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Tensions Russie-Ukraine : le Parlement ukrainien vote l'instauration de la loi martiale

Le président ukrainien Petro Porochenko (photo d'archives).
Le président ukrainien Petro Porochenko (photo d'archives). Janek Skarzynski, AFP

En Ukraine, le Parlement a voté l'introduction de la loi martiale pour une durée de 30 jours, en réaction à l'incident dimanche dans le détroit de Kertch entre les forces russes et trois navires de la marine ukrainienne.

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Le Parlement ukrainien a entériné lundi 26 novembre au soir l'instauration de la loi martiale dans les régions frontalières du pays pour 30 jours, à la suite de l'incident survenu entre les marines russe et ukrainienne dans le détroit de Kertch. Un projet de loi ad hoc a été approuvé par 276 députés, alors qu'un minimum de 226 était requis, lors d'une séance houleuse.

Mardi, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Kiev contre tout acte "irréfléchi". Il s'est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel, en lui faisant part d'une "sérieuse préoccupation" de Moscou en raison de l'introduction de la loi martiale en Ukraine.

M. Poutine a dénoncé auprès de la chancelière des "actions de provocation de la partie ukrainienne et une violation grossière des normes du droit international par ses navires militaires", et a "dit espérer que Berlin pourra influencer les autorités ukrainiennes afin de les dissuader des actes ultérieurs irréfléchis", selon un communiqué du Kremlin.

Le président Petro Porochenko avait auparavant signé un décret instaurant cette loi pour une durée de 60 jours. Le décret prévoit notamment la mobilisation des réservistes et des mesures visant au maintien de l'ordre public.

Loi martiale en Ukraine : "Une version allégée des propositions de Petro Porochenko"

Plus tôt dans la journée, Petro Porochenko avait dénoncé à la télévision ukrainienne une "nouvelle étape de l'agression" russe contre l'Ukraine. "En attaquant des vedettes militaires ukrainiennes, [la Russie] a lancé une nouvelle étape de son agression", avait déclaré le chef de l'État, pointant du doigt "la participation ouverte et arrogante des troupes régulières russes" à cette "attaque". "Les informations des services de renseignement montrent la menace extrêmement élevée d'une opération terrestre contre l'Ukraine", avait soutenu Petro Porochenko pour expliquer la nécessité d'introduire la loi martiale dans le pays.

>> Lire la chronologie des faits : "Incident naval russo-ukrainien près de la Crimée : le film des événements"

Le ministère russe des Affaires étrangères, qui accuse l'Ukraine d'avoir délibérément provoqué cet incident, a de son côté convoqué le plus haut représentant du pouvoir ukrainien à Moscou. La Russie soupçonne Kiev de chercher à créer un prétexte pour que Moscou soit soumis à de nouvelles sanctions.

De son côté, l'Otan a appelé les autorités russes à relâcher immédiatement les marins ukrainiens arrêtés la veille dans le détroit de Kertch et à restituer leurs bâtiments à l'Ukraine. Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'Alliance atlantique, a estimé que l'incident de dimanche s'inscrivait dans la logique suivie par Moscou depuis l'annexion de la Crimée, en mars 2014, et de la déstabilisation du Donbass, dans l'est de l'Ukraine. La Russie, a-t-il poursuivi, doit comprendre que ses actes ont des conséquences. "Ce que nous avons vu hier était très grave", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion extraordinaire de la commission Otan-Ukraine qui s'est tenue à la demande de Kiev.

Retour sur l'incident de dimanche

Les forces russes ont ouvert le feu dimanche sur trois navires de la marine ukrainienne et les ont arraisonnés, en affirmant qu'ils étaient entrés illégalement dans les eaux territoriales russes. Plusieurs marins ukrainiens ont été blessés.

