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Réunir la gauche, la mission quasi-impossible du mouvement Place publique

Raphaël Glücksmann, le 15 novembre 2018, lors du premier meeting de Place publique à Montreuil.
Raphaël Glücksmann, le 15 novembre 2018, lors du premier meeting de Place publique à Montreuil. Joël Saget, AFP

Le tout jeune mouvement Place publique a invité l’ensemble des partis de gauche à participer, jeudi, à une réunion sur la crise des Gilets jaunes. Mais même pour une simple discussion, réunir la gauche n'est pas tâche facile.

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Les cofondateurs de Place publique ont débarqué dans le paysage politique français mi-novembre avec beaucoup d’envies. Désormais confrontés à la réalité, Raphaël Glücksmann, Claire Nouvian et Thomas Porcher réalisent qu’unir la gauche en vue des élections européennes s’apparente à une mission quasi-impossible.

Place publique a invité le Parti socialiste (PS), Europe Écologie-Les Verts (EELV), Génération.s, le Parti communiste (PCF) et La France insoumise (LFI), jeudi 20 décembre, "pour débattre et proposer ensemble des solutions rapides et durables" concernant la crise des Gilets jaunes. Mais à la veille de ce rendez-vous, David Cormand (EELV) a fait savoir que son parti ne se rendrait pas à la réunion et Jean-Luc Mélenchon (LFI) n’a même pas daigné répondre à l’invitation.

"Pourquoi des gens qui sont pour la transformation écologique, pour plus de solidarité sociale, pour une démocratie plus participative, n’arrivent-ils pas à se parler ?", interroge Raphaël Glücksmann. "Il y a une crise sociale majeure aujourd’hui en France. Est-on d’accord entre différentes forces politiques sur un certain nombre de points qui répondraient à la colère et aux attentes ? Sur le fond, sur les idées, y a-t-il une discussion possible ?"

>> À lire : Place publique, cet OVNI qui veut occuper l'espace à gauche

À cinq mois du scrutin européen, la réponse est non, du moins pour les deux partis de gauche en tête dans les sondages. La France insoumise (9 %) et Europe Écologie-Les Verts (8 %) sont aujourd’hui les seules formations de gauche à dépasser les 5 % d’intention de vote, selon un sondage Ifop réalisé du 7 au 10 décembre. À l’inverse, le Parti socialiste (4,5 %), Génération.s (3,5 %) et le Parti communiste (2,5 %) sont à la peine.

Du côté de Place publique, qui revendique désormais plus de 20 000 adhérents, on préfère mettre en avant d’autres chiffres, issus d’un autre sondage Ifop que le mouvement a commandé. Selon cette étude réalisée les 3 et 4 décembre, une liste d’union PS-EELV-PCF-Génération.s-Place publique recueillerait 14 % des suffrages aux élections européennes, derrière le Rassemblement national (23,5 %) et la liste La République en marche-MoDem (15 %), mais devant Les Républicains (13 %) et La France insoumise (11,5 %).

"Les militants demandent le rassemblement"

Mais surtout, cette même étude montre que 69 % des sympathisants de gauche désirent l’union de la gauche en vue des élections européennes, y compris ceux d’EELV (62 %).

"On voit bien que les militants demandent le rassemblement, souligne Thomas Porcher. Et avec la crise actuelle, il y a une fenêtre historique pour que toutes les forces à la gauche de Macron convergent sur des idées communes."

Sur l’urgence écologique et sociale, Place publique propose notamment de taxer le kérosène sur les vols intérieurs, de taxer les grandes entreprises polluantes, de lancer des états généraux de la fiscalité ainsi qu’une conférence salariale pour obtenir une revalorisation des bas salaires et de geler la fermeture des services publics de proximité.

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Les participants à la réunion de jeudi matin ont débattu de ces propositions. D’autres réunions, sur d’autres thématiques, suivront à partir de janvier 2019. Le but affiché est de devenir "une maison commune de travail" pour bâtir un programme commun. "Puisque nous sommes d’accord à 80 % sur tous les sujets, mettons de côté nos 20 % de divergences, dit Claire Nouvian. On demande juste un peu de réalisme politique."

Sauf que la mise en œuvre est toujours plus complexe que la théorie. Chaque leader politique joue sa propre partition et cherche à se différencier de son voisin d’une façon ou d’une autre. Il est ainsi difficile pour Benoît Hamon, qui a construit sa stratégie sur une rupture avec le PS, de s’afficher au côté du premier secrétaire socialiste Olivier Faure. Ce dernier était présent jeudi matin à la réunion de Place publique, accompagné de Boris Vallaud, quand Génération.s était représenté par Pascal Cherki et Benjamin Lucas. Même défiance chez EELV dont le secrétaire national David Cormand juge dans Libération que ce rendez-vous était un "bal des hypocrites" car il n'y avait selon lui "que des gens qui se détestent" autour de la table.

"La vérité, c’est qu’aujourd’hui, la scène politique à gauche n’est pas éclatée à cause de divergences insurmontables, regrette Raphaël Glücksmann. Quelles sont les différences fondamentales entre Benoît Hamon et Yannick Jadot par exemple ? De notre côté, on préfère faire semblant de ne pas avoir compris que le problème est lié aux noms propres. On se prendra peut-être 50 fois la même porte d’ici aux européennes, mais on continuera à frapper avec notre tête parce qu’il n’y a pas d’autre solution possible."

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