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Budget italien : la Commission européenne ouvre la voie à des sanctions contre Rome

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis.
Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis. Yves Herman, Reuters

Bruxelles a fait un pas mercredi vers de possibles sanctions financières contre Rome en rejetant une nouvelle fois le projet de budget 2019 de la coalition au pouvoir en Italie, jugeant qu'il ne respectait pas les règles en vigueur dans l'UE.

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Sans surprise, la Commission européenne a ouvert mercredi la voie à de possibles sanctions financières contre l’Italie, après avoir de nouveau rejeté le projet de budget 2019 de la coalition populiste au pouvoir dans le pays. Présenté comme anti-austérité par Rome, il est jugé largement en dehors des clous européens par Bruxelles.

"Avec ce que le gouvernement italien a mis sur la table, nous voyons un risque que le pays s'enfonce aveuglément dans l'instabilité", a annoncé le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.

"L'ouverture d'une 'procédure de déficit excessif' fondée sur la dette est justifiée", a-t-il ajouté. Une telle procédure peut aboutir, à terme, à des sanctions financières.

"La lettre de l'UE est arrivée ? J'attends aussi celle du Père Noël", a ironisé le vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, leader de la Ligue (extrême droite), un des deux partis de la coalition avec le Mouvement 5 étoiles (M5S). "Nous répondrons à l'UE poliment", a-t-il ajouté, avant de réclamer dans un tweet "du respect pour le peuple italien".

L'annonce de la Commission était prévisible, Bruxelles ayant déjà rejeté fin octobre le projet de budget expansionniste de l'Italie, une première dans l'histoire de l'institution. Mais Rome a refusé de revoir sa copie, se lançant dans un bras de fer inédit avec l'UE.

Des sanctions financières correspondant à 0,2% du PIB italien

"Dans une situation d'endettement très élevé, l'Italie prévoit essentiellement d'importants emprunts supplémentaires au lieu de la prudence budgétaire requise", a relevé mercredi Valdis Dombrovskis.

Dans un rapport détaillé publié mercredi, la Commission estime que le budget de Rome ne lui permettra pas de réduire cette énorme dette, qui s'élève à 130 % du PIB.

Elle y souligne aussi que le gouvernement italien "prévoit d'opérer une marche arrière importante sur les réformes structurelles propices à la croissance", en particulier sur les retraites.

La publication de ce rapport constitue une première étape nécessaire vers le lancement d'une "procédure de déficit excessif", qui pourrait être effective en décembre ou janvier au terme d'un processus complexe nécessitant l'approbation des autres États membres.

Si une telle procédure était effectivement lancée et que l'Italie refusait toujours de modifier son budget, des sanctions financières correspondant à 0,2 % de son PIB, soit quelque 3,4 milliards d' euros, pourraient en théorie être prononcées à l'été.

Mais aux yeux des analystes, de telles sanctions restent assez hypothétiques et seules de fortes tensions sur les marchés financiers pourraient amener le gouvernement italien à revoir son budget.

La Commission se tient sur une ligne de crête avec l'Italie, à qui elle doit montrer sa fermeté, tout en évitant de trop agiter les marchés, de peur que les inquiétudes ne se propagent à l'ensemble de la zone euro.

"Un recul douloureux "

"Le dialogue n'est pas une option, mais un impératif absolu", a d'ailleurs insisté le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Le gouvernement italien prévoit un déficit public à 2,4% du PIB en 2019, puis 2,1% en 2020, des prévisions jugées irréalistes par la Commission : pour elle, le déficit atteindra 2,9% du PIB en 2019, puis 3,1% en 2020. Bien loin des engagements du précédent gouvernement de centre gauche.

Des désaccords existent également sur le taux de croissance 2019, le gouvernement italien tablant sur 1,5%, tandis que l'Institut italien des statistiques (Istat) prévoit 1,3% et la Commission 1,2%.

"Si les marchés deviennent agressifs, nous pensons que cela conduira à un recul douloureux pour le gouvernement italien ou - de manière moins probable - à la fin de la coalition et à des élections anticipées", selon le cabinet d'analyse Eurasia Group.

Les marchés restaient relativement peu affectés par la décision de la Commission mercredi, le spread, le très surveillé écart entre les taux italien et allemand, restant vers 15H30 (14H30 GMT) proche de 315 points, alors qu'il avait atteint mardi 336 points, son record depuis 2013.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, doit dîner samedi soir à Bruxelles avec le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte.

Ce dernier a dit mercredi s'attendre à "un dialogue constructif". "Nous sommes toujours convaincus (du bien-fondé) de notre loi de finances", a-t-il insisté.

Avec AFP

 

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