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Face aux violences des casseurs, les forces de l'ordre au bord de la crise de nerfs

Des CRS font face à des manifestants Gilets jaunes sur les Champs-Élysées à Paris, le 1er décembre 2018.
Des CRS font face à des manifestants Gilets jaunes sur les Champs-Élysées à Paris, le 1er décembre 2018. Alain Jocard, AFP

Les principaux syndicats des forces de l’ordre ont été reçus, mardi, par Christophe Castaner. Ils pointent le manque de moyens pour faire face aux violences croissantes en marge des mobilisations de Gilets jaunes et demandent plus de mobilité.

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"Les collègues sont exténués." La phrase, prononcée par l’ensemble des syndicats de police lors des allocutions aux médias, résume l’inquiétude des forces de l’ordre face aux violences récentes en marge des rassemblements des Gilets jaunes. Depuis trois semaines, aux mobilisations pacifiques contre la hausse des prix du carburant se sont greffés des groupes organisés et extrêmement violents. Le paroxysme a été atteint le 1er décembre, à Paris et dans plusieurs villes du pays, quand les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, les dégradations de biens et les pillages ont atteint des niveaux "inédits tant dans l’ampleur que dans la difficulté à les gérer", selon Pierrick Agostini, secrétaire général adjoint du syndicat des commissaires de la police nationale.

Face à ces rassemblements spontanés et imprévisibles, les policiers et gendarmes manquent de moyens. Humains avant tout : réquisitionnés pour protéger des bâtiments clés comme l’Élysée ou l’Assemblée nationale à Paris, ou les mairies en région, les forces de l’ordre manquent d’hommes pour faire face à des groupes très mobiles et qui cherchent l’affrontement direct. Sur le pont depuis trois semaines, beaucoup n’ont pas le temps de se reposer. "Les forces de l'ordre sont au bout du rouleau. Mes collègues sont déployés quasiment 24 heures sur 24. On n'en peut plus", déplore à Franceinfo Yves Lefebvre, membre du syndicat Unité SGP Police FO.

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Manque de moyens ensuite : "Notre logique opérationnelle nous prépare à la violence, mais pas inouïe comme on l’a vu le week–end dernier. Quand on reçoit de l’acide, des clous, des cocktails Molotov, on passe un degré. Nous, on n’a pas d’intermédiaire après les grenades lacrymogènes, les flashballs, ou charger et mettre des coups de tonfa. Et avec 30 kg sur le dos, c’est difficile de courser un jeune qui se vide les poches", confie Jordan Dussau, représentant départemental de l’Unsa Police à Bordeaux. Samedi, rien qu’à Paris, près de 10 000 grenades, lacrymogènes pour la plupart, ont été utilisées sur des manifestants équipés de masques à gaz et de protections diverses. La vidéo du CRS, isolé de son groupe et tabassé près de l’Arc de Triomphe avant d’être exfiltré par des Gilets jaunes, montre comment, malgré la débauche de moyens défensifs utilisés, les policiers ont par endroits été débordés.

"Pour les forces de l’ordre, l’action est d’une rare complexité. L’absence d’organisation [des Gilets jaunes, NDLR] a permis aux éléments les plus violents de s’infiltrer dans les rassemblements. Ce noyautage entraîne de plus en plus souvent un effet de meute, une manipulation des manifestants et la dérive progressive du mouvement vers une radicalisation violente", affirmait lundi, devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

"On est des citoyens avant d’être des fonctionnaires"

Après avoir pointé la nécessité d’adapter le dispositif de maintien de l’ordre, notamment en vue de la nouvelle mobilisation prévue samedi prochain, les sept principales organisations représentatives des forces de l’ordre ont été reçues par le ministre, mardi 4 décembre. Elles revendiquent plus de mobilité, et donc plus d’effectifs, pour pouvoir "aller au contact".

"Il faudrait un dispositif plus mobile, plus offensif entre guillemets sur la rapidité d’action. Sur Paris, on utilise beaucoup les lacrymogènes et les engins lanceurs d’eau pour faire reculer les personnes violentes. Mais on a vu samedi qu’en reculant, ils ont le temps de casser des magasins ou de mettre le feu à des véhicules. Et aux yeux de la population, il n’est pas acceptable de voir cela sans qu’on intervienne", explique Pierrick Agostini. Revendiquant de "nouvelles formes de maintien de l’ordre", il estime que "le ministre a fait preuve de beaucoup d’écoute, et prouvé qu’il connaît bien le dossier".

"Nous allons mobiliser en France des forces en nombre supplémentaire" par rapport aux 65 000 hommes mobilisés le week-end dernier, a précisé le ministre mardi, tout en s'abstenant de "dévoiler le dispositif". Certains syndicats proposent de faire appel à l’armée pour protéger certains édifices publics, et ainsi libérer des effectifs policiers. "Nous voulons travailler sur la prise en compte de la mobilité extrême des casseurs, nous prenons en compte l'appel croissant à la violence sur certains réseaux sociaux."

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Sur le long terme, le plus difficile pour les policiers et gendarmes, selon Jordan Dussau, reste la fatigue morale. "Notre pression est non palpable pour la majorité des gens, mais on a les mêmes problématiques qu’eux, on est des citoyens avant d’être des fonctionnaires. On met aussi du gasoil dans nos véhicules, et on voit que les caddys sont de plus en plus vides. On est dans une position antinomique : ça nous fait mal d’aller contre les Gilets jaunes mais en même temps on ne peut pas cautionner qu’ils bloquent des voies publiques. Et parallèlement à ça, on est le reflet du gouvernement sur la voie publique et on doit essuyer leur colère."

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