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En RD Congo, la campagne électorale prend un tour inquiétant

Des partisans du candidat de l'opposition Martin Fayulu, à Kinshasa, le 21 novembre 2018.
Des partisans du candidat de l'opposition Martin Fayulu, à Kinshasa, le 21 novembre 2018. John Wessels, AFP

Entre les violences pré-électorales et la destruction de machines à voter, les tensions ne cessent de croître en RD Congo à une semaine de la présidentielle qui doit sanctionner le départ du pouvoir de Joseph Kabila.

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À une semaine de l’élection présidentielle du 23 décembre, attendue depuis deux années, la République démocratique du Congo est sous haute tension. À la manière d’une crise post-électorale qui pourrait faire vaciller, une nouvelle fois, le pays déjà mal en point. Depuis le 12 décembre, des violences ont émaillé les meetings électoraux des candidats de l’opposition, faisant déjà plusieurs morts.

>> Voir la vidéo des Observateurs de France 24 : "La campagne présidentielle en RD Congo s'enlise dans la violence"

Des violences dénoncées par la communauté internationale. Vendredi 14 décembre, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a appelé les autorités à faire respecter le droit à la liberté d'expression. "Je suis très inquiète au sujet d'informations faisant état d'un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre des réunions de l'opposition", a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué.

"Quelques jours avant des élections cruciales en RD Congo, il est essentiel que les autorités s'assurent que les droits à la liberté d'expression et à des réunions pacifiques soient totalement protégés et qu'elles prennent toutes les mesures possibles pour prévenir des violences", a-t-elle poursuivi, insistant sur le droit de tous les candidats à organiser des meetings et à faire campagne.

Le 12 décembre, lors d’une tournée du candidat Martin Fayulu à Kalemie, dans la province du Tanganyika, un fief du pouvoir, au moins deux personnes ont été tuées dans des altercations, selon une source supervisant la campagne sur place. L'entourage du candidat parle de trois morts. Des balles réelles ont été tirées, selon ces deux sources. "J'ai vu des gens tirer et j'ai vu une dame tomber devant moi", a déclaré Martin Fayulu à l'AFP.

>> À lire sur le site des Observateurs de France 24 : "Campagne présidentielle en RDC : 'J'ai vu des policiers tirer sur des manifestants'"

Le candidat, qui a formé la coalition Lamuka avec Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, deux pontes de l’opposition dont les candidatures ont été invalidées par la Cour constitutionnelle, a attribué ces violences qui ont perturbé son cortège "à des jeunes drogués, armés", "habillés en tenue du PPRD (le parti au pouvoir)", ainsi qu'à la police.

"Ce régime a toujours eu peur"

Même constat du côté de l’opposant Félix Tshisekedi, qui forme un "ticket" avec Vital Kamerhe. Le 13 décembre, un jeune partisan du candidat, âgé de 17 ans, a été tué par un policier dans le centre du pays, avant le début d’un meeting. La veille, dans le Nord-Kivu, la tournée de Félix Tshisekedi avait également été perturbée par des "jets de projectiles".

Ces violences pré-électorales témoignent du climat de tensions règnant dans le pays à quelques jours de la présidentielle qui doit sanctionner le départ du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 17 ans. La Constitution ne l’autorise pas à se présenter de nouveau. Mais ce dernier a désigné un dauphin en la personne d'Emmanuel Ramazani Shadary, dont la campagne électorale se déroule sans incident.

"Ce régime a toujours eu peur. C’est pour cela qu’il use de la violence. Quand il se permet de tirer dans des églises, de tirer sur des manifestants pacifiques, c’est un pouvoir qui a peur. Et il a peur depuis longtemps. Il a peur depuis 2016, date à laquelle Kabila devait quitter le pouvoir", a affirmé Félix Tshisekedi dans une interview accordée à Jeune Afrique et publiée vendredi.

Des machines à voter brûlées

C’est dans ce contexte tendu qu'ont brûlé, dans un incendie survenu dans la nuit du 12 au 13 décembre dans un entrepôt de Kinshasa, environ 80 % des machines à voter qui devaient être utilisées dans 19 des 24 circonscriptions électorales de la capitale – soit 8 000 sur les 10 368 nécessaires. Très vite, le pouvoir, à travers le porte-parole du gouvernement et le candidat de la majorité, a accusé l’opposant Martin Fayulu – ouvertement contre l’usage de ces machines à voter – d’appeler au "chaos" et de préparer "une crise post-électorale".

"M. Fayulu a été mis sur orbite pour empêcher les élections de se tenir, pas pour gagner les élections. Il ne fait pas campagne, il prépare la contestation. Il prépare une crise post-électorale et nous l'attendons au tournant", a déclaré Lambert Mende, porte-parole du gouvernement en réponse à une question lors d'un point-presse. "Cette crise-là, nous l'avons anticipée et nous avons les moyens aussi bien humains que politiques pour y faire face", a-t-il prévenu.

"C’est une provocation, mais tôt ou tard ils devront rendre compte, même à l’Histoire", a rétorqué l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito, soutien de Martin Fayulu, dans Jeune Afrique.

Cependant, le sinistre n’aura aucune incidence sur le calendrier électoral. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pense utiliser son "stock tampon" de machines à voter disseminé dans différentes circonscriptions à l’intérieur du pays pour remplacer celles détruites.

"Une instruction a été donnée au secrétariat exécutif national qui est déjà en train d’identifier, d’empaqueter ce matériel par voie aérienne (…). L’enjeu maintenant, c’est de les faire revenir le plus tôt possible dans la capitale", a déclaré Corneille Nangaa, le président de la Ceni à Jeune Afrique.

Quelque 40,2 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dimanche prochain.

Avec AFP

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