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"Gilets jaunes": à La Réunion, la ministre des Outre-mer tente d'apaiser les tensions

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Saint-Denis de la Réunion (AFP)

"Vous avez raison de crier votre colère, je suis là pour l'entendre", assure la ministre des Outre-mer Annick Girardin venue à la rencontre des "gilets jaunes" de La Réunion en plein appel des manifestants à un blocage total de l'île.

Huée à sa sortie de l'aéroport Roland-Garros de Saint-Denis par quelques centaines de manifestants, la ministre a immédiatement filé sur le proche barrage du rond-point de Gillot bloqué par quelque 2.000 "gilets jaunes".

En début de rencontre, une représentante des "gilets jaunes" a demandé et obtenu une minute de silence en condamnation des affrontements mardi sur la route du littoral, lorsque quatre gros barrages en place depuis 10 jours ont été démantelés, donnant lieu à des échanges de gaz lacrymogènes et de galets entre forces de l'ordre et manifestants.

Les affrontements ont duré jusqu'à 04H00 mercredi dans la ville de la Possession qui jouxte la route du littoral. Des violences qui rappellent celles en marge du mouvement des "gilets jaunes" lancé le 17 novembre mais qui s'étaient calmées ces derniers jours.

Petites retraites, chômage: dans des échanges animés mais respectueux, ponctués par des "Préfet démission" ou des "Macron démission", les manifestants lui ont exposé leurs difficultés à boucler les fins de mois, mais aussi leur sentiment d'"humiliation". "Mme la ministre nous ne sommes pas des sauvages".

"La Réunion est fille de la République", a assuré la ministre, tout en reconnaissant qu'elle est "l'un des territoires les plus inégalitaires entre ceux qui touchent le plus et ceux qui touchent le moins".

- "Pas de baguette magique" -

"Vous avez raison, vous avez droit à plus de justice sur ce territoire", a-t-elle estimé, se disant consciente du "ras-le-bol généralisé" et de la "souffrance des gens", alors que 42% de la population de l'île vit en dessous du seuil de pauvreté, et que le taux de chômage atteint 26%.

"Vous avez raison de crier votre colère, je suis là pour l'entendre", a-t-elle insisté en promettant "la transparence" sur le coût de la vie et "la construction des prix et des salaires", sans toutefois en dire plus.

"Transparence" promise aussi sur "le moindre euro" alors qu'un manifestant mettait en cause les élus locaux et l'interrogeait sur la destination de "l'argent envoyé par la France depuis 40 ans".

"Je n'ai pas de baguette magique, mais je vais faire avec vous", a lancé la ministre, qui avait promis avant sa venue qu'elle annoncerait des mesures concrètes pendant son voyage.

- Bordée d'injures -

Mme Girardin n'a pas directement répondu aux demandes d'excuses de la part de l'Etat pour les affrontements de la veille, mais elle a dit, sous des applaudissements, qu'elle allait "demander aux forces de l'ordre de respecter les manifestations pacifiques".

La ministre a aussi demandé aux manifestants de "bloquer le moins possible", critiquant "certains qui voudraient que La Réunion reste dans le chaos", alors qu'une vingtaine de barrages bloquants restaient en place mercredi matin.

L'objectif de 300 barrages visé par les "gilets jaunes" à l'occasion de la venue de la ministre est donc loin d'être atteint. Mais celui d'un blocage total est en passe de l'être, avec peu de circulation sur les routes et beaucoup de commerces aux rideaux baissés, tandis qu'établissements scolaires, université, collectivités territoriales et une partie des services de l'Etat sont toujours fermés.

Les automobilistes devant se déplacer n'ont eu d'autre choix que de le faire dans la nuit, comme les voyageurs se rendant à l'aéroport.

Véronique, touriste originaire des Sables d'Olonne, venue avec son mari randonner à La Réunion, a passé une nuit blanche pour y arriver à temps, après avoir dû rebrousser chemin à plusieurs reprises, bloquée par plusieurs barrages filtrants.

Au moment de quitter le rond-point de Gillot pour la préfecture, où elle devait recevoir d'autres "gilets jaunes", Annick Girardin a traversé sans encombre une haie d'honneur des manifestants. Mais au passage du préfet Amaury de Saint-Quentin, pour beaucoup responsable du couvre-feu du week-end et des affrontements de la veille, c'est une bordée d'injures qui a fusé.

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