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Le témoignage d'une femme de ménage sans-papiers au service de Trump

Le club de golf de Bedminster (New Jersey), appartenant à Donald Trump, aurait employé plusieurs sans-papiers.
Le club de golf de Bedminster (New Jersey), appartenant à Donald Trump, aurait employé plusieurs sans-papiers. Brendan Smialowki, AFP

Femme de chambre dans un golf de Trump et clandestine, Victorina Morales témoigne jeudi dans le New York Times. Elle dénonce le décalage entre les paroles du président sur les immigrés et la situation dans ses établissements.

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Donald Trump, Victorina Morales le connait bien. Depuis cinq ans qu'elle travaille dans son golf de Bedminster (New Jersey), la femme de chambre de 45 ans a fait son lit, nettoyé ses trophées et sa chambre, parfois même lorsque le 45e président américain était présent dans la pièce. Immigrée clandestine, elle témoigne jeudi 6 décembre à visage découvert dans le New York Times pour dénoncer l'hypocrisie du milliardaire concernant les sans-papiers.

"Nous sommes fatigués des abus, des insultes, de la manière dont il parle de nous alors qu'il sait que nous l'aidons à gagner de l'argent", a déclaré Victorina Morales au New York Times. "Nous nous mettons en quatre pour satisfaire tous ses besoins et nous devons supporter qu'il nous humilie."

D'origine guatémaltèque, Victorina Morales a elle-même sollicité le quotidien avec une autre femme, Sandra Diaz, qui a travaillé dans le même établissement entre 2010 et 2013. Les deux femmes expliquent avoir fait cette démarche pour dénoncer les propos très durs de Donald Trump sur les migrants, en particulier ceux venus d'Amérique latine.

Un décalage entre les paroles et les actes

Arrivée aux États-Unis en 1999 après avoir traversé illégalement la frontière en Californie, Victorina Morales est entrée au service de ce club privé, qui comprend un parcours de golf, après avoir présenté de faux papiers.

Lors de son entretien d'embauche, elle assure avoir dit à celle qui allait devenir sa supérieure que ses papiers étaient faux, une confession qui ne l'a pas empêchée de décrocher un emploi.

Pourtant, durant sa campagne présidentielle de 2016, Donald Trump avait assuré de "ne pas avoir un seul travailleur clandestin" dans ses entreprises. Il avait notamment vanté l'efficacité du système électronique "E-verify" pour contrôler le statut légal des employés de son groupe.

>> À lire aussi : Jeanette Vizguerra, l'icône des sans-papiers menacés par Donald Trump

Que Victorina Morales ait décroché un emploi malgré son statut de clandestine n'est cependant pas étonnant, on estime qu'aux États-Unis huit millions de personnes travaillent sans disposer de papiers ou visa.

Un patron méticuleux et généreux

Si elle critique l'hypocrisie de Donald Trump en matière de travailleurs immigrés, Victorina Morales assure cependant qu'elle n'a jamais eu de problèmes au niveau personnel avec le milliardaire. Elle le décrit comme un patron exigeant mais "poli", respectueux et généreux dans ses pourboires.

Et la femme de chambre de raconter cette anecdote au New York Times : de petite taille, elle avait des difficultés à nettoyer le haut d'une large baie-vitrée lorsque Donald Trump est arrivée. Celui-ci lui a pris gentiment le torchon des mains pour nettoyer lui-même le haut de la vitre, avant de lui demander son nom et son origine. Après sa réponse, Donald Trump aurait répondu "les Guatemaltèques sont des gens qui travaillent durs" avant de lui glisser un billet de 50 dollars.

Comme preuve de ses bons rapports avec le président, Victorina Morales aime montrer les pin's du Secret Service (les gardes du corps de la présidence) en forme de drapeaux américains qu'on lui a ordonné de porter lors de ses visites. La Maison Blanche l'a également distingué pour son travail "remarquable" en juillet 2018.

"Stupides clandestins"

Si Victorina Morales a décidé de parler, c'est aussi en réaction à l'environnement raciste qui s'est peu à peu établi au sein de l'établissement de Bedminster après l'élection de Donald Trump. Elle dénonce le comportement de l'un des managers de l'équipe de nettoyage, qui fait des remarques régulières sur la situation légale précaire des femmes de chambre. Il n'hésite pas non plus à les insulter de "stupides clandestins" moins intelligents qu'un chien, raconte-t-elle.

Victorina Morales étudie désormais la possibilité d'attaquer l'établissement pour discrimination et harcèlement. Mais elle s'attend à perdre son emploi à la publication de l'article, voire d'être expulsée.

En réaction au témoigne recueilli par le New York Times, une porte-parole de la Trump Organization a indiqué : "Nous avons des dizaines de milliers d'employés dans nos établissements et avons des méthodes de recrutement très strictes. Si un employé a produit de faux documents pour contourner la loi, il sera immédiatement licencié".

Avec AFP

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