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Copa Libertadores : Boca Juniors - River Plate, un "superclásico" pour la suprématie continentale

River Plate (à gauche) et Boca Juniors (à droite), célèbre leurs trophées respectifs (2015 et 2007) en Libertadores.
River Plate (à gauche) et Boca Juniors (à droite), célèbre leurs trophées respectifs (2015 et 2007) en Libertadores. Archives, Reuters

Pour la première fois dans l’histoire du football sud-américain, le "superclásico" argentin s’invite en finale de la Copa Libertadores. Boca Juniors – River Plate, une affiche qui transcende très largement le cadre du football.

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Toute l’Argentine martèle qu’il s’agit du "match du siècle", et difficile de lui donner tort. Samedi 24 novembre à 21 h, heure de Paris, en finale retour de la Copa Libertadores – l’équivalent sud-américain de la Ligue des champions – les deux clubs phares du pays se disputeront la suprématie du football continental. Boca Juniors – River Plate, une affiche qui cristallise toute la folie que peut générer le ballon rond, dans un pays où il fait autant office de passion que d’exutoire.

Lors de la finale aller, "Xeneizes" (Boca) et "Millonarios" (River) se sont séparés sur un résultat nul (2-2), qui laisse donc la porte grande ouverte à un match retour d’anthologie. Car jamais, depuis la création de la Libertadores, en 1960, les deux rivaux n’ont atteint le dernier échelon lors d’une même saison. La tension est palpable et touche, depuis quelques semaines, l’ensemble de la société argentine.

Avant même que le résultat des demi-finales retour ne tombe, le président argentin, Mauricio Macri, avait d’ailleurs reconnu qu’il appréhendait la tenue d’une finale 100 % albiceleste, synonyme de "trois semaines sans dormir… à cause de la pression que cela représenterait". Macri, qui a dirigé Boca Juniors entre 1995 et 2008, ne connaît que trop bien l’importance du "superclásico", lui qui s’est grandement appuyé sur le football pour façonner sa carrière politique.

Mais même le manque de sommeil ne pourra totalement justifier sa dernière saillie footballistique. "Cette fois, il faut que ça tourne en notre faveur, face à ce ‘gros cul’ de Gallardo", s’était-il laissé aller, à cinq jours de la finale aller, alors qu’il saluait les employés d’un laboratoire. Un bon mot à l’endroit de l’entraîneur de River Plate qui a sans surprise embrasé les réseaux sociaux.

Millionaires et bouseux

Boca - River, forcément, revêt un enjeu politique. Déjà, parce qu’il est question de football dans un pays où ce sport dispute pratiquement au catholicisme le rang de religion d’État. Surtout, parce que derrière le "superclásico", ce sont les clivages d’une société morcelée qui s’expriment. Fondés au début du XXe siècle dans le quartier populaire de la Boca, River Plate (1901) et Boca Juniors (1905) ont connu des trajectoires diamétralement opposées.

Le premier a déménagé dès les années 20 au nord de la capitale, à Nuñez, où se concentraient les populations les plus aisées de Buenos Aires. De ce virage est né son surnom de "club des Millionnaires", aujourd’hui totalement revendiqué, même par de nombreux fans qui sont pourtant loin de boucler leurs fins de mois les yeux fermés.

En face, Boca Juniors a décidé de cultiver son ancrage populaire. Le club n’a jamais quitté le bastion portuaire où il est né, y construisant même son antre mythique de la Bombonera, un stade aujourd’hui vétuste, mais qui abrite l’un des publics les plus bouillants au monde. Même le sobriquet "bosteros", traduction plus ou moins littérale de "bouseux" en français et qui fut longtemps affublé aux supporters du CABJ, a fini par être assumé pour asseoir un peu plus l’identité du club.

