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En Hongrie, "l’université Soros" à l’épreuve de Viktor Orbán

La manifestation du samedi 24 novembre devant le Parlement hongrois a rassemblé environ 2 000 personnes mais n'a pas fait plier le gouvernement.
La manifestation du samedi 24 novembre devant le Parlement hongrois a rassemblé environ 2 000 personnes mais n'a pas fait plier le gouvernement. Bernadett Szabo, Reuters

L'Université d'Europe centrale (CEU), basée à Budapest, a fixé samedi comme date-butoir au gouvernement hongrois pour autoriser son maintien en Hongrie. Sur le campus, l’heure est à l’inquiétude et à la mobilisation.

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"Jamais je n’aurais imaginé que le gouvernement hongrois puisse faire une chose pareille. La Hongrie fait tout de même partie de l’Union européenne !" Lorsqu’Elettra Repetto, étudiante italienne en sciences politiques, arrive à Budapest en 2016 pour faire un doctorat à l'Université d'Europe centrale (CEU), Viktor Orbán est déjà depuis deux ans au pouvoir. Mais que le national-conservateur puisse s’en prendre à l’université fondée par le milliardaire et philanthrope américain d'origine hongroise George Soros est alors inenvisageable pour l’étudiante venue de Gênes, explique-t-elle à France 24.

L'Université d'Europe centrale est, en effet, une institution à la notoriété internationale : fondée en 1991 peu après la chute du communisme, elle est considérée comme l'une des meilleures universités européennes de sciences humaines et sociales et a accueilli, en 25 ans d’existence, plus de 16 000 étudiants venus de 90 pays.

"Sur le campus, il y a beaucoup d’étudiants de l’Est avec une autre vision des choses, c’est très enrichissant", s'enthousiasme Elettra Repetto."L'Université d'Europe centrale a cette incroyable mission d''open society' (le concept de 'société ouverte' défendue par le réseau de fondations de George Soros, NDLR)", explique à France 24 Simon Rippon, professeur de philosophie dans l’établissement. "Nous enseignons aux étudiants à être critiques et que la démocratie fonctionne mieux quand il y a une ouverture aux différentes opinions", poursuit-il.

"Une première en Europe depuis que les Nazis ont fermé l’université d’Oslo en 1943"

Un progressisme et une ouverture qui n’ont pas le vent en poupe dans la Hongrie de Viktor Orbán. Régulièrement accusé de dérapages antisémites, ce dernier a fait de George Soros, qui est issu d’une famille juive non pratiquante, sa bête noire. Il l’accuse notamment de promouvoir l'immigration.

C’est dans ce contexte que les autorités hongroises ont engagé, il y a 17 mois, un bras de fer avec l’université jugée trop "libérale" et hostile au pouvoir en place. En avril 2017, une nouvelle loi est promulguée : elle oblige les universités étrangères implantées en Hongrie à disposer d'un campus et de cursus dans leur pays d'origine. La CEU effectue alors les démarches nécessaires et sa direction demande à Budapest de reconnaître qu'elle est en conformité avec la nouvelle loi.

Mais le gouvernement Orbán ne signe pas l'accord nécessaire au maintien en Hongrie de l’université. Face au silence du gouvernement, la direction de l’université donne alors aux autorités hongroises jusqu'au samedi 1er décembre pour donner leur accord… faute de quoi l'université déménagera à Vienne ses cursus internationaux dès la rentrée 2019.

"Votre gouvernement va obliger la CEU à quitter la Hongrie", a accusé cette semaine son recteur, Michael Ignatieff, dans une lettre ouverte. Une déclaration aussitôt taxée d'"hystérie politique" par le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto.

L'avenir de l'Université d'Europe centrale est devenu l'un des principaux contentieux entre la Hongrie et les institutions européennes. Le chef de file des libéraux (ALDE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt, depuis longtemps à couteaux tirés avec Viktor Orbán qu’il accuse de chercher "à détruire l'Europe" après s'être servi des fonds européens, est virulent sur le sujet. Vendredi, dans un message sur Twitter, le Belge a fustigé le Premier ministre hongrois et le Parti populaire européen (PPE) pour la fermeture de l’université : "Une première en Europe depuis que les Nazis ont fermé l’université d’Oslo en 1943", a-t-il dénoncé.

"Viktor Orbán ne veut pas de voix dissidentes en Hongrie"

Alors que la date-butoir est imminente, l’ambiance sur le campus est "à la désolation mais pas au désespoir", estime Elettra, qui se félicite "du sens de la communauté et de la résistance". Comme beaucoup d’étudiants, elle fait partie du collectif Students4CEU qui organise depuis quelques jours une université libre ("Szabad Egyetem") sous des tentes devant le Parlement.

Sur les réseaux sociaux, le hashtag #IStandWithCEU ("Je défends la CEU") a fleuri ces derniers mois. Mais "il ne s’agit pas seulement de la CEU", assure l’étudiante, "nous défendons aussi la liberté de faire de la recherche et la liberté d’expression".

Samedi dernier, un grand rassemblement a été organisé devant le Parlement hongrois pour protester contre un éventuel départ pour Vienne de la CEU. Parmi les 2 000 personnes présentes, il y avait des étudiants internationaux mais aussi des Hongrois. "Si nous quittons Budapest, la Hongrie perdra une institution culturelle et intellectuelle essentielle. C’est pourquoi nos amis universitaires hongrois nous soutiennent depuis le début", explique Simon Rippon.

Concernant l’avenir de la CEU en Hongrie, le professeur ne cache toutefois pas son inquiétude : "J’espère qu’une décision de dernière minute du gouvernement nous permettra de rester pleinement chez nous, à Budapest. Mais je ne suis pas optimiste. Avec son pouvoir croissant sur les médias, la justice, la société civile et le monde universitaire, Viktor Orbán montre clairement qu’il ne veut pas de voix dissidentes en Hongrie."

Les faits ne lui donnent pas tort : en août dernier, la fondation Open Society de George Soros a déménagé ses activités de Budapest à Berlin en dénonçant la politique "répressive" des autorités hongroises.

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