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Yémen : le Sénat américain défie l'administration Trump sur le soutien militaire à Riyad

Le Capitole, siège du Sénat américain, à Washington.
Le Capitole, siège du Sénat américain, à Washington. Alexander Drago, Reuters

Très remontés depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, les sénateurs américains ont donné mercredi leur feu vert à un débat sur une résolution bipartisane pour cesser tout soutien militaire à Riyad dans la guerre au Yémen.

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Les sénateurs américains viennent d'adresser un coup de semonce à l'administration Trump. Une résolution pour cesser tout soutien militaire à l'arabie saoudite dans la guerre au Yémen a en effet franchi mercredi 28 novembre un premier obstacle au Sénat.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le ministre de la Défense Jim Mattis, qui avaient fait le déplacement au Congrès dans la matinée pour les convaincre de rester au côté de l'Arabie saoudite, n'auront visiblement pas su trouver les bons arguments.

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Dans l'après-midi, 63 sénateurs, républicains et démocrates - contre 37 - ont donné leur feu vert à un débat sur la résolution bipartisane. Cette large majorité ne préjuge pas du vote final sur le texte, qui pourrait n'intervenir que la semaine prochaine, mais donne une idée du malaise des élus.

Une majorité semble s'esquisser

En mars, cette même résolution avait échoué au Sénat, n'obtenant que 44 voix. Mais depuis, l'assassinat, le 2 octobre, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul semble avoir pesé de tout son poids dans le vote.

Mercredi, plusieurs sénateurs ont affirmé que cette fois, une majorité semblait s'esquisser, de nombreux parlementaires ayant fait part de leur écœurement après l'assassinat du journaliste et de leur frustration face à la réponse de Donald Trump.

Ce vote est d'ailleurs le premier acte concret du Congrès, qui menace de prendre plusieurs mesures pour sanctionner le royaume saoudien alors même que le président des États-Unis s'est révélé être le plus solide soutien du puissant prince saoudien Mohammed ben Salmane, ou "MBS".

Devant cette pression accrue, Mike Pompeo et Jim Mattis ont défendu l'alliance avec Riyad. Ils ont d'abord partagé avec le Sénat, à huis clos, leur connaissance des informations confidentielles sur l'assassinat de Jamal Khashoggi début octobre au consulat saoudien à Istanbul.

Les sénateurs veulent être briefés par la CIA

"Je crois avoir lu tous les éléments du renseignement", "il n'y a aucun élément direct liant le prince héritier à l'ordre de tuer Jamal Khashoggi", a dit à la presse Mike Pompeo, alors que, selon plusieurs médias américains, la CIA estime que "MBS" a commandité le meurtre. "Il n'y a pas de preuve irréfutable", a renchéri Jim Mattis.

De nombreux sénateurs des deux camps ont vivement déploré que la directrice de la CIA Gina Haspel ne soit pas venue en personne leur présenter les preuves dont elle dispose. Le républicain Lindsey Graham, en première ligne pour accuser MBS d'avoir ourdi l'assassinat, a menacé de ne pas voter les prochains textes "clés", y compris budgétaires, tant que la CIA n'aura pas directement informé le Congrès.

Mike Pompeo a ensuite critiqué le "timing" de la résolution parlementaire, estimant qu'elle risquait de "nuire" aux efforts de paix de l'ONU, qui espère réunir début décembre autour d'une même table le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition sous commandement saoudien, et les rebelles houthis, épaulés par l'Iran - ennemi commun de Riyad et Washington.

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Dans ce même esprit, les États-Unis ont demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de repousser un projet de résolution appelant à une trêve au Yémen, où la guerre a fait au moins 10 000 morts depuis 2015 et provoqué une crise humanitaire dramatique.

Sans les États-Unis, "ce serait bien pire"

"La souffrance au Yémen m'attriste, mais si les États-Unis n'étaient pas impliqués au Yémen, ce serait bien pire", a lancé le secrétaire d'État aux sénateurs. "Si les États-Unis se retiraient de l'effort au Yémen", "la guerre ne cesserait pas" et cela "nuirait considérablement" à la sécurité nationale américaine, a-t-il ajouté, selon les extraits de son intervention diffusés à la presse. Selon lui, la coalition saoudienne "ne bénéficierait pas de nos conseils et de notre formation pour mieux cibler" ses tirs, "donc davantage de civils trouveraient la mort".

Plusieurs sénateurs n'ont guère été convaincus par les ministres. Que le royaume soit impliqué ou non dans la mort du journaliste, "nous combattons une guerre au Yémen que nous n'avons jamais déclarée et que le Congrès n'a jamais autorisée", a affirmé le républicain Mike Lee, coauteur de la résolution, assurant que les interventions gouvernementales ne lui avaient "pas fait changer d'avis".

"Le Sénat des États-Unis doit impérativement dire aujourd'hui à l'Arabie saoudite et au monde que nous n'allons pas continuer à prendre part à ce désastre humanitaire", a abondé l'autre coauteur, l'indépendant Bernie Sanders.

Avec AFP

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