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Annonces d'Emmanuel Macron : des mesures fortes, mais qui va payer ?

Emmanuel Macron s'est adressé aux Français, lundi 10 décembre.
Emmanuel Macron s'est adressé aux Français, lundi 10 décembre. Ludovic Marin, pool, AFP

Lors de son discours à la Nation, Emmanuel Macron a tendu la main aux Gilets jaunes en annonçant des mesures fortes, estiment les politologues, qui s'interrogent sur le financement de ces mesures sociales.

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Parer à "l'urgence économique et sociale". Tel était l'objet du message délivré par Emmanuel Macron depuis l'Élysée, lundi 10 décembre. Sur les 13 minutes d'allocution, trois mesures fortes se sont dégagées : hausse de 100 euros des salaires au niveau du smic dès 2019, exemption de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2 000 euros par mois, retour de la défiscalisation des heures supplémentaires.

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"Un virage à gauche"

"Ce sont les trois éléments tangibles qui viennent répondre à la crise", a commenté Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Confronté à la crise politique la plus grave depuis le début de son quinquennat il y a 18 mois, "le chef de l'État a fini par opérer son virage à gauche", note de son côté Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Échos.

Sur la tonalité, le locataire de l'Élysée, vêtu d'un costume et d'une cravate noirs, a voulu apparaître "simple". "C'est un bon point car les Français lui reprochent d'être en manque d'empathie", commente Bruno Cautrès. Le président a par ailleurs "pris sa part de sa responsabilité" en reconnaissant qu'il lui est "arrivé de blesser certains" par ses propos. Mais sur ce point, son mea culpa est jugé "a minima" par le politologue puisqu'"il ne manque pas de pointer du doigt les 40 années de malaise" précédant son mandat.

"Il faudra piocher dans le déficit"

Reste que ces annonces sociales posent question concernant leur financement, estimé à hauteur de 8 à 10 milliards d'euros, selon le secrétaire d'État auprès du ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt.

Qui paiera la facture de la hausse du smic, équivalente à quelque 2,5 milliards d'euros ? "Elle ne sera pas payée par les entreprises", relève l'éditorialiste aux Échos Jean-Marc Vittori, qui rappelle que "certaines petites entreprises seraient alors contraintes de réduire leurs effectifs ou de repousser des embauches." "Il faudra piocher dans le déficit", prévient le journaliste, qui prévoit déjà "une explosion du plafond des 3 %" de déficit exigée par les traités européens.

"Pourquoi lancer un débat national s'il continue ses réformes ?"

Parmi les autres annonces, le président a évoqué la création d'un débat national réunissant syndicats, maires et acteurs de la société civile. "L'idée d'un projet collectif" séduit dans les grandes lignes mais suscite quelques doutes. "Pourquoi prévoit-il de continuer sa réforme des retraites et celle des institutions alors ?", s'interroge Bruno Cautrès.

Par ailleurs, le rôle de coordinateur qu'entend jouer le président ne convainc guère. "Il n'est clairement pas le mieux placé pour endosser ce rôle, puisque le chef de l'État sera au cœur des critiques, souligne le politologue. Une autorité indépendante serait beaucoup plus cohérente."

Emmanuel Macron a-t-il convaincu pour autant l'opinion publique ? "Le dialogue est entamé, relève pour sa part Thierry Paul Vallette, coordinateur des Gilets jaunes à Paris. Mais les actions continuent". "Son image est tellement détériorée qu'il faudra attendre d'autres actions du président pour qu'il redresse la barre", estime Bruno Cautrès avant de conclure : "Il a encore du travail".

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