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À Vienne, le combat des "mamies" qui veulent réveiller les jeunes contre l'extrême droite

Une membre des "Omas gegen Rechts" lors d'une manifestation à Vienne, le 13 janvier 2018.
Une membre des "Omas gegen Rechts" lors d'une manifestation à Vienne, le 13 janvier 2018. Alex Halada, AFP

Un an après l’arrivée au pouvoir de la coalition de la droite et de l’extrême droite autrichienne, un collectif de grands-mères organise chaque semaine, à Vienne, un défilé contre le gouvernement qui rassemble des milliers de personnes.

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Vêtues de leurs bonnets de laine roses, elles se préparent à défiler samedi 15 décembre, lors de la grande manifestation prévue à Vienne pour protester contre un an de politique du gouvernement de coalition de la droite et de l’extrême droite en Autriche. Depuis les élections législatives d’octobre 2017, qui ont porté le chancelier du parti conservateur ÖVP Sebastian Kurz au pouvoir, les "Omas gegen Rechts", littéralement mouvement des "mamies contre la droitisation", ont multiplié les initiatives pour alerter la société civile autrichienne, et les jeunes en particulier, contre les dangers de ce qu’elles estiment être une "dérive fasciste".

Le mouvement né sur Facebook a l’initiative de Monika Salzer, une psychothérapeute autrichienne de 70 ans, est passé de 8 à plus de 3 500 membres en une année. "Nous n’étions qu’une dizaine lors de notre première manifestation le 18 novembre 2017" se souvient Susanne Scholl, l’une des premières à rejoindre les Omas gegen Rechts. "Désormais, chaque jeudi, à 18 heures, on se retrouve en centre-ville de Vienne avec 5 000 à 8 000 personnes" raconte, à France 24, l’écrivaine de 68 ans qui était loin de s’attendre à un tel succès.

"L’opposition politique est absente du débat, or les gens cherchent des figures de rassemblement" explique-t-elle. Pour autant, les Omas gegen Rechts refusent de se voir comme des personnalités politiques. "J’ai 70 ans, j’ai bien passé l’âge de me lancer dans la politique" estime la militante.

Mobilisées "pour ne pas que l’Histoire se répète"

Choquées par la rhétorique populiste du gouvernement autrichien, ces grands-mères autrichiennes se considèrent avant tout comme des personnes qui transmettent une mémoire. "Les témoins directs de l’Holocauste disparaissent les uns après les autres, et nous, la seconde génération, nous nous devons de transmettre cette mémoire pour ne pas que l’Histoire se répète" s’inquiète cette petite-fille de grands-parents juifs assassinés durant la Seconde Guerre mondiale.

"La langue utilisée aujourd’hui par les dirigeants autrichiens est très dangereuse, elle est semblable à celle de l’époque, sauf qu’elle est utilisée contre d’autres populations [les étrangers et les musulmans], mais le langage est le même et c’est ce qui nous inquiète", déplore Susanne Scholl. En plus de manifester tous les jeudis, les Omas gegen Rechts organisent de nombreuses rencontres avec les écoliers autrichiens afin de veiller à la transmission. "Si nous nous sommes mobilisés, c’est avant tout pour nos enfants et nos petits-enfants, afin qu’ils puissent s’épanouir dans un pays où il fait bon vivre", explique la militante.

Menace sur l’égalité homme-femme

D’autres menaces planent sur la jeunesse autrichienne, estime en outre le collectif de grand-mères. Les septuagénaires s’inquiètent notamment des atteintes à la liberté de la presse et aux droits sociaux acquis par les femmes après la Seconde Guerre mondiale, alertant sur la baisse des budgets alloués aux associations d’aide aux femmes et les pressions subies par des journalistes critiques du pouvoir.

Reste à savoir si la manifestation prévue samedi parviendra à mobiliser. Les organisateurs espèrent réunir "des dizaines de milliers" de personnes. Mais l’opposition reste divisée, tandis que les syndicats et les intellectuels peinent à se faire entendre. La coalition au pouvoir profite, elle, d’une popularité grandissante. D’après de récents sondages cités par l'AFP, un an après son arrivée au pouvoir, le parti conservateur de Sebastian Kurz, élu avec 31,5 % des voix, bénéficie de 35 % de satisfaction, et 24 % pour la formation d'extrême droite FPÖ du vice-chancelier Heinz-Christian Strache, qui avait recueilli 26 % dans les urnes l’an dernier.

>> À lire : Le virage à droite de l'Autriche

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