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"Gilets jaunes" à la Réunion : pourquoi le mouvement a pris une telle ampleur

Des policiers font face aux "Gilets jaunes", Le Port, sur l'île de La Réunion, le 21 novembre 2018.
Des policiers font face aux "Gilets jaunes", Le Port, sur l'île de La Réunion, le 21 novembre 2018. Richard Bouhet, AFP

Le mouvement de contestation entraîné par l’annonce d’une hausse des taxes sur les carburants a pris une forte ampleur à La Réunion. L’île souffre notamment d’un taux de chômage et d’un niveau de pauvreté bien supérieurs à ceux de la métropole.

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Treize jours après le début de la contestation sociale, le mouvement des "Gilets jaunes" paralyse toujours La Réunion. Depuis le 17 novembre et l’annonce de la hausse des taxes sur les carburants, le département est touché par une contestation encore plus importante qu’en métropole. Pour les observateurs de la situation réunionnaise, les "Gilets jaunes" ont été l’étincelle qui a fait exploser une situation sociale sous tension depuis plusieurs années.

>> À lire : Flambée de violences à La Réunion en marge du mouvement des "Gilets jaunes"

"Le processus [de contestation sociale à La Réunion] est identique à ce qu’il se passe en métropole mais il est amplifié en raison des niveaux de pauvreté et d’inégalités de l’île", analyse Michael Goujon, enseignant chercheur en Économie du développement à l’Université Clermont-Auvergne et spécialiste des économies insulaires, joint par France 24.

"À La Réunion, on gagne moins d’argent mais on paye tout plus cher !"

Le département d’outre-mer connaît un taux de pauvreté de 40 % (contre environ 14 % en métropole) et un taux de chômage qui dépasse les 20 % (contre environ 9 % en métropole). À cela s’ajoute un coût de la vie bien plus élevé qu’en métropole. "À La Réunion, on gagne moins d’argent mais on paye tout plus cher !", résume François Hermet, maître de Conférences en Sciences-Économiques à l'Université de La Réunion, joint par France 24.

Les Réunionnais doivent notamment dépenser plus que les métropolitains pour se nourrir. Selon François Hermet, le "différentiel en matière alimentaire [était] de l’ordre de 37 % en 2015". Ce différentiel s’explique en partie par les importations nécessaires à l’île. "Les produits importés forment une part importante du panier de consommation des ménages. C’est le cas du riz par exemple qui est utilisé comme ingrédient de base à la Réunion, comme le pain en métropole", explique Michael Goujon.

Le coût de la vie est tel que les fonctionnaires bénéficient sur l’île d’une prime d’environ 50 % de leur salaire en compensation. Une mesure de plus en plus vue comme injuste par les Réunionnais.

Chômage massif

Des mesures en faveur d’une baisse des prix ont déjà été prises sur l’île mais se sont montrées inefficaces à réduire la pauvreté. En cause, notamment, un taux de chômage de 24 % (40 % chez les jeunes) qui empêche nombre de familles de sortir de la précarité. Le chômage de longue durée, notamment, est plus important qu’en métropole.

Pour François Hermet, "c’est surtout cette absence d’insertion par l’emploi qui explique la crise sociale d’aujourd’hui […]. Le point commun entre toutes les catégories de personnes [qui ont pris part au mouvement] c’est leur extrême sensibilité aux prix des biens de première nécessité, comme le prix des carburants".

"Dans ce contexte, seule une hausse immédiate des prestations sociales pour les plus pauvres est susceptible d'éteindre l'incendie", préconise-t-il.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin, en visite à La Réunion, a confirmé jeudi qu'elle annoncerait des mesures économiques et d'emploi, après avoir présenté la veille des mesures sociales qui ont déçu les manifestants. "Plus jamais La Réunion ne fonctionnera pareil : parce que vous avez pris la parole, parce que vous avez des propositions", a-t-elle déclaré.

Parmi les mesures sociales annoncées par la ministre : la création de 1 500 nouvelles places de crèches, de 15 nouveaux centres sociaux de proximité, de cinq "Points conseil budget" pour accompagner les familles. Annick Girardin a également annoncé un programme "pour permettre de baisser le prix des produits alimentaires pour les tout-petits, comme le lait maternisé", et promis "des petits-déjeuners offerts" dans les écoles "là où les enfants viennent le ventre vide le matin".

Des DOM en crise

Les observateurs s’interrogent sur les raisons pour lesquelles le mouvement des "Gilets jaunes" a pris plus d’ampleur à La Réunion que dans les autres départements d’outre-mer. Si les cinq DOM n’ont pas autant adhéré au mouvement des "Gilets jaunes" que la Réunion, "tous ont connu au moins une crise sociale majeure au cours de ces 10 dernières années", souligne François Hermet.

Le chercheur trouve notamment des similitudes entre la contestation actuelle à La Réunion et la crise sociale qu’a connue Mayotte en début d’année. "Même si le développement économique et social de La Réunion est significativement supérieur, il y a dans les deux cas un sentiment d'incompréhension face à certaines inégalités sociales qui persistent après la départementalisation."

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