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Comment le Brésil se prépare à l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro

Jair Bolsonaro, qui sera investi à la présidence le 1er janvier 2019, s'affiche aux couleurs de Palmeiras, son équipe de cœur.
Jair Bolsonaro, qui sera investi à la présidence le 1er janvier 2019, s'affiche aux couleurs de Palmeiras, son équipe de cœur. Nelson Almeida, AFP

À un mois de son investiture, Jair Bolsonaro prépare son arrivée à Brasilia. Nouvelle fonction, nouvelle image... connu pour ses coups d’éclat, s'est-il assagi ? Comment la classe politique et la société civile se préparent à travailler avec lui ?

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Sourire aux lèvres, il pose fièrement au milieu de l’équipe de foot de Palmeiras, brandissant la coupe du championnat brésilien remportée quelques minutes plus tôt par son équipe de cœur, dont il porte le maillot. Le calme avant la tempête. La légèreté, sans doute, avant de porter le poids de sa future fonction.

Pourtant, Jair Bolsonaro n’a pas attendu le 1er janvier 2019, jour de son investiture à la présidence du Brésil, pour prendre déjà des mesures très médiatisées : la nomination de 17 ministres, dont celle de Sergio Moro, le juge anti-corruption en charge de l’affaire Lava Jato, qui a emprisonné l’ancien président Lula. Ou encore la chef de file du lobby de l’agrobusiness, Teresa Cristina Correa, à la tête du ministère de l’Agriculture. Également parmi les membres de son futur gouvernement, quatre militaires, du jamais vu depuis la fin de la dictature.

Malgré ses annonces polémiques sur la réforme des retraites ou sa décision de supprimer le ministère du Travail, les derniers sondages lui sont toujours favorables. Selon l’Institut de recherches sociales, politiques et économiques, l’image du prochain gouvernement auprès des Brésiliens est positive : 63 % sont “rassurés” par le choix de Jair Bolsonaro. Six Brésiliens sur dix espèrent que le futur président réussira son mandat.

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Il a déjà "arrondi les angles"

Une image redorée malgré les frasques de la campagne. L’entre-deux tours a été marqué par des propos racistes, homophobes et misogynes. Le succès de Jair Bolsonaro a déchainé les violences et a entrainé une recrudescence des agressions physiques et verbales visant principalement les femmes et les membres de la communauté LGBT.

Accord de Paris, Amazonie, COP 25 : ses annonces et ses intentions sur l’environnement inquiètent ONG et activistes et choquent la société civile.

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“Avant chaque élection, c’est toujours la même chose, explique Sergio Praça professeur spécialiste de la droite brésilienne à l’institut de recherches politiques Getulio Vargas. "N’importe quel nouveau président élu a une image positive, c’est une page blanche à écrire”, mais nul doute pour lui, qu’il y aura “beaucoup de ratures”.

Toutefois, selon Sergio Praça, Jair Bolsonaro a déjà “arrondi les angles”. Le président d’extrême droite justifie par exemple sa volonté d’ouvrir les territoires indigènes, en expliquant que leurs délimitations étaient faites pour maintenir “les natifs dans des parcs zoologiques”.

Le changement, "c’est de la poudre aux yeux !"

“Il ne fera pas les trois quarts de ce qu’il a dit !”, s’exclame Pedro Oliveira, buraliste d’un quartier populaire de Fortaleza, une ville du nord-est du pays. Le commerçant avoue qu’il a voté “Jair” pour changer. Mais “mollo sur le changement ! C’est de la poudre aux yeux tout ça, dites-le à vos amis Français, qu’ils ne doivent pas s’inquiéter.”

Jair Bolsonaro rassure une grande partie de ses concitoyens et à l’extérieur, les courants conservateurs et populistes américains et européens. Pourtant, pour Sergio Plaça, le plus gros point faible de Jair Bolsonaro, sera certainement sa politique étrangère. En témoigne la nomination d’Ernesto Araujo au poste de ministre des Relations extérieures. Un climato-sceptique qui a déclaré que le changement climatique était “une notion marxiste”.

Sur le climat, Jair Bolsonaro ne se fait pas non plus beaucoup d’amis, et n’en cherche pas. Sa stratégie est claire : plaire à Donald Trump, qu’il a ouvertement pris comme modèle politique, jusqu’à solliciter une entrevue avec son conseiller John Bolton. Mais aussi et surtout plaire aux lobbies de l’agrobusiness et de la puissante Église évangélique, qui ont permis son élection.

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Un bloc "anti-Bolsonaro"

Face à cet agenda, les partis politiques d’opposition commencent à resserrer leurs rangs. Le PSB (parti socialiste), le PDT (parti démocratique travailliste, dont Ciro Gomes, candidat malheureux de la présidence fait partie) et le PCdoB (parti communiste) ont déjà annoncé qu’ils allaient rassembler leurs forces pour créer un bloc “anti-Bolsonaro”, laissant de côté le PT, (le Parti des Travailleurs de Lula et du perdant de la présidentielle Fernando Haddad) qui n’a plus de quoi forger d’alliances stables pour obtenir la majorité au Parlement.

Cette sorte d’union de la gauche rassemble 69 députés, face aux 52 du PSL, le parti de Jair Bolsonaro, la plupart novices en politique et qui ne connaissent pas encore les “codes de Brasilia”. “Il faudra que l’opposition s'adapte et parle la langue du parti de Bolsonaro, comme les démocrates avec Donald Trump ! Une langue moins bureaucratique, plus directe. Ça ne leur fera pas de mal”, assure le politologue Sergio Praça.

De son côté, le futur président est déjà parti à la chasse aux soutiens, tentant de rallier à sa cause des petits partis qui lui permettraient d’avoir une majorité solide.

C’est la mission qu’il a confié au nouveau chef de la “Casa Civil”, équivalent du Premier ministre français. Problème : Onyx Dornelles Lorenzoni vient d’admettre qu’il avait reçu de l’argent (plus de 30 000 euros) d’une entreprise durant la campagne présidentielle.

Faire pression sur le nouveau gouvernement

De son côté, Camila Rossi, responsable de la communication de Greenpeace Brésil, se sent abattue. “Comment dialoguer ? Communiquer avec un gouvernement qui veut nous labelliser comme association terroriste ?!” s’énerve-t-elle. Là où la militante écologiste admet que le précédent gouvernement de Michel Temer donnait ses informations au compte goute au prix d’un harcèlement presque quotidien, elle craint que le nouveau président ne ferme complètement les verrous.

“Un dialogue ? Ah non, ça n’a pas l’air d’être sa méthode", nous confirme d’une voix ironique Sergio Plaça.

À nouveau président, nouvelle méthode : les associations de défenses des droits de l’Homme et de l’environnement comptent se regrouper pour faire pression sur le futur gouvernement. Et si les portes de Brasilia restent fermées, ils ont déjà prévenu qu’ils appelleraient la communauté internationale à l’aide.

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