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Présidentielle en Géorgie : "Le choix du moindre mal ?"

Des partisans de Salomé Zourabichvili, la candidate du parti au pouvoir, rassemblés à Tbilissi le 28 novembre pour la soirée électorale.
Des partisans de Salomé Zourabichvili, la candidate du parti au pouvoir, rassemblés à Tbilissi le 28 novembre pour la soirée électorale. David Mdzinarishvili, Reuters

La Géorgie, une des rares anciennes républiques soviétiques à avoir connu une transition démocratique réussie, a voté, mercredi, pour une présidentielle qui a vu Mikheil Saakachvili et l’oligarque Bidzina Ivanichvili s’affronter à distance.

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De Moscou aux capitales occidentales, le scrutin du mercredi 28 novembre a été suivi de près par la communauté internationale. Cet intérêt peut sembler inattendu : le poste de président en Géorgie est avant tout honorifique et protocolaire. Et, sur le papier comme durant la campagne, il a été difficile de distinguer les promesses électorales de Salomé Zourabichvili, candidate du parti au pouvoir, de celles de Grigol Vashadze, le candidat de l’opposition. Arrivés au coude à coude au premier tour, tous deux sont partisans d’un rapprochement avec l'Union européenne et l'Otan.

Mais une ombre a plané sur cette présidentielle, la dernière au suffrage universel direct avant le passage à un régime parlementaire : celle du turbulent Mikheïl Saakachvili, président de la Géorgie pendant dix ans. En exil forcé aux Pays-Bas depuis le début de l’année après avoir été expulsé d’Ukraine, "Misha" comme le surnomme ses supporters, a toujours des nostalgiques à Tbilissi. Grigol Vashadze est d’ailleurs issu du parti qu’il a fondé, le Mouvement national uni (MNU). Après avoir voté mercredi, ce dernier a fait cette déclaration : "La Géorgie ne choisit pas une personne pour le poste de président, elle choisit son propre futur".

Un futur avec ou sans Mikheïl Saakachvili ? Lorsque Grigol Vashadze s'est qualifié au second tour face à la favorite Salomé Zourabichvili, l’ancien président géorgien n’a pas fait mystère, dans une interview à Euronews notamment, de son désir de revenir en Géorgie si "son proche allié" remportait le scrutin. Condamné par contumace à six ans de prison pour abus de pouvoir par la justice géorgienne, l’ancien président voyait en effet dans l’élection de son champion une opportunité de solder ses déboires judiciaires : "Je crois que dès que nous aurons un nouveau président, il y aura un système judiciaire libre de l’influence de l’oligarque Ivanichvili (…). Mon affaire judiciaire est simple à annuler", avait-il avancé tout en assurant ne vouloir jouer "pour le moment" aucun rôle formel sur le plan politique en Géorgie.

Dans cet entretien à Euronews, Mikheïl Saakachvili se défendait également d’avoir été, durant sa décennie au pouvoir, un "pourfendeur en série des droits de l’Homme" ou "un dirigeant autoritaire". C’est pourtant ce que lui reprochent ses détracteurs qui ne lui ont jamais pardonné la répression des manifestations de 2007 et la guerre avec la Russie en Ossétie du Sud en 2008. Les partisans de l’opposition saakachviliste sont même qualifiés de "nazis" par certains Géorgiens comme cela a été le cas lors d'une manifestation à Tbilissi dimanche.

"Je sais que vous n'êtes pas satisfaits"

Ironie de la politique géorgienne, pour contrer "l’homme de Saakachvili", le parti au pouvoir le Rêve géorgien a choisi une femme qui fût, comme son adversaire, une ancienne ministre des affaires étrangères de Mikheïl Saakachvili. Salomé Zourabichvili, qui a renoncé à la nationalité française pour être candidate, a cependant peiné à incarner le renouveau que sa candidature "indépendante" était censée porter.

Il faut dire que le parrain politique de l’ancienne ambassadrice de France à Tbilissi est bien connu des Géorgiens : il s'agit du milliardaire Bidzina Ivanichvili, le fondateur du Rêve géorgien et… l’ennemi juré de Mikheïl Saakachvili. S’il a officiellement quitté la vie politique en 2013 après un an comme Premier ministre, l’homme le plus riche de Géorgie reste considéré comme le véritable dirigeant du pays.

Le score décevant de Salomé Zourabichvili au premier tour a fait office d'alerte pour le Rêve géorgien, au pouvoir depuis 2012. La candidature de Salomé Zourabichvili avait, par ailleurs, d’autres défauts aux yeux de ses compatriotes : fille d’exilés géorgiens en France, elle ne parle pas parfaitement la langue du pays et, durant la campagne, certaines de ses déclarations sont mal passées dans l’opinion publique comme lorsqu’elle a déclaré que la guerre d'août 2008 contre la Russie avait éclaté parce que la Géorgie avait commis l'erreur de répondre "aux provocations russes".

Entre les deux tours, Bidzina Ivanichvili avait fait une apparition à la télévision aux airs de mea culpa : "Je sais que vous n'êtes pas satisfaits car votre vie ne s'est pas améliorée", avait t-il dit. Pour le Rêve géorgien, à deux ans de législatives qui scelleront son sort politique, l’enjeu dépasse la présidentielle.

Bidzina Ivanichvili a aussi promis d'augmenter les dépenses sociales et d'effacer les petites dettes bancaires de 600 000 personnes. Une annonce dénoncée par plusieurs ONG qui y voient "un achat de voix sans précédent".

Zourabichvili ou Vashadze ? Ivanichvili ou Saakachvili ? Pour les plus de 3,5 millions d'électeurs, le choix s’apparentait finalement à celui du "moindre mal" comme l'a parfaitement résumé l’hebdomadaire géorgien "Sakartvelo da Msoplio" ("La Géorgie et le monde") dans un article traduit par Courrier International : "Avant, l’électeur donnait sa voix à un avenir meilleur. Aujourd’hui, il est amené à voter pour le moindre mal. C’est tragique en réalité et sans issue pour le moment. Et la 'démocrature' d’Ivanichvili utilise habilement à son avantage cet état de fait".

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