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Le gilet jaune, symbole d’une “situation d’urgence sociale”

Des "Gilets jaunes" à Haulchin, le 17 novembre 2018.
Des "Gilets jaunes" à Haulchin, le 17 novembre 2018. Pascal Rossignol, Reuters

Habituellement utilisé sur les routes en cas d’urgence, le gilet jaune devient l’emblème d’un mouvement porteur de revendications sociales diverses. Des incidents ont entaché la mobilisation. Le point avec une coorganisatrice des “Gilets jaunes".

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Relégué depuis dix ans dans le coffre ou dans la boîte à gants, sauf en cas de panne ou de crevaison, le gilet jaune est devenu ces dernières semaines l’étendard d’un mécontentement aux multiples visages. Obligatoire à bord des véhicules depuis 2008, celui qu’on nomme aussi gilet de haute visibilité est en train de devenir l’emblème des “Gilets jaunes”, un mouvement né en octobre hors des cadres politique et syndical, à l’origine contre la hausse des prix des carburants.

"On a choisi le gilet jaune après qu’un internaute sur Facebook a lancé l’idée, on a trouvé ça super bien", explique Virginie*, 34 ans, coorganisatrice du mouvement, jointe par France 24. "Tous les citoyens en avaient forcément un dans leur véhicule."

Un gilet devenu un signe de ralliement pour des centaines de milliers de Français révoltés par la hausse des prix de l’essence et du diesel. Pourtant, à l’origine, seules huit personnes vivant presque toutes en Seine-et-Marne s'étaient mobilisées. "À la base, on n’avait rien demandé à personne, affirme Virginie, et ça a pris une envergure de ouf."

"On se demande comment on va finir le mois"

L’ampleur du mouvement s’est ainsi matérialisée dans ce gilet à bandes réfléchissantes. Un signe d’unité qui a d’abord fédéré les mécontents de l’augmentation du prix des carburants. "Je suis agent de logistique en intérim et je fais 140 kilomètres aller-retour en voiture chaque jour entre mon domicile et mon travail", explique Virginie, qui précise par ailleurs qu’elle a été "aidée, à 34 ans, par [s]es parents" pour acheter son véhicule actuel, "un diesel". Et elle interroge : "Cela me coûte 300 euros de carburant par mois, contre 240 euros en 2017, un budget énorme pour un salaire net de 1 500 euros. À l’avenir, va-t-on encore pouvoir se déplacer pour aller travailler ? Là où j’habite [En Seine-et-Marne], si je n’ai pas de voiture, je suis dans la merde."

Mais enfiler son gilet jaune ne se limite plus à contester les augmentations de prix de l’essence et du gasoil constatées ces derniers mois. "On savait que les gens allaient revendiquer autre chose en plus des carburants", précise Virginie.

>> À lire : Autoroutes et dépôts pétroliers : les "Gilets jaunes" font durer le mouvement

Porter un gilet jaune est-il l’expression d’"un ressentiment gigantesque" de la part de "ces catégories de Français [qui] ne sont plus intégrées politiquement et économiquement" ? comme l’a expliqué au Parisien Christophe Guilluy, géographe auteur de "La France périphérique / Comment on a sacrifié les classes populaires" (Flammarion, 2014). Pour Virginie, "c’est une situation d’urgence sociale".

"On en arrive à un point où on se demande comment on va finir le mois", poursuit la coorganisatrice. "C’est stressant, ça génère de l’anxiété, c’est notre train de vie quotidien à tous qui est touché." Le week-end du 17 novembre, se croisaient, en plusieurs points de rassemblement, des retraités, des artisans, des chômeurs, des agriculteurs… porteurs de diverses revendications, mais avec un même gilet jaune, symbole d’une “France accidentée”, selon le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

"Il y a eu certains débordements, mais on n’est pas là pour casser"

Malgré sa diversité, le mouvement semble compter dans ses rangs des personnes qui ont pour point commun la peur de la sortie de route sociale. Virginie "ne sait pas où [elle] va demain". "Ma classe sociale est pénalisée, mais pour les ultrariches tout va bien", affirme-t-elle.

Ces derniers jours, des sorties de route d’un autre type, directement liées au mouvement "Gilets jaunes", ont été relevées en France. Deux morts et plus de 600 blessés en quelques jours, dont 95 dans les rangs des forces de l’ordre, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ainsi que plusieurs incidents localisés entre anti et pro "Gilets jaunes", à caractère raciste ou homophobe – à Saint-Quentin, à Cognac ou encore à Bourg-en-Bresse.

>> À lire : "Gilets jaunes" : le gouvernement maintient le "cap" malgré la mobilisation

"Il y a eu certains débordements, mais on n’est pas là pour casser ou pour faire du mal", affirme Virginie, qui précise que son comité d’organisation de Seine-et-Marne a été en contact avec la préfecture de police de Paris, "qui nous a donné des protocoles à suivre pour notre propre sécurité et celle des autres".

Le gilet jaune s’est aussi parfois retrouvé au centre des tensions, des automobilistes devant le mettre en évidence dans leur véhicule sous peine d’être temporairement bloqués à un barrage. Virginie évoque à ce sujet "de l’incompréhension" : "On n’a jamais voulu être méchants, c’était à prendre au second degré. On a fini par laisser passer les véhicules." Et elle poursuit : "Forcément on est humain, des tensions peuvent arriver."

Mais quel avenir pour ce mouvement naissant ? Le gilet jaune va-t-il rapidement être remisé dans le coffre ou dans la boîte à gants ? Un appel national a été lancé sur Facebook pour inciter les "Gilets jaunes" à se rendre en masse dans la capitale, samedi 24 novembre. "L’acte 2 des Gilets jaunes", un rassemblement qui ne devrait pas être déclaré en préfecture car, selon Virginie, "ce n’est pas une manifestation, c’est un mouvement populaire".

*Elle n'a pas souhaité donner son nom de famille

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