Moscou faisait lundi la sourde oreille aux pays occidentaux qui lui demandent de restituer à l'Ukraine ces trois bâtiments de guerre, amarrés au port de Kertch, selon un journaliste de Reuters. La déléguée russe aux droits de l'Homme, Tatiana
Moskalkova, a précisé lundi que 24 marins ukrainiens avaient été arrêtés, dont trois ont été blessés mais ne sont pas dans un état grave – Kiev parle de six marins blessés.

L'incident s'est produit au niveau du détroit de Kertch, qui sépare la mer d'Azov de la mer Noire, et qu'enjambe depuis mai dernier un long pont russe reliant le territoire russe à la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en mars 2014.

Selon le FSB, les services secrets russes chargés de la sécurité intérieure, ses vedettes de surveillance des frontières ont ouvert le feu sur deux vedettes blindées d'artillerie et un remorqueur ukrainiens qui auraient franchi illégalement la frontière russe et n'auraient pas obtempéré aux ordres de s'arrêter.

Contacts diplomatiques

Ce n'est pas la première fois que Moscou bloque le détroit de Kertch pour empêcher des navires ukrainiens de passer en mer d'Azov, mais l'ampleur prise par cet incident risque à la fois de relancer le conflit entre les deux voisins ainsi que les appels au maintien, voire à l'alourdissement, des sanctions occidentales contre la Russie.

Le rouble a ouvert en baisse par rapport au dollar lundi à la Bourse de Moscou et a accentué ses pertes, reculant de 1,4 % en milieu d'après-midi. Les marchés sont très sensibles au risque de nouvelles sanctions visant la Russie, dont l'économie est déjà fragilisée par la chute des cours du pétrole.

L'Allemagne, qui mène avec la France, la Russie et l'Ukraine les négociations en "format Normandie" visant à trouver une issue au conflit dans le Donbass, a dénoncé lundi la fermeture du détroit de Kertch à la navigation. "Le blocus de la mer d'Azov est inacceptable", a déclaré sur Twitter le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

Des diplomates des quatre pays se sont réunis lundi à Berlin pour discuter de la situation, a fait savoir le ministère allemand des Affaires étrangères.

Petro Porochenko a fait savoir qu'il s'était entretenu par téléphone avec la chancelière allemande, Angela Merkel, qui, selon les services de la présidence ukrainienne, lui a dit qu'elle ferait tout ce qui est possible pour favoriser une "désescalade" des tensions.

La France a appelé pour sa part la Russie à libérer "dans les plus brefs délais" les navires et marins ukrainiens et a invité Moscou et Kiev "à faire preuve de la plus grande retenue et à prévenir toute escalade militaire".

"Compte tenu de notre connaissance des faits à ce stade, rien ne paraît justifier cet emploi de la force par la Russie", ajoute le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Réunion du conseil de sécurité de l'ONU

L'Union européenne a aussi demandé à Moscou de "rétablir la liberté de passage dans le détroit de Kertch" et à garantir à l'Ukraine l'accès à ses ports en mer d'Azov, tout en appelant les deux pays à la "désescalade". L'Otan a fait passer un
message similaire.

En signe d'apaisement, la Russie a retiré lundi matin un cargo qui bloquait la navigation dans le détroit mais elle n'a manifesté aucune intention de restituer ses navires à l'armée ukrainienne.

Kiev, qui a placé ses forces en état d'alerte au combat, a démenti que ses navires aient commis une quelconque infraction et accusé la Russie d'agression, demandant à la communauté internationale de réagir.

Le Conseil de sécurité des Nations unies va se réunir lundi à la demande de l'Ukraine et de la Russie pour discuter de l'incident, ont indiqué des diplomates.

Un traité bilatéral datant de 2003 accorde à la Russie comme à l'Ukraine le droit de navigation en mer d'Azov. Depuis que Moscou a annexé la Crimée, la tension est vive dans ce secteur, les deux pays se plaignant de harcèlement de navires et de
retards imposés à la navigation.

Une partie du littoral de la mer d'Azov, dont le port de Marioupol, est en territoire ukrainien.

Avec Reuters et AFP

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