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Quatre scénarios possibles pour le Brexit

"Est-ce que le Brexit en vaut la peine ?", demande la pancarte d'un manifestant devant le parlement britannique.
"Est-ce que le Brexit en vaut la peine ?", demande la pancarte d'un manifestant devant le parlement britannique. Tolga Akmen, AFP

Theresa May veut convaincre les dirigeants européens, mardi, à Bruxelles, de lui offrir des concessions sur l'accord de Brexit et sauver ce texte que son Parlement refuse de ratifier. Une situation qui conduit à envisager plusieurs scénarios.

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La Première ministre britannique poursuit son parcours du combattant. Theresa May, attendue mardi 11 décembre à Bruxelles doit rencontrer les responsables européens Jean-Claude Juncker et Donald Tusk afin d'obtenir des assurances supplémentaires sur l'accord de Brexit.

Lundi, Theresa May a dû se résoudre à reporter le vote sur l'accord au sein du Parlement britannique devant l'hostilité des députés de la Chambre des communes, qu’ils soient issus de l'opposition comme dans la majorité. Une situation qui entretient l'incertitude et pousse à prendre en compte plusieurs scénarios possibles pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, toujours prévue le 29 mars.

Scénario n°1 : obtenir des concessions européennes

Afin d’éviter d'être mise en minorité au sein du Parlement britannique, Theresa May espère arracher quelques concessions. Elle souhaite notamment des garanties sur le fait que la clause de sauvegarde (le "backstop") visant à empêcher le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande ne s'appliquera pas indéfiniment.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a affirmé mardi, que le Royaume-Uni ne voyait pas d'objection à ce que la clause de sauvegarde soit "clarifiée", a-t-il dit à la BBC, dès lors que Theresa May a reconnu elle-même qu'il ne pourrait pas y avoir d'accord sans cette clause.

L'affaire semble pourtant mal engagée. De nombreux responsables européens, dont le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont d'ores et déjà exclu toute renégociation de l'accord, élaboré pendant des mois entre les deux parties.

"Il y a une marge pour apporter quelques précisions, quelques questions d'interprétation", a déclaré Jean-Claude Juncker. "Le problème est le ‘backstop’ : nous devons tout faire pour ne pas nous retrouver dans une situation où il n'y aurait pas d'accord, mais nous devons nous y préparer néanmoins, c'est essentiel pour l'Irlande. L'Irlande ne sera pas laissée de côté."

Auprès des dirigeants européens, Theresa May "tentera d'obtenir des concessions sur la déclaration politique", plutôt que sur l'accord en lui-même, analyse pour l'AFP Anand Menon, professeur de politique européenne au King's College de Londres. Texte non contraignant juridiquement, la déclaration politique dessine les contours de la future relation que vont tenter de nouer les deux partenaires après le divorce. Elle a été approuvée par Londres et Bruxelles en même temps que l'accord de retrait, qui, lui, engage ses signataires.

Surtout, "Theresa May ne doit pas se contenter d'obtenir des concessions. Elle doit faire en sorte que l'UE annonce clairement que ce sont les seules concessions possibles, quel que soit le Premier ministre en poste", insiste Anand Menon. "Car aujourd'hui, beaucoup de discussions au Parlement n'ont aucun sens, elles viennent de députés qui disent 'Je pourrais faire mieux', mais c'est faux".

Scénario n°2 : le report du Brexit

"Il reste une marge de manœuvre pour Theresa May, c’est de demander l’extension de l’article 50 au-delà de la date du Brexit", explique Alix Le Bourdon, correspondante de France 24 à Bruxelles.

Ce scénario offrirait un délai à la Première ministre britannique pour renégocier l’accord, mais l’Union européenne ne souhaite pas repousser indéfiniment la date du Brexit.

"Les 27 pourraient accorder cette extension, mais elle ne pourrait pas aller au-delà des élections européennes de mai prochain", affirme notre correspondante. "L’idée, c’est que le Brexit ne vienne pas perturber ce scrutin."

L'éclairage de notre correspondante à Bruxelles, Alix Le Bourdon

Scénario n°3 : un nouveau référendum

L'idée d’un référendum ne cesse de gagner du terrain, mais Theresa May l'exclut catégoriquement. Une telle consultation verrait les Britanniques se prononcer sur le contenu de l'accord obtenu par le Royaume-Uni, voire poserait la question d'une annulation du Brexit. Une majorité de Britanniques serait en effet désormais opposée au Brexit, selon un sondage publié début novembre.

Mais l'arithmétique parlementaire et le temps limité représentent des obstacles de taille. Il faudrait qu'une majorité de députés soient d'accord. Or les conservateurs n'y sont dans l'ensemble pas favorables. Et l'idée ne fait pas non plus l'unanimité au sein de l'opposition travailliste.

De plus, il faudrait au moins cinq mois pour organiser une telle consultation, ce qui voudrait dire un report de la date de sortie, à condition que l'UE accepte.

"À Bruxelles, plus personne ne croit à cette hypothèse", explique Alix Le Bourdon, "on préfère intensifier les préparatifs d’une sortie sans accord."

Scénario n°4 : le "no deal"

Paris et Berlin, les deux plus influents interlocuteurs de Londres dans ce long processus de divorce, se sont montrés dubitatifs sur les effets d'annonce de Theresa May.

La ministre française chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a jugé qu'une sortie sans accord du Royaume-Uni le 29 mars 2019 était "de plus en plus probable" car aucun autre compromis que celui conclu par les négociateurs britanniques et européens n'était possible.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a exprimé une position similaire en déclarant ne pas voir "ce qui pouvait être changé" au texte obtenu à l'arraché le mois dernier après un an et demi de négociations laborieuses et ardues.

Devant la franche hostilité des 27 à tout aménagement, Theresa May a d'ores et déjà averti que son gouvernement continuerait de préparer l'éventualité d'un Brexit sans accord. Sa préoccupation est partagée par les dirigeants de l'UE. Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, et Donald Tusk veulent "intensifier" les préparatifs en vue d'un éventuel "no deal".

Avec AFP et Reuters

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