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Huawei, l’ennemi public chinois numéro 1 des États-Unis

Huawei a des ambitions dans la 5G qui dérangent les États-Unis
Huawei a des ambitions dans la 5G qui dérangent les États-Unis China Stringer Network

Le géant chinois de l’électronique Huawei est depuis une décennie la cible privilégiée des critiques américaines. L’arrestation au Canada de la directrice financière du groupe est le signe d’une escalade dans la guerre technologique sino-américaine.

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Le Canada n’a pas simplement arrêté, jeudi 6 décembre, la directrice financière de Huawei. Meng Wanzhou est aussi la fille de Ren Zhengfei, le fondateur et PDG du puissant géant chinois de l’électronique.

“En termes de signal envoyé à Pékin, c’est presque aussi important que de s’en prendre directement à Ren Zhengfei”, estime Jean-François Dufour, directeur du cabinet de conseil DCA Chine-Analyse.

Ancien officier de l’armée chinoise

Meng Wanzhou est soupçonnée par les États-Unis d’avoir violé les sanctions américaines contre l’Iran et risque d’être extradée sur demande de Washington. Mais cette arrestation n’est pas seulement en rapport avec l’Iran. C’est aussi une nouvelle étape dans la croisade que Washington, et certains de ses alliés, mènent depuis près d’une décennie contre ce conglomérat aux liens avérés avec le parti communiste chinois.

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“La première acquisition d’une entreprise américaine par un groupe chinois à avoir été bloquée pour des raisons de sécurité intérieure concernait déjà Huawei, en 2008”, rappelle Jean-François Dufour. Le premier équipementier électronique au monde a, ensuite, été pointé du doigt par le Comité permanent sur le renseignement du Congrès en 2011.

À chaque fois, les autorités américaines ont souligné le risque de faire des affaires avec un groupe supposé aux ordres de Pékin qui pourrait, entre autres, installer des logiciels espions dans ses composants.

Le péché originel de Huawei est d’avoir été fondé par un homme qui a été pendant huit ans officier de l’Armée populaire de libération. Ren Zhengfei n’a jamais renié son passé et ses liens avec l’appareil d’État. “Si nous n’avions pas bénéficié de la protection du gouvernement, nous aurions rapidement été détruit”, avait notamment déclaré le patron du conglomérat en 2003.

Huawei n’a pas seulement été protégé. Le groupe a aussi été financièrement choyé par Pékin. Il a été choisi pour faire passer l’armée chinoise à l’ère de l’électronique et, entre 2005 et 2010, la Banque chinoise de développement lui a accordé une ligne de crédit colossal de 35 milliards de dollars pour financer son expansion à l’internationale.

La course à la 5G

Autant d’indices pour les services de renseignements occidentaux - et surtout américains - que Huawei n’est rien d’autre qu’un cheval de Troie du régime, évoluant dans un secteur hautement stratégique pour la sécurité nationale. Pour autant, souligne Jean-François Dufour, “tous les groupes chinois importants et présents sur la scène internationale ont des liens avec Pékin, ce n’est pas possible autrement”. Jack Ma, le charismatique patron du géant chinois du e-commerce Alibaba, est même membre du Parti communiste. Cela ne l’empêche d’être l’un des patrons chinois les plus respectés aux États-Unis.

Le statut d’ennemi public chinois numéro 1 dont Washington affuble Huawei tient surtout, d’après Jean-François Dufour, à la guerre technologique que se livrent les États-Unis et la Chine. L’enjeu du moment se résume à un sigle : la 5G, c’est-à-dire la prochaine évolution du réseau internet mobile à haut débit. En parallèle à l’arrestation de la directrice financière du groupe, Londres a annoncé que Huawei ne serait pas associé au développement de cette technologie sur le sol britannique. Une semaine auparavant, la Nouvelle-Zélande avait fait de même.

“Les États-Unis et leurs alliés ne veulent pas qu’une entreprise chinoise soit à la pointe de cette technologie, censée être au cœur de l’industrie du futur”, explique Jean-François Dufour. La 5G est appelée à jouer un rôle central dans des domaines aussi divers que l’automobile connectée, la téléphonie, l’aviation ou encore les chaînes de production automatisées.

Huawei, avec son savoir-faire dans le secteur électronique et ses fonds quasi-illimités, a tous les atouts pour devenir l’acteur clé de cette révolution. Washington s’y oppose à la fois pour des raisons symboliques et pratiques. “Ce serait le signe d’un inversement de tendance puisque les États-Unis ont jusqu’à présent toujours ouvert la voie tandis que la Chine était obligé de suivre le mouvement”, souligne Jean-François Dufour. Un changement de paradigme inimaginable pour les États-Unis.

Mais, surtout, si Huawei se retrouve à la pointe de la 5G, un grand nombre d’entreprises américaines vont être obligés de se fournir auprès de cet acteur controversé. “Washington n’a aucune envie de se retrouver dans une situation où un conglomérat lié au régime chinois peut dicter ses termes à des pans entiers de son industrie”, résume l’économiste français.

Pour lui, l’arrestation de Meng Wanzhou est la preuve la plus frappante à ce jour que Washington va tout faire pour empêcher une telle évolution. La fille du PDG de Huawei est, à ce titre, une victime collatérale de la guerre sino-américaine pour la domination technologique.

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