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Géorgie : de Paris à Tbilissi, la trajectoire de la présidente Zourabichvili

Salomé Zourabichvili, 66 ans, est née à Paris dans une famille d'émigrés géorgiens.
Salomé Zourabichvili, 66 ans, est née à Paris dans une famille d'émigrés géorgiens. Vano Shlamov, AFP

Salomé Zourabichvili a été élue, mercredi, présidente de la Géorgie. L'ex-ambassadrice française garde pour horizon les législatives de 2020, mais devra compter sur la concurrence de l'ex-président Mikheïl Saakachvili.

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Salomé Zourabichvili a remporté, mercredi 28 novembre, l'élection présidentielle en Géorgie, avec 59,52 % des voix contre 40,48 % pour son adversaire, Grigol Vashadze. Elle devient présidente d’une des rares anciennes républiques soviétiques à avoir connu une transition démocratique réussie depuis son indépendance en 1991.

À 66 ans, elle est la candidate du parti du Rêve géorgien, au pouvoir, dirigé par l’ex-Premier ministre Bidzina Ivanichvili. Officiellement en retrait de la politique, ce milliardaire dont la fortune est estimée à 4,6 milliards d’euros – le tiers du PIB du pays de 3,7 millions d’habitants – est sorti de son silence fin octobre pour soutenir sa candidate, en difficulté à l’issue du premier tour.

"Je suis une vraie Française"

Salomé Zourabichvili est née à Paris dans une famille d'émigrés géorgiens ayant quitté le petit pays du Caucase dans les années 1920 pour fuir l’occupation de l’Armée rouge.

Elle suit ses études à Sciences Po Paris et à la Columbia University, aux États-Unis. Elle en sort polyglotte : en plus du géorgien et du français, elle parle couramment italien et anglais et possède des bases en russe et en allemand. Idéal pour embrasser une carrière diplomatique. Premier poste : l’ambassade de France à Rome. Elle travaillera également auprès des Nations unies à New York à la fin des années 1980, avant de revenir au Quai d’Orsay de 1980 à 1984, de rejoindre l’ambassade française de Washington jusqu’en 1988, puis celle de N’Djamena, au Tchad.

>> À lire : Présidentielle en Géorgie : "Le choix du moindre mal ?"

"Je suis née en France donc à proprement parler, je ne suis pas une immigrée, je suis une "vraie Française, Française" comme disait ma mère quelque fois", racontait-t-elle dans un entretien réalisé par l’ambassade de France à Tbilissi, en 2017. Sa langue maternelle est cependant le géorgien, qu’elle pratiquait enfant avec ses deux grands–mères qui l’ont élevée. Son père était un membre actif de la communauté géorgienne en France et fut pendant des décennies président de l’Association des Géorgiens de France. Autre membre éminent de la famille, l’académicienne Hélène Carrère d'Encausse n’est autre que sa cousine.

Ambassadrice de France à Tbilissi

C’est tout naturellement que Salomé Zourabichvili, qui a foulé le sol géorgien pour la première fois en 1986, fut nommée ambassadrice de France à Tbilissi, en 2003, avant de se voir accorder l'année suivante la nationalité géorgienne et d'intégrer le gouvernement du président nouvellement élu, Mikhaïl Saakachvili. Pour la nommer ministre des Affaires étrangères, celui-ci avait dû faire adopter un amendement spécial à la constitution lui permettant d'accorder la double nationalité à des personnalités de son choix.

Mais cette première incursion dans la vie politique de son pays de cœur ne durera que dix-neuf mois, ses rivaux de l'équipe dirigeante ayant obtenu sa tête. Elle crée alors son propre parti politique, la Voie de la Géorgie, un mouvement pro-occidental et libéral qu’elle dirige jusqu’en 2010 avant de rentrer en France et de renouer quelques années avec la diplomatie, à l’ONU notamment. Après la défaite de son ancien allié et désormais adversaire Mikhaïl Saakchvili, elle renoue avec la vie politique géorgienne. En 2016, elle est élue comme candidate indépendante au Parlement géorgien.

Très critique de l’ancien président Saakachvili

"De cette collaboration ratée entre Mikheïl Saakachvili et la diplomate subsistera une lourde rancœur", analyse Le Monde. "Dans son livre "La Tragédie géorgienne" (Grasset, 2009), elle qualifiait déjà le règne du réformateur de 'néototalitarisme', oubliant que l’ancien président, aujourd’hui en exil aux Pays-Bas, a accompli le geste rare dans la région de quitter le pouvoir après une défaite électorale", poursuit le quotidien.

Elle lui reproche notamment la répression des manifestations de 2007 et la guerre avec la Russie en Ossétie du Sud en 2008. Durant la campagne électorale, Salomé Zourabichvili a d’ailleurs été vivement critiquée pour avoir déclaré que la courte guerre d'août 2008 contre la Russie avait éclaté parce que la Géorgie avait commis l'erreur de répondre "aux provocations russes". Ses adversaires avaient également pointé sa maîtrise relative, selon eux, de la langue géorgienne et avaient mis en doute son patriotisme.

Poste de représentation

La présidence géorgienne est surtout un poste de représentation, depuis que la majorité des pouvoirs exécutifs ont été transférés ces dernières années au Premier ministre. Le chef de l'État conserve toutefois une influence politique. La véritable échéance, ce sont les élections législatives de 2020. La confrontation à venir entre le parti du Rêve géorgien – qui a pris les rênes du pays en 2012 – et le Mouvement national uni, fondé par Mikheïl Saakachvili, promet d’être tendue.

Avec AFP

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