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Pourquoi les attaques jihadistes sont en hausse dans la région du lac Tchad

Issouf Sanogo, AFP (illustration)
Issouf Sanogo, AFP (illustration) Les forces gouvernementales nigérianes sont de plus en plus souvent la cible des attaques menées par les groupes jihadistes de la région du lac Tchad.

La région du lac Tchad connaît une recrudescence des attaques menées par les organisations Boko Haram et État islamique en Afrique de l’Ouest. En deux mois, le Nigeria a perdu plusieurs centaines de soldats.

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Les chefs d’État ou de gouvernement des pays de la région du lac Tchad se sont retrouvés, jeudi 29 novembre, à N’Djamena (Tchad) pour une réunion sur la situation sécuritaire de la zone. Le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun connaissent depuis plusieurs mois une recrudescence des attaques des deux principaux groupes jihadistes de la région : Boko Haram et l’organisation État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP, selon son acronyme anglais).

Les deux groupes agissent indépendamment depuis la destitution en août 2016 d’Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram qui avait fait allégeance à l’organisation État islamique (EI) au printemps 2015. Le jihadiste a depuis repris son titre de chef de Boko Haram et dispose d’environ 1 000 combattants, selon le Combating Terrorism Center (CTC), un think tank américain de référence sur le sujet.

Pour le remplacer, le groupe EI a désigné Abu Musab al-Barnawi comme le nouveau chef de la branche ouest-africaine de l’organisation jihadiste. Le CTC estime qu’il dispose de 3 500 à 5 000 combattants. "Aujourd’hui l’ISWAP est actif dans le nord du lac Tchad, dans la zone frontalière du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigeria. Boko Haram est plutôt actif dans la forêt de Sambisa au sud du lac", détaille Wassim Nasr, veilleur-analyste à France 24 et auteur de "État islamique, le fait accompli" (éd. Plon).

Du brigandage à la politique

Pour Wassim Nasr, la fusion en 2015 entre Boko Haram et le groupe EI est la principale raison de la recrudescence des attaques autour du lac Tchad. En s’affiliant cette année-là, Boko Haram a bénéficié des capacités d’organisation et de communication du groupe né en Irak, évoluant petit à petit des pillages de villages aux attaques sur des cibles militaires. "Alors que Shekau faisait plutôt du brigandage, Barnawi a élargi le champ d’action du groupe jihadiste, avec une visée politique derrière", explique Wassim Nasr.

Depuis sa destitution, Abubakar Shekau et les combattants qui l’ont suivi adoptent eux aussi une ligne plus politique et visent de plus en plus de cibles militaires. "Certes, Boko Haram a reculé en 2016-2017, mais maintenant, l’organisation s’est adaptée et est devenue autre chose", affirme Vincent Foucher, chercheur au CNRS, spécialiste des questions politiques en Afrique de l’Ouest, joint par France 24.

Pour le chercheur, la véritable montée en puissance des groupes jihadistes – ISWAP en tête – dans la région date de juillet 2018. "Depuis, il y a une grosse attaque de l’ISWAP sur une base militaire nigériane presque toutes les deux semaines", affirme-t-il.

Ces attaques permettent à l’organisation de récupérer du matériel militaire. "À chaque nouvelle attaque, le groupe récupère de l’armement et peut alors commettre des attaques plus importantes. Aujourd’hui, l’ISWAP a des véhicules blindés et même des chars d’assaut."

Des attaques jihadistes "minimisées par les autorités locales"

Pourtant, très peu d’informations sur les offensives des groupes jihadistes se retrouvent dans la presse et les gouvernements sont très peu enclins à communiquer sur les attaques subies par leurs armées. "Ce genre d’information est toujours minimisé par les autorités locales. Mais nous avons la preuve en vidéo que les groupes jihadistes, Boko Haram ou ISWAP, agissent de plus en plus librement et de manière de plus en plus violente et dommageable pour les forces gouvernementales ou certaines franges de la population", assure Wassim Nasr.

Parmi les dernières offensives jihadistes les plus importantes de la région : l’attaque menée le 18 novembre dernier contre le bataillon 157 de l’armée nigériane à Metele, dans l’État du Borno (nord-est du Nigeria), qui a fait des dizaines de morts. Cette fois-ci, le gouvernement n’a pas pu garder le silence et un débat est né au sein de la société nigériane sur la capacité du gouvernement à venir à bout des groupes jihadistes, raconte Vincent Foucher.

Muhammadu Buhari a été élu président du Nigeria en 2015 en promettant de réduire Boko Haram à néant. Un an plus tard, il disait le groupe jihadiste "écrasé", rappelle RFI. À quelques mois de l’élection présidentielle nigériane de 2019, le président sortant s’est de nouveau emparé de la question du jihadisme et a affirmé lors d’un sommet de l’armée nigériane que "des progrès remarquables [avaient] été faits pour rétablir la sécurité dans le nord-est depuis 2015". Il a ajouté : "Nos troupes ne doivent pas perdre de vue leur tâche : éliminer Boko Haram de la surface de la Terre. C’est une guerre que nous devons gagner absolument."

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