"Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré, prix Louis-Delluc 2018

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Paris (AFP)

Un an après avoir récompensé "Barbara", c'est l'histoire d'amour entre deux hommes sur fond d'épidémie de sida racontée par Christophe Honoré dans "Plaire, aimer et courir vite", qui a reçu le prix Louis-Delluc 2018, considéré comme le Goncourt du cinéma.

"Le jury a été très sensible à ce film dans la mesure où après +120 battements par minute+ (de Robin Campillo, sorti l'an dernier), Christophe Honoré a traité le sida d?une manière complètement différente, de façon plus apaisée et intime", a souligné son président Gilles Jacob.

Le film était en lice face à huit autres long-métrages dont "La douleur" d'Emmanuel Finkiel, adaptée du récit de Marguerite Duras sur le retour de son mari des camps de concentration. "La douleur", qui représentera la France aux Oscars début 2019, avait lui aussi les faveurs du jury mais a raté le prix d'un point, a indiqué M. Jacob.

"Ça me touche énormément. Surtout pour ce film-là", a commenté mercredi Christophe Honoré, qualifiant "Plaire, aimer et courir vite" de "film mémoriel hanté de fantômes".

"C?est un film qui essaie de proposer un imaginaire sur un temps particulier, les années 90. Une période où la communauté homosexuelle a dû subir une épreuve tragique. Aujourd?hui encore, on en perçoit les conséquences", a souligné le réalisateur de 48 ans, à l'annonce de son prix, lors d'une cérémonie au très sélect restaurant, le Fouquet's, à Paris.

"De grands artistes, cinéastes, écrivains ont disparu à ce moment-là et ils manquent toujours aujourd?hui", a-t-il glissé, citant l'écrivain Hervé Guibert et le cinéaste Jacques Demy.

S'inspirant en partie de sa jeunesse, le film réunit à l'écran Pierre Deladonchamps - qui "a guidé et le personnage et le film", selon le cinéaste, Vincent Lacoste -"l'acteur le plus excitant de sa génération"- et Denis Podalydès, dans le rôle du meilleur ami.

- Bredouille à Cannes -

Révélé dans "L'inconnu du Lac", le premier y incarne Jacques, un écrivain parisien, homosexuel et père d'un jeune garçon. Un jour, à Rennes, il rencontre Arthur (Vincent Lacoste), un étudiant avec qui il entame une liaison. Ils vont s'aimer, le temps d'un été, alors que Jacques, malade du sida, sait qu'il n'a plus beaucoup de temps devant lui.

"Ce film apparaît plus évidemment personnel et autobiographique. Mais à partir du moment où vous passez par le corps des acteurs, où vous êtes très incarné, le romanesque s'infiltre vite dans un film", racontait le réalisateur à Cannes, où le film était en compétition.

Il était reparti bredouille, malgré un bon accueil critique, souffrant peut-être de la comparaison avec "120 battements par minute", autre film sur les années sida à travers le combat de l'association Act Up et Grand prix à Cannes en 2017.

Créé en 1937, le Prix Louis-Delluc (du nom d'un réalisateur et critique du début du XXe siècle) récompense le meilleur film français de l?année. Le jury est composé d'une vingtaine de critiques et personnalités, sous la présidence de l'ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob.

Il récompense également chaque année un premier film et a choisi en 2018 d'en primer deux : "Les garçons sauvages" de Bertrand Mandico, un conte initiatique où cinq adolescents de bonne famille échouent sur une île sauvage après avoir commis un crime horrible et "Jusqu'à la garde" de Xavier Legrand, sur les violences conjugales.

Dans ce film choc récompensé d'un Lion d'argent à Venise en 2017, Denis Ménochet incarne un père de famille menaçant, ne supportant pas le divorce demandé par son épouse (Léa Drucker).

L'an dernier, le prix Louis-Delluc avait été attribué à "Barbara", le biopic de Mathieu Amalric consacré à la "dame en noir", interprété par Jeanne Balibar, césarisée pour ce rôle.