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Fronde dans la police : les raisons de la colère

Des policiers mobilisés dans le cadre de la manifestation des Gilets jaunes, le 15 décembre 2018.
Des policiers mobilisés dans le cadre de la manifestation des Gilets jaunes, le 15 décembre 2018. Valery Hache, AFP

Heures supplémentaires non rémunérées, sous-effectif chronique, dégradation des conditions de travail… les revendications des policiers français vont bien au-delà de la prime de 300 euros proposée par le gouvernement mardi.

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La gestion d’un nouveau front social s’est ouvert, mercredi 19 décembre, pour le gouvernement d’Emmanuel Macron avec la fronde de la police nationale. Blocage des commissariats, appel à se rassembler devant les tribunaux de grande instance, reprise de la rhétorique des Gilets jaunes… Les policiers souhaitent se faire entendre, et l’annonce en urgence mardi soir d’une prime de 300 euros pour les forces de l'ordre "engagées ces dernières semaines pour assurer la sécurité de tous et garantir l’ordre républicain", n’aura pas suffi à calmer leur colère. Revue de détails des sujets qui fâchent.

  • Des policiers épuisés

En première ligne face au terrorisme, extrêmement sollicitées depuis 2015, les forces de l’ordre sont à bout. Cet été, une commission d’enquête parlementaire a remis un rapport saisissant sur le sujet, évoquant un "épuisement moral" généralisé. Dans ce contexte, la gestion de la crise des Gilets jaunes a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Les forces de l'ordre ont vécu un dernier mois éreintant, durant lequel ils ont dû gérer la mobilisation des Gilets jaunes, mais aussi une menace terroriste revenue brutalement sur le devant de l'actualité avec l'attentat de Strasbourg, qui a fait cinq morts. Appelés en renfort ces dernières semaines pour encadrer les manifestations, certains policiers ont travaillé 10 jours sans relâche dans des conditions difficiles. "Sur 10 jours, [j'ai travaillé] entre 10 heures et 14 heures, voire 16 heures par jour, sans un seul jour de repos, sans pouvoir manger, sans pouvoir boire", témoigne ainsi un policier de la brigade anticriminalité en région parisienne sur France 2.

Après cet épisode intense, le syndicat Alliance, à l’origine du mouvement de grève dans les commissariats, dit attendre "une vraie prise de conscience des conditions de travail". Dans l’ensemble, les représentants des policiers réclament plus d’effectifs, notamment de CRS, pour éviter de se retrouver de nouveau dans des situations de surmenage. La question de la sur-sollicitation des forces de l’ordre est régulièrement posée depuis sur les attentats de 2015.

Pour y remédier, le gouvernement avait annoncé à la mi-novembre une augmentation des effectifs des policiers et gendarmes avec 2 500 nouveaux postes. L’engagement d'en créer 10 000 d’ici à 2022 est "exécuté méthodiquement", avait assuré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, après le vote de la hausse du budget consacré à la sécurité par l’Assemblée nationale.

>> À lire sur France 24 : En Touraine, un château de repos pour policiers en burn out

  • Les 274 millions d’heures supplémentaires non payées

À l’épuisement des forces de l’ordre s’ajoute le sentiment d’injustice ressenti par nombre de policiers qui ne sont pas payés ou dédommagés pour les trois millions d’heures supplémentaires effectuées chaque année, d’après les chiffres de la place Beauvau. Pour calmer leur colère, le ministère de l’Intérieur a proposé mercredi la mise en place d’un "calendrier" afin de régler les 274 millions d'euros en heures supplémentaires que l'État doit aux policiers.

Mais le ministère avoue déjà à demi-mot que le chantier sera colossal. Il s’est d’ailleurs gardé de fixer un calendrier : "Je ne peux pas dire d'un claquement de doigts que je vais trouver 275 millions d'euros (...). Ça nous prendra un peu de temps, on ne trouve pas comme en quelques semaines un tel montant", a fait valoir Christophe Castaner, qui a expliqué que ce stock d'heures supplémentaires avait commencé à s'accumuler non pas "ces derniers mois" ou "cette dernière année, mais depuis des dizaines d'années".

  • Une prime exceptionnelle mais pas de revalorisation salariale

La prime annoncée par le gouvernement est jugée insuffisante par les syndicats de policiers, qui demandent une augmentation de pouvoir d'achat durable. En effet, de par sa nature, cette prime de 300 euros reste "exceptionnelle". Elle ne sera accordée qu’aux 111 000 policiers et gendarmes mobilisés sur les manifestations des Gilets jaunes, la mobilisation des lycéens et les attaques de Strasbourg. En parallèle, une "indemnité exceptionnelle" de 200 euros sera versée à quelque 5 000 employés de préfecture, au titre de la "conduite et de l'appui aux récentes opérations de sauvegarde et de maintien de l'ordre public" lors des manifestations. Ces gestes sont en décalage avec ce que les syndicats de police réclament, à savoir une réévaluation durable de leurs salaires, des dimanches et jours fériés et une revalorisation des heures de nuit, actuellement rémunérées 97 centimes d’euros.

>> À lire sur France 24 : Attaque de Strasbourg : les forces de l'ordre disposent-elles des effectifs nécessaires ?

  • Des conditions de travail à la dérive

"La police nationale a vraiment besoin d'un plan Marshall", a estimé mardi sur RMC Stanislas Gaudon, le secrétaire national du syndicat Alliance-Police nationale, indiquant que les équipements, les véhicules et l’immobilier de la police devaient être rajeunis. Divers témoignages font état de matériels défectueux et insuffisants. Pour encadrer les manifestations des Gilets jaunes, un policier interrogé sur France 2 explique ainsi qu’à défaut de pouvoir compter sur son matériel quotidien, il s’est s’équipé lui-même dans un magasin de sport pour acheter ses propres protège-tibias, protège-coudes et un casque pour éviter de se blesser.

Estimant qu’ils n’avaient plus les moyens de faire leur travail correctement, les policiers français ont déjà manifesté plusieurs fois en 2017 pour exprimer leur ras-le-bol. Ironisant sur leurs conditions de travail certains avaient même lancé un "jeu concours" pour attribuer la palme du commissariat le plus "délabré" de France. Des clichés avaient circulé dans la presse et sur les réseaux sociaux.

À la mi-novembre, Christophe Castaner avait promis que plus de 300 millions d'euros seraient débloqués pour la construction et la rénovation lourde des lieux de vie des policiers et gendarmes, 5 800 véhicules neufs commandés pour 2019, et 14 000 caméras piétons déployées. Des mesures critiquées alors par l’opposition, qui les avaient jugées insuffisantes. Elles n’ont visiblement pas rassurées non plus les forces de l’ordre.

Le gouvernement, qui a reçu mercredi les syndicats Alliance, Unité-SGP-FO et Unsa-Police pour discuter de leurs revendications, cherche à éviter que le conflit des Gilets jaunes ne se transforme en une crise des "gilets bleus", comme la surnomme déjà la presse française.

Avec AFP et Reuters

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