Accéder au contenu principal

Attaque de Strasbourg : les forces de l'ordre disposent-elles des effectifs nécessaires ?

Un pistolet, un dossard et un brassard de policier.
Un pistolet, un dossard et un brassard de policier. Philippe Huguen, AFP

Gilets jaunes, manifestations lycéennes, plan Vigipirate renforcé depuis l’attaque de Strasbourg… Les forces de l'ordre, sollicitées de toutes parts, craignent d'être débordées. Et tirent la sonnette d’alarme.

PUBLICITÉ

Exténuées, éprouvées, surmenées, les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer la fatigue des forces de l’ordre. "Heureusement, le moral reste bon, tient à rassurer Fabrice Lorrain, secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale à Metz. Mais jusqu’à quand ?" La question est posée. Car l’actualité sociale chargée de cette fin d’année n’a pas ménagé les forces de l’ordre. Les rassemblements violents des Gilets jaunes, les manifestations lycéennes et étudiantes ainsi que le passage au niveau "urgence attentat" du plan Vigipirate après l'attaque de Strasbourg du 11 décembre, semblent avoir passablement épuisé les troupes.

>> À lire : "Face aux violences des casseurs, les forces de l'ordre au bord de la crise de nerfs"

Une situation susceptible de mettre en danger les forces de l’ordre et la mission qu’ils assurent. "Il faut être raisonnable, prévient Fabrice Lorrain. À force de sans cesse solliciter nos forces de police qui n’ont pas assez d’heures de repos entre chaque service, elles risquent à terme de ne plus être aussi performantes. Même si jusqu’à maintenant, elles ont toujours répondu présentes devant l’urgence."

Une faille dans le dispositif de sécurité à Strasbourg

Outre la fatigue, il semble que le manque d’effectifs ait porté atteinte au dispositif de sécurité mis en place à Strasbourg. Peu de temps avant l’attentat, les policiers des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) 36 et 43, chargés de sécuriser le marché de Noël de la ville, ont été envoyés sur des manifestations en passe de dégénérer, rapporte Le Parisien. "Selon nos informations, précise le quotidien, les CRS 36 et 43 ont été engagées dans une autre mission jugée prioritaire : encadrer le mouvement des lycéens qui menaçait alors de dégénérer (dix véhicules incendiés et 27 interpellations dans la métropole de Strasbourg, selon la préfecture). D’autres membres des CRS étaient en faction devant le Parlement européen et des lieux sensibles de la communauté juive." L’affaire semble avoir dérangé au plus haut niveau puisqu’elle a été évoquée, dès lundi soir, lors d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur.

Les choses ne devraient pas s’améliorer avec l’entrée en vigueur du plan "urgence attentat", décrété par Christophe Castaner quelques heures après l’attaque de Strasbourg. Ce dispositif mis en place après un acte terroriste ou lorsqu’il semble imminent, suppose des mesures exceptionnelles comme des contrôles accrus aux frontières et une sécurité renforcée sur l’ensemble du territoire national. Il permet également la fermeture de routes, de transports publics.

Tenir sans faiblir

Autant de dispositions qui nécessitent des moyens humains accrus. Certes, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé en fin de journée la mobilisation de 1 800 hommes supplémentaires dans les jours qui viennent pour assurer la sécurité après la tuerie de Strasbourg. "Ce sont 500 militaires qui dès aujourd'hui sont venus compléter le dispositif, et 1 300 qui, dans les jours qui viennent, viendront s'ajouter à ceux qui sont déjà mobilisés sur le terrain", a-t-il précisé.

Difficile pour autant d’imaginer que cette mesure suffise à sécuriser le territoire français dans la durée. Dans la seule région de Strasbourg, l’auteur présumé de la fusillade qui a pris la fuite après son forfait a obligé les forces de l’ordre à déployer les grands moyens : quelque 700 membres des forces de sécurité sont aux trousses de l'assaillant. Mais si la chasse à l’homme est amenée à se poursuivre, les policiers craignent un épuisement plus grand des effectifs.

La révolte des "gilets bleus"

Et contrairement à ce que certains affirment sur les réseaux sociaux, les mouvements sociaux des Gilets jaunes et des lycéens et étudiants "ont mobilisé tous les services de police", tient à rappeler Fabrice Lorrain. Depuis le 17 novembre, "les CRS, les gendarmes mobiles, la DGSI et autres services ont tous été impliqués, aussi bien dans l’encadrement des manifestations, que dans les gardes à vue, les enquêtes, etc. Absolument tous les services ont été touchés."

Sans surprise, le syndicaliste réclame davantage de moyens matériels et humains. "Il faudrait des effectifs supplémentaires et un équipement digne de ce nom."

Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP police - FO, tient à peu près le même discours. "Ce n'est pas la pseudo-prime annoncée par Macron qui va nous satisfaire, a tempêté le policier le 5 décembre sur les ondes de RMC. Il y a 25 millions d'heures supplémentaires à nous payer. On va rétablir l’ordre public mais après ça, si on n’a pas de réponse haute et forte, et là je m’adresse à Emmanuel Macron, ce sera à notre tour de descendre dans la rue. Et après les Gilets jaunes, ce sera les gilets bleu marine de la police nationale. On sera intraitables."

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.