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La candidature d’Alexander Prokopchuk à la tête d’Interpol fait polémique

Alexander Prokopchuk, 56 ans, pourrait devenir le nouveau président d'Interpol.
Alexander Prokopchuk, 56 ans, pourrait devenir le nouveau président d'Interpol. @Interpol

Selon les médias britanniques, Alexander Prokopchuk est pressenti pour devenir le nouveau président de l’Organisation internationale de police criminelle. Sa candidature soulève de vives inquiétudes des Occidentaux.

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Qui pour succéder à Meng Hongwei à la tête d’Interpol ? C’est la question sur laquelle planchent depuis le 18 novembre les quelque 1 000 délégués des 192 États membres réunis à Dubaï à l’occasion de la 87e assemblée générale de l’agence de police internationale. Il s’agit de la première depuis la démission précipitée de son président, qui avait mystérieusement disparu en septembre dernier lors d’un voyage en Chine, avant que Pékin ne finisse par annoncer son arrestation dans le cadre d’une enquête anticorruption.

Dans les couloirs, un nom russe circule pour le remplacer jusqu’en 2020 : Alexander Prokopchuk, l’actuel vice-président de l’institution internationale basée à Lyon, en France. Si sa candidature a été gardée secrète jusqu’à ce que le Kremlin soit confiant d’obtenir suffisamment de voix, "sa victoire est aujourd’hui quasi assurée", prédisent les autorités britanniques dans le Times, alors que l'actuel président par intérim, le Sud-Coréen Kim Jong-yang, est également en lice.

"Un loup aux portes d’Interpol"

Alors que l’élection du nouveau patron d’Interpol doit se tenir mercredi, sa nomination fait l’objet d’une levée de boucliers en Russie et au-delà. Alexeï Navalny, militant pour la démocratie et principal opposant national de Vladimir Poutine, a fait part de son inquiétude : "Notre équipe a été victime d’abus d’Interpol pour persécution politique par la Russie. Je ne pense pas qu'un président de Russie aidera à réduire de telles violations."

"Je ne peux pas croire qu'un responsable russe dirigera Interpol", a pour sa part réagi Michael McFaul, ancien ambassadeur américain en Russie, considéré comme un ennemi de Vladimir Poutine. "Il y a un loup aux portes d’Interpol", s’alarme de son côté le Washington Post, persuadé que l'agence "ne devrait pas le laisser aux commandes".

Le CV de ce Russe de 56 ans lève tout doute sur sa proximité avec le Kremlin. Alexander Prokopchuk a travaillé pour les services de sécurité russes au ministère de l’Intérieur, avant de devenir responsable du bureau russe d’Interpol en 2011. Depuis, Moscou a tendance à "abuser", selon les termes du Washington Post, des mandats d’arrêt internationaux, connus sous le nom de notice rouge. Ces nombreuses demandes russes contre des opposants au Kremlin ont souvent été acceptées par Interpol, dont la constitution interdit pourtant explicitement toute intervention ou activité de caractère politique, militaire, religieux ou racial. Son objectif principal consiste à échanger des informations et à assister mutuellement les forces de police nationales.

"L’abus de la Russie n’est pas un secret"

"L’abus de la Russie n’est pas un secret. La responsabilité de Prokopchuk n’est pas un secret, commente Forbes. En d'autres termes, chaque arrestation commise par Moscou par l'intermédiaire d'Interpol depuis juin 2011 a été directement amendée par Prokopchuk". On retiendra celle de Bill Browder, l’homme d’affaires américain qui a été durant dix ans l’un des plus grands investisseurs privés en Russie avant de faire partie des ennemis du Kremlin. En mai dernier, celui qui a défendu aux États-Unis la loi dite Magnitsky – visant à autoriser le gel des avoirs et l’interdiction des visas aux auteurs de violations des droits de l'Homme par les Russes – a été arrêté en Espagne à la suite d’une note rouge émise par Moscou, avant d’être relâché.

Moscou a tenté à sept reprises de le faire interpeller par Interpol, rappelle-t-il dans une tribune publiée lundi dans le Washington Post. "Je ne suis cependant pas le seul", poursuit celui qui est visé par un nouveau mandat d’arrêt depuis le début de la semaine. Une dizaine de personnes ont également été la cible des Russes via Interpol, parmi lesquelles Vladimir Goussinski, ancien propriétaire du premier groupe de médias indépendants en Russie ; Boris Berezovski, l’ancien plus influent oligarque de Russie, qui a mené Vladimir Poutine au pouvoir avant de devenir son adversaire assermenté ; Akhmed Zakaïev, Premier ministre tchétchène en exil ; ou encore Nikita Kulachenkov, une militante de la Fondation anticorruption d’Alexeï Navalny.

"Des mandats d’arrêt émis à chaque fois pour des raisons politiques", souligne dans le Washington Post Vladimir Kara-Murza, coordinateur de Open Russia, une ONG fondée par l'homme d'affaires et ancien prisonnier politique Mikhaïl Khodorkovski, qui fait la promotion de la société civile et de la démocratie en Russie. Et d’ajouter : "On peut imaginer ce que le Kremlin pourrait faire dans le monde entier avec l’accès à des bases de données sensibles."

"Étendre ses tentacules criminels aux quatre coins du monde"

Cette opération audacieuse du président russe visant à "étendre ses tentacules criminels aux quatre coins du monde" inquiète Bill Browder, qui rappelle quelques actions à mettre sur le compte de Moscou : "Ses agents ont utilisé une arme chimique de qualité militaire lors d'un attentat à Salisbury en Grande-Bretagne, des missiles russes ont assassiné 298 innocents sur le vol MH17 au-dessus de l’Ukraine. Et les membres du Kremlin ont interféré avec les élections aux États-Unis et en Europe. La Russie ne devrait même pas figurer sur la liste des pays pouvant fournir un chef de file à Interpol", a-t-il énuméré.

Autant dire que l’élection de l’homme de main de Moscou à la tête d'Interpol serait synonyme de victoire pour Vladimir Poutine qui étendrait son influence dans les grandes organisations internationales. "Le Kremlin n'aurait plus besoin d'abuser de l’agence pour poursuivre ses objectifs. Il serait en mesure de mettre l'organisation à son service", prévient Vladimir Kara-Murza. Surtout qu’une majorité des États membres s'accordent avec la Russie et la Chine pour dire qu'Interpol est "un instrument du pouvoir et non de droit", souligne Forbes.

Nul doute que si l’élection d’Alexander Prokopchuk est confirmée mercredi, elle soulèvera des questions fondamentales concernant l’organisation, comme la difficulté des institutions internationales à faire face dans une époque de nationalisme croissant. "Interpol est-il manipulé par des régimes autoritaires ?", s’interroge déjà le Financial Times. D’autres, comme Jonathan Reich, un avocat qui a travaillé avec des opposants russes visés par Moscou via Interpol, prédisent déjà l’effondrement des institutions multilatérales, "en particulier celles qui reposent sur les valeurs démocratiques libérales occidentales et qui ont pris leur essor au lendemain de la guerre froide".

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