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L’embarrassante présence de MBS au sommet du G20 en Argentine

Le ministre argentin des Affaires étrangères, Jorge Marcelo Faurie, accueille le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane en Argentine, le 28 novembre 2018.
Le ministre argentin des Affaires étrangères, Jorge Marcelo Faurie, accueille le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane en Argentine, le 28 novembre 2018. Saudi Broadcast Authority, AFP

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est rendu, mercredi, en Argentine pour participer au sommet du G20. C’est sa première sortie sur la scène internationale depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

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Comment se comporteront les dirigeants vis-à-vis de Mohamed ben Salmane (MBS) à Buenos Aires, où doit s'ouvrir le sommet du G20 vendredi 30 novembre ? Feront-ils fi, au nom des intérêts économiques et financiers, du meurtre sordide du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, très critique à l’égard de Riyad, dans lequel MBS est accusé d'être impliqué, notamment par la CIA ?

Populaire il y a peu sur la scène internationale pour ses réformes économiques et sociales dans le royaume saoudien, le prince héritier doit désormais faire face dans ses déplacements à l'étranger aux retombées de ce meurtre qui a terni son image. Il est soupçonné d’avoir ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi en octobre dans le consulat saoudien à Istanbul. Le corps du journaliste a été démembré et dissous dans de l’acide par un commando de 15 personnes venu de Riyad.

Avant son arrivée mercredi en Argentine, où il fera face aux principaux dirigeants du monde, Mohammed ben Salmane a achevé une tournée dans quatre pays arabes, son premier déplacement à l'étranger depuis le scandale. S'il a été bien accueilli aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, deux de ses plus proches alliés, ainsi qu'en Égypte, il a en revanche fait face à des manifestations hostiles en Tunisie. Mais le prince héritier a ignoré les pressions et la réprobation internationale et maintenu son déplacement en Argentine.

“ S’il a décidé de maintenir cette visite à travers les pays du monde arabe et l’Argentine pour le G20, c’est pour taire toutes les critiques à son endroit. Et il se sent plus que jamais ragaillardi par le soutien des Américains", explique Clarence Rodriguez, correspondante pendant 12 ans de France 24 à Riyad et auteure du livre “Arabie Saoudite 3.0 : Paroles de la jeunesse saoudienne” publié aux éditions Érick Bonnier. 

Et pour cause. Mercredi, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a indiqué à la presse, avant d'être auditionné par le Sénat américain, qu' "il n'y a aucun élément direct liant le prince héritier à l'ordre de tuer Jamal Khashoggi". "On est dans l’arrogance. C’est presque un pied de nez à la communauté internationale”, ajoute pour sa part Clarence Rodriguez. 

“Un jeu de dupes et d’hypocrisie”

Hésitant au début de l’affaire à mettre directement en cause Mohammed ben Salmane, Donald Trump a balayé du revers de la main les conclusions de la CIA selon lesquelles le prince héritier aurait ordonné l’assassinat du journaliste et dissident. Pour le président américain, l’Arabie saoudite reste “un partenaire fiable” dont il a souligné le rôle sur le marché du pétrole et pour protéger les intérêts américains au Proche-Orient. “Je n’aime pas l’idée qu’on mette fin à un investissement de 110 milliards de dollars aux États-Unis” avait-il déclaré en octobre, en évoquant les énormes contrats de vente d’armes au royaume saoudien.  “Je trouve ça un peu dommage. Mais ce sont les intérêts économiques qui l’emportent sur les droits de l’Homme et les valeurs humaines. On est dans un jeu de dupes et d’hypocrisie” regrette Clarence Rodriguez.

Devant le Sénat,  Mike Pompéo et Jim Mattis, le ministre de la Défense, ont défendu l'alliance avec Riyad lors d'une session à huis clos. "L'Arabie saoudite , du fait de sa situation géographique et de la menace iranienne, est fondamentale pour maintenir la sécurité régionale et d'Israel, et nos intérêts dans la stabilité au Proche-Orient", a souligné Jim Mattis. Pour autant, Donald Trump ne rencontrera pas le prince héritier en marge du sommet du G20, a indiqué la Maison Blanche.

En revanche, Mohammed ben Salmane s’entretiendra avec Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier avait maintenu la pression sur l’Arabie saoudite en affirmant que les ordres pour le meurtre de Khashoggi venaient des "plus hauts niveaux" du gouvernement saoudien. La rencontre, si elle a lieu, "indiquerait qu'un accord a été conclu, qui pourrait inclure une réconciliation dans le Golfe (entre le Qatar et ses  adversaires) et des mesures concrètes pour mettre fin à la guerre au Yémen", estime Sigurd Neubauer, un analyste du Moyen-Orient installé à Washington. "Cependant, un accord potentiel entre Riyad et Ankara ne protégera probablement pas MBS des éventuelles enquêtes du Congrès américain sur le meurtre de Khashoggi", précise-t-il.

Poursuites judiciaires en Argentine

Qu’en sera-t-il des autres dirigeants, dont le président Français ? Voudront-ils s’afficher publiquement aux côtés du prince héritier ?  "Je pense que ses apparitions seront soigneusement mises en scène pour éviter l'embarras", affirme à l'AFP H.A. Hellyer, chercheur au Conseil de l'Atlantique, un centre de réflexion basé à Washington et au Royal United Services Institute de Londres.  Pour Bessma Momani, professeure à l'Université de Waterloo au Canada, "les photos de groupe sont peut-être inévitables, mais les dirigeants libéraux et démocratiques comme ceux de l'Allemagne et du Canada ne voudront pas qu'on les voie lui serrer la main."

En Argentine, Mohammed Ben Salmane risque d'éventuelles poursuites judiciaires. Invoquant le fait que la constitution argentine reconnaît la compétence universelle en matière de crimes contre l'humanité. Le 26 novembre, Human Rights Watch a demandé à la justice argentine de poursuivre Mohamed ben Salman pour son rôle présumé dans cette affaire, ainsi que pour de possibles crimes de guerre au Yémen. Un porte-parole du procureur général Ramiro Gonzalez a déclaré à Reuters que la plainte de l'ONG était en cours d'examen et qu'aucune décision n'avait encore été prise concernant l'ouverture d'une enquête.

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