Cette distinction idéologique, couplée au succès sportif des deux clubs au fil des décennies, a alimenté ce qui est aujourd’hui l’exemple parfait d’un derby à résonnance nationale : une rivalité locale qui oppose, paradoxalement, presque tous les fans de football du pays, de la frontière argentino-bolivienne aux confins de la Terre de feu.

Boca, River… et les autres

En Argentine, on estime que plus de trois personnes sur quatre sont "Boca ou River", comme en témoignait cette enquête en 2012. Et derrière les deux géants, les autres clubs se partagent les miettes. Un exemple ? Malgré un palmarès éloquent (14 titres nationaux et 7 Copa Libertadores), Independiente n’est soutenu que par 5 % des fans de foot argentins. À peine plus, finalement, que le Racing Club et San Lorenzo, derniers représentants des "cinq grands du football argentin".

Le fossé entre Boca, River et les autres est gigantesque, et difficile d’imaginer un jour qu’il puisse être remblayé. Depuis l’avènement du professionnalisme, entre les deux guerres, les rivaux dominent sans partage ou presque le championnat national : 35 titres pour River, 27 pour Boca. Soixante-deux couronnes, soit autant que les huit autres clubs qui constituent le Top 10 au palmarès de la Superliga Argentina.

Tout naturellement, le "superclásico" est devenu le rendez-vous phare du football argentin. Une "fiesta del pueblo" (fête du peuple) qui mobilise tous les amateurs de football depuis des générations, et qui a su contenter les uns et les autres de manière plutôt équitable à travers un siècle de confrontations.

L’histoire légèrement en faveur de Boca…

Au regard des statistiques, supporters de Boca et de River ont, tour à tour, eu le loisir de célébrer leur suprématie sur le rival ancestral. Dans un article consacré aux chiffres qui entourent ce choc, Goal.com fait les comptes. Et ils sont à l’équilibre ou presque.

Les deux clubs se sont affrontés 248 fois en match officiel, pour 88 victoires des Xeneizes contre 81 du côté des Millonarios et 79 résultats nuls. La donne est similaire si l’on y ajoute les matches amicaux, que Boca domine très légèrement, avec 46 succès contre 41 à son adversaire, pour 37 nuls.

Une très légère domination des "Bosteros" que l’on retrouve dans des proportions moindres encore, lorsque l’on se penche sur les statistiques des confrontations en compétitions internationales (Copa Libertadores, Copa Sudamericana et Supercopa) : 10-8 pour Boca, pour un total de 29 rencontres.

… mais la dynamique pour River

Face à cette "légère" domination historique, River Plate est loin de rester sans armes. Le club des quartiers nord de Buenos Aires a pour lui la dynamique récente, qui coïncide justement avec l’arrivée sur son banc de l’ancien milieu de poche de l’Albiceleste, Marcelo Gallardo, en 2014. Depuis qu’il est aux manettes, le rapport de force s’est globalement inversé : quinze rencontres pour cinq victoires, six nuls et quatre défaites.

Un équilibre tout relatif, puisque depuis près de cinq ans, River est systématiquement sorti vainqueur des matches couperets face à son rival. Boca a ainsi plié lors des demi-finales de la Sudamericana 2014 (0-0, 1-0), puis en huitièmes de la Libertadores 2015 (1-0, 0-0) avant de subir un nouvel affront, plus récemment, en finale de la Supercopa Argentina 2018 (2-0).

Le résultat de la finale aller de cette Libertadores 2018, un nul prolifique (2-2) à la Bombonera, place une nouvelle fois les "Millonarios" en position idéale à l’heure d’aller décrocher leur quatrième sacre continental, le premier depuis 2015. Pour Boca Juniors, l’enjeu sera tout aussi grand : une septième victoire en finale de la reine des compétitions sud-américaines de clubs lui permettrait de rejoindre Independiente au sommet du football continental. Et nul doute qu’aller chercher cet honneur devant les 61 000 supporters d’un Monumental tout acquis à la cause du rival historique ajouterait un peu plus de saveur encore à un éventuel triomphe.

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