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Incertitudes et tractations à un mois de la présidentielle en RD Congo

Des suppporters de Félix Tshisekedi, leader de l'UDPS, s'opposant à la candidature de Martin Fayulu.
Des suppporters de Félix Tshisekedi, leader de l'UDPS, s'opposant à la candidature de Martin Fayulu. Reuters

Opposition unie puis divisée à nouveau, polémiques sur la machine à voter, affrontements dans l'Est, colère à l'université de Kinshasa… La présidentielle du 23 décembre en RD Congo approche, mais son déroulement semble toujours aussi incertain.

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Les réjouissances auront été de courte durée. Samedi 11 novembre, les sept principaux leaders de l’opposition congolaise ont désigné un candidat unique, Martin Fayulu, pour les représenter à la présidentielle du 23 décembre au sein de la coalition Lamuka ("Réveille-toi", en lingala). Une première. Las, moins de 24 heures plus tard, les deux poids lourds de l’accord, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, s’en retiraient sous la pression de leur base électorale et de cadres de leurs partis respectifs. "Nous avons été grugés, j'ai le sentiment d'avoir été trahi [par le processus de désignation du candidat unique]. Je remercie ma base de m'avoir sorti de là", a ensuite réagi Félix Tshisekedi.

Le retrait des signatures a été un coup dur pour la première coalition d’opposition de l’histoire du pays. Unie, elle avait de fortes chances de l’emporter pour cette présidentielle à un tour face à Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat de la majorité désigné par le président sortant Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans et interdit de prétendre à un troisième mandat.

>> À lire : Martin Fayulu, le bouillant candidat de l'opposition face au "système Kabila"

Tout n’est pas perdu pour Martin Fayulu, qui peut toujours compter sur le soutien de l’homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur de la province du Katanga, très populaire dans le sud-est, et de Jean-Pierre Bemba, l’ancien vice-président récemment libéré de la Cour pénale internationale et qui bénéficie d’une solide assise dans la province de l’Équateur. Pour ce dernier, le retrait de Félix Tshisekedi est "suicidaire", et "la route qu'il a prise est totalement sans issue, et je crois qu'il en a conscience".

Les deux hommes, dont les candidatures ont été invalidées par la Cour constitutionnelle, continuent à appeler leurs deux "collègues", Tshisekedi et Kamerhe, à honorer leur signature. Lors d’une réunion à Bruxelles le 15 novembre, ils ont renouvelé leur engagement dans la coalition, aux côtés de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito et de l’économiste Freddy Matungulu. "Le peuple congolais doit être libéré, c’est la première alternance pacifique. J’invite le peuple congolais à soutenir Martin Fayulu et je demande à nos amis de nous rejoindre et de revenir à la raison", a annoncé Moïse Katumbi.

Crispations autour de la machine à voter

Martin Fayulu est attendu à Kinshasa le 21 novembre, la veille du lancement de la campagne électorale. Il est peu probable qu’il soit accompagné de Katumbi, sous le coup d’un "mandat d’arrêt international" du parquet général congolais après avoir été condamné par contumace à trois ans de prison dans une affaire de spoliation immobilière. Mais le soutien de Jean-Pierre Bemba, dont le retour dans la capitale en août avait mobilisé des milliers de Congolais en liesse, devrait permettre une arrivée remarquée à la coalition. La puissante Église catholique, qui a dénoncé à de nombreuses reprises le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, pourrait aussi apporter son soutien à Lamuka dans la semaine.

"Le combat est engagé pour obtenir les élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées", a déclaré Martin Fayulu sur RFI. Pour lui, elles passeront par l’abandon de la machine à voter, qualifiée par l’opposition et une partie de la société civile de "machine à tricher" susceptibles de favoriser Emmanuel Ramazani Shadary. De nombreux observateurs questionnent aussi l’utilisation de la machine à voter dans l’ensemble du pays. Nécessitant l’installation de générateurs électriques, il n’est pas garanti qu’elles fonctionnent le jour du vote dans un pays où les coupures de courant sont très fréquentes.

De l’aveu même du candidat, peu connu au-delà de Kinshasa et sa région, sa désignation arrive "tard", alors que le dauphin de Kabila enchaîne déjà les meetings. "Si nous nous organisons correctement, nous pouvons récupérer ce retard le plus rapidement possible", soutient Martin Fayulu.

>> À lire : À deux mois du scrutin, la machine à voter divise toujours en RD Congo

De leur côté, Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi se sont rencontrés vendredi à Bruxelles, sans révéler le contenu de leurs échanges. Les deux hommes, dont les candidatures sont validées, entretiennent le flou sur la possibilité d’une alliance de circonstance, quoique peu probable, qui nuirait sérieusement à la coalition Lamuka.

Incertitudes sur la tenue des élections

Au-delà des batailles politiques, la bonne tenue du scrutin le 23 décembre pose question. Dans l’est du pays, les multiples factions rebelles continuent leur combat contre l’armée, à l’image du récent affrontement près de Beni, dans le Nord-Kivu, dans lequel au moins sept Casques bleus de la Monusco ont été tués. Une épidémie d’Ebola y fait également de nombreuses victimes. "Je suis de plus en plus alarmée par la situation à Beni ces derniers mois, où nous continuons d’affronter des défis majeurs pour mettre en œuvre notre mandat", a déclaré la représentante de la mission de l'ONU en RD Congo, Leïla Zerrougui, le 12 novembre.

>> À lire : La RD Congo fait face à la première épidémie d'Ebola en zone de conflit

Dans la capitale, la situation est aussi tendue du côté de l’université de Kinshasa (Unikin), bloquée depuis une semaine par les étudiants qui demandent la reprise des cours alors que les enseignants sont en grève depuis deux mois. Des affrontements avec la police ont fait deux morts côté manifestants et plusieurs blessés des deux côtés.

"Mes pensées vont aux familles des victimes du drame survenu à l’Unikin. Celui-ci relève d’un usage excessif et disproportionné de la force et expose, une fois de plus, les carences de l’appareil sécuritaire en RDC", a réagi Martin Fayulu, qui promet, s’il est élu, de mettre en place un "État de droit" et de libérer les prisonniers politiques pour encourager une "décrispation totale".

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