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ANALYSE

Gilets jaunes : pourquoi les annonces d’Édouard Philippe ne calmeront pas la crise

Des Gilets jaunes lors de la manifestation du 1er décembre 2018 à Bordeaux.
Des Gilets jaunes lors de la manifestation du 1er décembre 2018 à Bordeaux. Nicolas Tucat, AFP

Les mesures annoncées par le Premier ministre, mardi, pour calmer la colère des Gilets jaunes ne devraient pas atteindre leur objectif. De nombreuses voix évoquent déjà des "mesurettes" et appellent à poursuivre les actions.

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Les annonces d’Édouard Philippe parviendront-elles à apaiser les tensions et à calmer la colère des Gilets jaunes ? Le Premier ministre a annoncé, mardi 4 décembre, trois mesures censées calmer le jeu : un moratoire de six mois de la taxe carbone sur l’essence, le fioul et le diesel, mais aussi sur la convergence de la fiscalité du diesel avec celle de l’essence et sur la hausse du gazole pour les professionnels ; un moratoire, de six mois également, des nouvelles modalités du contrôle technique des véhicules ; et un gel des augmentations des tarifs de l'électricité et du gaz durant l’hiver.

Les premières réactions des Gilets jaunes semblent néanmoins aller à l’encontre de ce qu’espérait Édouard Philippe. "Mesurettes", "les actions vont durer", "le pouvoir essaie de nous endormir", "pas suffisant", "pas du tout ce qu’on attendait" : que ce soit chez les personnalités médiatiques du mouvement ou chez les simples manifestants, personne ne se réjouit des mesures annoncées par le Premier ministre. Ces réactions étaient pourtant prévisibles.

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 • Des mesures trop tardives

Le gouvernement a trop tardé à répondre à la colère des Gilets jaunes, laissant le mouvement gagner de l’ampleur et se radicaliser au fil des semaines. Autant le moratoire de six mois sur la taxe carbone aurait pu éteindre le mouvement mi-novembre, autant il apparaît désormais bien insuffisant au regard de son évolution. Lors des deux premiers samedis de manifestations, les 17 et 24 novembre, les violences avaient été essentiellement le fait de casseurs d’extrême-gauche et d’extrême-droite venus se greffer au mouvement. En revanche, samedi 1er décembre, des dizaines de Gilets jaunes, désormais radicalisés, ont participé aux affrontements avec les forces de l’ordre notamment autour de l’Arc de Triomphe à Paris. Autre signe du durcissement des Gilets jaunes : ceux-ci ne veulent plus discuter avec le gouvernement et ceux tentés par le dialogue sont menacés de mort.

 • Des revendications désormais élargies

Si la taxe carbone a servi de point de départ au mouvement des Gilets jaunes, les revendications sont désormais élargies et touchent plus largement la question du pouvoir d’achat. Or, les mesures annoncées par Édouard Philippe ne concernent que des domaines liés à la transition écologique. Les Gilets jaunes, qui évoquent depuis plusieurs jours une hausse du SMIC, la suppression de l’augmentation de la CSG des retraités et le retour de l’ISF notamment, ont donc le sentiment de ne pas avoir été entendus. La concertation sur la transition écologique annoncée entre le 15 décembre et le 1er mars permettra-t-elle d’aborder ces sujets ? Pas sûr, d’autant que l’exécutif semble vouloir y apporter les réponses classiques d’un gouvernement de droite.

>> À lire : Édouard Philippe : "Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la nation"

 • Une réponse classique de droite

Édouard Philippe a attendu la dernière partie de son allocution, mardi 4 décembre, pour donner le cadre du débat qu’il appelle de ses vœux sur les impôts et les dépenses publiques. Sa précision a pourtant son importance puisqu’elle limite considérablement le champ des possibles : "Si les impôts baissent, il faudra que les dépenses baissent, car nous ne voulons pas léguer des dettes à nos enfants", a affirmé le Premier ministre, reprenant à son compte des propos déjà tenus la veille par son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. À l’image des dix-huit premiers mois de la présidence d’Emmanuel Macron, c’est bien l’aile droite du gouvernement, emmenée par les anciens membres du parti Les Républicains Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou encore Sébastien Lecornu et Franck Riester, qui imprime la philosophie des politiques à mener. Et, de fait, un retour de l’ISF ou de la "flat taxe" est ouvertement exclu. Ce sont les dépenses publiques, et donc les prestations sociales à destination des moins riches, qui seront rognées, alors même que les Gilets jaunes demandent davantage de services publics.

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 • Vers une possible convergence des luttes

Alors que le gouvernement espère un apaisement de la contestation, les signaux envoyés du terrain sont plutôt contraires. Non seulement de nombreux Gilets jaunes restent mobilisés et comptent à nouveau se rendre sur les Champs-Élysées, samedi 8 décembre, mais le mouvement pourrait être renforcé par d’autres contestations, comme celle des lycéens, des ambulanciers ou des agriculteurs. Par ailleurs, l’opposition politique s’est saisie pleinement de cette contestation pour enfin exister face à Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Laurent Wauquiez (Les Républicains), Marine Le Pen (Rassemblement national), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) ou encore Jean-Christophe Lagarde (UDI) ont tous critiqué l’exécutif, emboîtant plus ou moins le pas aux Gilets jaunes. Même le Parti socialiste est redevenu audible cette semaine en étant reçu à Matignon. C’est dire…

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