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Jack Ma, milliardaire et communiste : le pied de nez de Pékin à Trump

La fortune de Jack Ma, PDG d'Alibaba, est estimée à 35,1 milliards de dollars.
La fortune de Jack Ma, PDG d'Alibaba, est estimée à 35,1 milliards de dollars. Denis Balibouse, Reuters

Jack Ma, PDG d’Alibaba et Chinois le plus riche, est membre du Parti communiste, a révélé, lundi, le Quotidien du Peuple. Cette annonce, peu surprenante dans un pays où le parti est incontournable, vise avant tout à faire passer un message à Trump.

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On peut être à la tête d’une fortune estimée par Forbes à 35,8 milliards de dollars et être officiellement communiste. C’est le cas de Jack Ma, le PDG du géant de l’e-commerce Alibaba, et homme le plus riche du pays. Son appartenance au Parti communiste chinois (PCC) a été révélée par le Quotidien du Peuple, organe de presse officiel du régime, lundi 26 novembre. Il avait, jusqu’à présent, gardé certaines distances avec le parti, affirmant notamment, en 2015, qu’on pouvait se contenter "de l’aimer, sans pour autant se marier avec lui".

L’annonce par le Quotidien du Peuple peut étonner. Après tout, Jack Ma a souvent été présenté, notamment aux États-Unis, comme le visage acceptable de la Chine, éloigné des prises de décision de l’appareil d’État. Le président américain, Donald Trump, l’a reçu le 9 janvier 2017 à New York, peu avant son investiture, détectant en lui l'homme d'affaires. Son prédécesseur, Barack Obama, avait accepté de jouer le rôle du journaliste le temps d’une interview décontractée de Jack Ma, en 2015.

Jack Ma, comme 90 millions de Chinois

En réalité, cette révélation n’a "rien de surprenant", assure Jean-François Dufour, directeur du cabinet de conseil DCA Chine, contacté par France 24. Jack Ma détient sa carte du parti comme environ 90 millions d’autres Chinois. Cette appartenance n’est pas une profession de foi idéologique. Elle "renvoie simplement à la manière dont le PCC structure la société chinoise. C’est en son sein que les décisions sont prises", précise cet expert.

Tous les entrepreneurs d’une certaine importance – dans le secteur Tech ou autre – sont liés aux instances du pouvoir. Certains dirigeants – comme Ren Zhengfei, le patron de Huawei – sont des membres revendiqués du parti, tandis que les autres évoluent à sa périphérie. La différence n’est qu’une question de degré d’implication dans le processus décisionnaire. "Ceux qui sont associés au PCC sont tenus d’appliquer les lignes directrices du parti, tandis que ceux qui ont leur carte ont leur mot à dire sur certains points, surtout techniques, des orientations économiques adoptées", explique Jean-François Dufour.

Pour autant, on ne tombe pas par hasard dans la marmite du PCC. Prendre sa carte du parti est un acte volontaire qui demande des efforts. "Le processus d’acceptation comme membre du PCC est très sélectif et environ 90 % des aspirants sont refoulés", rappelle le spécialiste. L’avantage est, notamment, d’être mis en avant par les autorités lorsqu’il s’agit de conquérir des nouveaux marchés ou de profiter d’opportunités économiques. Alibaba se retrouve ainsi aux avant-postes de la "nouvelle route de la soie", ce grand programme d’investissements dans les infrastructures à l’étranger qui est l’une des priorités économiques du président Xi Jinping.

Message à Trump

Surtout, gare à ceux qui ne suivent pas les règles du jeu de Pékin. Jia Yueting, le patron de l’ex-géant chinois d’Internet LeEco réfugié aux États-Unis, en a fait l’amère expérience. En 2017, celui qui avait été surnommé le "Steve Jobs chinois" avait fait l’erreur de "vouloir diversifier ses activités en investissant dans les voitures électriques sans en référer aux autorités du parti en charge de ce secteur. Les banques lui ont coupé l’accès au crédit du jour au lendemain", raconte Jean-François Dufour.

La décision de divulguer l’appartenance de Jack Ma au parti n’en reste pas moins un "virage important dans la stratégie de Pékin", estime cet économiste. La Chine essayait, jusqu’à présent, de faire le moins de publicité possible autour des liens entre les entreprises du secteur privé et le pouvoir"car cela permettait de donner une autre image du pays, plus en phase avec l’économie de marché", souligne Jean-François Dufour.

Pour lui, la rupture de la retenue traditionnelle de Pékin sur ce point – surtout au sujet d’un personnage aussi connu sur la scène internationale que Jack Ma – est un message envoyé à Donald Trump. À quelques jours d’une rencontre entre le président américain et Xi Jinping, "c’est une façon de montrer que la Chine présente un front uni dans le conflit commercial qui l’oppose aux États-Unis", estime l’économiste français. Autrement dit, exit l’idée d’une division entre le pouvoir politique et le monde des affaires en Chine.

Une unité que risque d’envier Donald Trump, lui qui fait face à des pans entiers de l’économie (secteur automobile, Silicon Valley) de plus en plus hostiles à sa stratégie commerciale.

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