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Un Américain meurt sous les flèches d'une tribu de l'Océan indien qu'il voulait évangéliser

Un Sentinelle braque son arc en direction d'un hélicoptère indien qui survolait la zone en 2004, juste après le tsunami.
Un Sentinelle braque son arc en direction d'un hélicoptère indien qui survolait la zone en 2004, juste après le tsunami. Gardes-côtes indiens, Reuters

Un jeune Américain est mort sous les flèches des Sentinelles, une tribu qui vit coupée du monde sur une île de l'Océan indien interdite d'accès. Son journal intime révèle qu'il souhaitait introduire le christianisme dans cette communauté.

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Un Américain de 27 ans est mort en tentant d'approcher illégalement l’une des dernières communautés coupées de la civilisation, un groupe hostile au monde moderne. Il a péri le 16 novembre sous les flèches des Sentinelles, une tribu autochtone d'une île indienne d'Andaman-et-Nicobar, située dans la mer d'Andaman (Océan indien).

Île de North Sentinel

John Chau souhaitait introduire le christianisme dans cette communauté coupée du monde moderne, selon ses derniers écrits révélés jeudi par des médias.

"Mon nom est John. Je vous aime et Jésus vous aime [...] Voilà du poisson !", a hurlé John Chau à deux autochtones armés, lors de sa première approche de l'île de North Sentinel.

Le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles compterait 150 âmes. Ces derniers vivent en autarcie depuis des siècles sur la petite île, où l'État indien interdit quiconque de poser pied.

Ces dernières décennies, toutes les tentatives de contact du monde extérieur se sont heurtées à l'hostilité et à un rejet violent de la part de la communauté.

"Apporter Jésus à ces gens"

Le journal intime que la victime a tenu dans les jours et heures précédant sa mort brosse le portrait d'un voyageur qui se voyait comme un missionnaire chrétien dans cette dangereuse entreprise.

"Vous pensez peut-être que je suis fou de faire tout ça mais je pense que ça vaut la peine d'apporter Jésus à ces gens", a écrit John Chau à sa famille, dans une ultime lettre rédigée le matin même de sa mort.

"Ce n'est pas en vain – les vies éternelles de cette tribu sont à portée de main et j'ai hâte de les voir adorer Dieu dans leur propre langage", dit-il en référence à des versets de l'Apocalypse (7, 9-10).

Peu après avoir écrit ces lignes, l'Américain a débarqué sur la plage de l'île. Il n'en est jamais revenu.

Photo publiée le 21 octobre sur le compte Instagram de John Chau

Les pêcheurs ancrés au large, qui l'avaient illégalement transporté jusqu'à North Sentinel, l'ont vu recevoir une volée de flèches mais poursuivre sa marche. Les locaux ont ensuite passé une corde autour de son cou et traîné son corps.

Le journal de cet amateur d'aventure, qui alimentait son compte Instagram d'images de ses périples dans la nature, révèle que ce projet était préparé de longue date et dans le secret, "au nom de Dieu".

Le jeune homme, originaire de l'État de Washington, dans le nord des États-Unis, était un passionné de nature qui randonnait dans le Parc national des North Cascades, mais aussi en Israël ou en Afrique du Sud.

"Je ne veux pas mourir"

La veille de sa mort, il a approché à deux reprises les Sentinelles, selon le récit impossible à vérifier qu'il en fait.

La seconde, il parvient à donner à un Sentinelle, dont le visage est recouvert d'"une poudre jaunâtre", des cadeaux. Mais un enfant lui décoche une flèche qui se coince dans sa Bible. Il prend alors la fuite à la nage jusqu'au bateau de pêcheurs.

"JE NE VEUX PAS MOURIR !", note-t-il en lettres capitales, visiblement sous le choc. "Je pourrais rentrer aux États-Unis car rester ici semble signifier une mort certaine."

"J'y retourne [sur l'île]. Je vais prier pour que tout se passe bien", indiquent ses dernières lignes, datées de 06 h 20 du matin, le 16 novembre.

Choc de civilisation

"Les Sentinelles ont montré à maintes reprises qu'il ne souhaitaient aucun contact, et leur voeu devrait être respecté", a estimé l'ONG de défense des peuples autochtones Survival International, regrettant que l'Inde n'ait pas su protéger plus efficacement l'île.

Cette affaire met les autorités indiennes face à un casse-tête unique : est-il possible de récupérer le corps sans provoquer un choc de civilisations ?

Si des étrangers se rendent sur l'île pour en exfiltrer la dépouille, ils rompraient en effet l'isolement volontaire des Sentinelles, avec toutes les conséquences anthropologiques et sanitaires qui pourraient s'ensuivre.

Vivant coupée du reste de l'humanité, cette peuplade n'aurait notamment pas un système immunitaire adapté aux agents infectieux apportés par des intrus.

Les responsables locaux ont dépêché un hélicoptère et un bateau pour essayer de déterminer de loin l'endroit où se trouve le cadavre de l'Américain.

La police a ouvert une enquête pour meurtre et arrêté les pêcheurs ayant aidé l'Américain à se rendre sur North Sentinel. La loi indienne interdit de s'en approcher à moins de cinq kilomètres, et même de photographier ou filmer cette peuplade.

Selon l'ONG Survival International, les Sentinelles descendent des premières populations humaines à être parties d'Afrique et vivraient aux Andaman depuis
60 000 ans.

Avec AFP

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