisés ? Impossible de prédire si la mobilisation des "Gilets jaunes", née sur les réseaux sociaux, fédèrera samedi 17 novembre, autant que sa résonance numérique le laisse supposer. Le mouvement, qui s’est développé hors des partis et syndicats traditionnels, se présente comme une entité hétérogène.

>> À lire : "Gilets jaunes" : Édouard Philippe maintient la taxe carbone, annonce des mesures pour apaiser la fronde

"Touche pas à ma voiture"

"Il y a eu des précédents de ce type, des blocages d’autoroute, notamment par des routiers, et des travailleurs de transports, mais l’ampleur semble aujourd’hui beaucoup plus importante que par le passé car la mobilisation concerne toutes les catégories d’automobilistes", analyse Philippe Braud, spécialiste de sociologie politique au Cevipof contacté par France 24. Le chercheur distingue quatre catégories de citoyens mobilisées : "Ceux qui adorent ce mode de déplacement et sont dans le 'touche pas à ma voiture', ceux qui utilisent leur véhicule comme outil de travail et sont très pénalisés par la hausse des prix des carburants, les résidents suburbains de banlieue qui ne bénéficient pas des transports en commun et enfin les ruraux qui ont absolument besoin de leur voiture pour faire les courses, aller voir le médecin, bref pour la vie de tous les jours".

"Aucun engagment militant" des leaders

Comme le rapporte Francetvinfo, le mouvement est parti de deux appels numériques. D’abord la pétition sur la plateforme Change.org "Pour une baisse des prix du carburant à la pompe" lancée en mai par Priscillia Ludosky, gérante d'une boutique en ligne de cosmétiques vivant en Seine-et-Marne. Son manifeste comptabilise à ce jour plus de 860 000 signatures. Deux chauffeurs routiers de son département relaient son initiative sur leur page Facebook début octobre et font une proposition de blocage. Rapidement, des groupes locaux se créent, le nombre de pétitionnaires s'envole et fin octobre, des centaines d’appels à la mobilisation voient le jour à travers toute la France.

>>À lire : "Gilets jaunes" : de droite à gauche, les partis plongés dans l’embarras

D’après RTL, qui a pu se fournir une note interne des Renseignements généraux, les principaux initiateurs du mouvement sont Franciliens – cinq hommes et trois femmes, âgés de 27 à 35 ans. "Il s'agit d'individus au profil plutôt neutre, ne révélant aucun engagement militant, et sans lien connu avec des groupes à risque", précise le média. Ils partagent en revanche une "passion commune", constate le document :"les rassemblements automobiles".

"Parenté poujadiste"

De jour en jour, l'exaspération contre une fiscalité écologique vue comme pénalisant exagérément les conducteurs et les plus modestes, se transforme en un mécontentement plus large contre la baisse du pouvoir d’achat. Philippe Braud n’y voit "absolument pas" une révolte des classes moyennes appauvries. "Je perçois plutôt une forme de poujadisme, une hostilité contre les taxes qui s’apparente à ce mouvement des années 1950 qui avait vu des commerçants se dresser contre la 'patente' [un impôt local, NDLR] et la 'gestapo fiscale'".

"On peut voir une parenté avec les jacqueries dans le sens où elles étaient des explosions populaires qui rassemblaient dans les campagnes bien au-delà des seuls travailleurs agricoles et qui n’avaient pas de représentant mandaté ni de vision cohérente de l’émancipation. Autre point commun, ces mouvements étaient dirigés contre la noblesse qui était vue comme une caste sourde aux difficultés rencontrées par le peuple", analyse de son côté Alexis Spire, directeur de recherche au CNRS, dans Le Monde et auteur de "Résistances à l’impôt, attachement à l'État" (edition du Seuil).

Un rapport à l'État "grippé"

Celui-ci estime que le mouvement résulte aussi d’un rapport à l’État et aux services publics aujourd’hui "grippé". "L’une des raisons est que les contribuables du bas de l’échelle sociale ne voient plus la contrepartie de ce qu’ils payent. Il n’est pas surprenant que le mouvement ait pris dans les zones rurales ou les villes moyennes : ce sont ces territoires qui ont pâti du recul et de la dégradation des services publics depuis plus de dix ans".

"Ils ont vu partir les tribunaux, fermer les hôpitaux et disparaître les trésoreries. La contrepartie de l’impôt n’est plus tangible", poursuit-il.

Effet à retardement de la démission de Nicolas Hulot

Si ce mécontentement surgit aujourd’hui, c’est d’abord, évidemment, en raison de l’augmentation du prix de l’essence – due à sa taxation, mais aussi à l’augmentation du prix du pétrole. "Mais la démission de Nicolas Hulot a eu un effet à retardement : le discours écologiste du gouvernement a dès lors été perçu comme un discours de façade, et les efforts demandés sont mal passés", analyse Philippe Braud.

La mobilisation, virtuelle et réelle, est-elle destinée à se poursuivre ? "La force de ce type de mouvement, c’est d’être en apparence apolitique, mais c’est aussi sa faiblesse : le soufflé peut vite retomber. Je ne crois pas au prolongement de cette crise automobilistique", répond Philippe Braud.

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