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La crise des Gilets jaunes ébranle les députés de la majorité

La députée de la Manche Sonia Krimi fait partie des voix de la majorité qui demandent au gouvernement d'entendre les Gilets jaunes.
La députée de la Manche Sonia Krimi fait partie des voix de la majorité qui demandent au gouvernement d'entendre les Gilets jaunes. Patrick Kovarik, AFP

Les députés de La République en marche sont en première ligne pour écouter les revendications des Gilets jaunes. Certains d’entre eux demandent des gestes forts, quitte à ébranler la majorité. La réunion de groupe, mardi, s’annonce électrique.

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Depuis près d’un mois ils sont en première ligne. Sur le terrain, dans leur circonscription, les députés de La République en marche doivent affronter la colère des Gilets jaunes. Certains ont dialogué dans le calme avec ces Français venus leur exprimer leur ras-le-bol. D’autres ont été contraints de faire profil bas face à des citoyens beaucoup plus revendicatifs qui leur ordonnaient d’appeler Emmanuel Macron à agir. D’autres, encore, ont perdu leur sang-froid, à l’image de ce député de l’Ain, Stéphane Trompille, qui a voulu en venir aux mains avec des Gilets jaunes qui bloquaient dans son département le péage d’Attignat.

"C’est un peu compliqué pour des nouveaux députés d’encaisser tous ces reproches et toute cette colère. Il y a aujourd’hui une défiance qui s’est installée. Ce n’est même pas la peine d’essayer d’expliquer ce qu’on a fait en faveur du pouvoir d’achat, les Français ne veulent pas l’entendre. La majorité est complètement déstabilisée par les Gilets jaunes", reconnaît le député de l’Hérault Patrick Vignal, contacté par France 24.

Cet ancien député socialiste (2012-2017) rallié à Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle fait partie des quelques voix, au sein de la majorité, qui demandent au gouvernement un geste à la hauteur des événements. "Pour l’instant on reste sur des postures politiques, nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux. Il faut un signal fort dans les 48 heures de la part du gouvernement", affirme-t-il.

Patrick Vignal se prononce en faveur d’un moratoire sur la taxe carbone et demande un bilan de la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF). "Certains collègues disent ‘si on cale maintenant, on ne pourra pas faire les autres réformes comme celle des retraites'. Mais ça n’a rien à voir, dit-il. La classe politique se grandirait de dire ‘on s’est trompé, faisons machine arrière’."

D’autres députés de La République en marche sont sur la même ligne. La présidente de la commission des Affaires sociales et députée du Pas-de-Calais Brigitte Bourguignon appelait elle aussi, dans Le Monde du 23 novembre, à "un moratoire d’un trimestre sur les hausses de taxes sur les carburants".

La députée de la Manche Sonia Krimi, qui avait déjà donné de la voix au moment du débat sur la loi asile et immigration, s’est, elle, carrément affichée avec un gilet jaune en recevant des manifestants le 23 novembre et a affirmé être "de leur côté".

Édouard Philippe critiqué pour sa rigidité

Le député de Gironde, Florent Boudié, estime quant à lui dans Le Monde que le mouvement des Gilets jaunes est entré samedi "dans une nouvelle dimension" et qu’il faut "y apporter une réponse forte et rapide" type "blast politique, social et peut-être même institutionnel".

Selon nos informations, une bonne partie des députés de la majorité s’exprimant publiquement en faveur de mesures rapides du gouvernement ont dans le collimateur Édouard Philippe, jugé trop rigide.

C’est notamment le cas de la députée de la Meuse, Émilie Cariou, qui l’a précisément visé dans un tweet posté dimanche : "Les violences d’hier sont inacceptables. Nous ne pouvons laisser notre pays partir dans le chaos. Les députés LREM ont fait remonter les alertes et propositions, il faut que le Premier ministre les écoute. Il y a urgence à ouvrir le dialogue et donner des solutions immédiates."

En face, il y a ceux qui veulent maintenir le cap, comme le patron du groupe LREM à l’Assemblée nationale et député de Paris Gilles Le Gendre, ou le député des Côtes-d’Armor Hervé Berville. Interrogé par France 24, ce dernier reste "convaincu" que les mesures prises depuis l’élection d’Emmanuel Macron "finiront par porter leurs fruits" et préfère minimiser les dissensions au sein de la majorité.

"Pour l’instant, ce n’est pas encore la cacophonie, c’est de la polyphonie : comme sur d’autres sujets auparavant, des voix s’expriment, mais je ne doute pas que chacun s’inscrira dans la dynamique de groupe une fois que les décisions auront été actées collectivement", explique-t-il.

D’autres, enfin, estiment que des mesures doivent effectivement être prises rapidement mais préfèrent garder leurs commentaires pour la réunion de groupe prévue mardi et plaident pour que les députés LREM parlent d’une seule voix. Entre ces trois approches, une seule chose est sûre : la réunion, à laquelle participera Édouard Philippe, s’annonce particulièrement tendue. Pour éviter les risques de fuite, celle-ci se déroulera à huis clos – c’est-à-dire sans les assistants parlementaires.

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