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Retrait américain de Syrie : Trump assume malgré les critiques

Un convoi blindé américain patrouille près de Manbij, en Syrie, le 5 mars 2017.
Un convoi blindé américain patrouille près de Manbij, en Syrie, le 5 mars 2017. Selil Souleiman, AFP

Le départ des 2 000 soldats américains stationnés en Syrie, annoncé mercredi par Donald Trump, a fait réagir son parti, les chancelleries occidentales et ses alliés kurdes, pour qui l'organisation État islamique reste une menace.

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Contre l’avis d’une grande partie de son administration et de ses conseillers, Donald Trump a annoncé mercredi 19 décembre le retrait des troupes américaines stationnées en Syrie. "Nous avons vaincu l'EI en Syrie, ma seule raison d'être là-bas durant la présidence Trump", a écrit le président américain sur Twitter, alors que les États-Unis disposent actuellement d’environ 2 000 soldats dans le pays, déployés en soutien aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes.

Pour Donald Trump, l’organisation État islamique (EI), qui ne détient plus que 1 % du territoire qu’elle contrôlait au faîte de sa puissance, en 2014, est détruite. Le 6 novembre, l’armée syrienne annonçait avoir pris Boukamal, le dernier bastion urbain de l’EI dans la partie du pays contrôlée par le régime. Et le 13 décembre, les FDS chassaient les jihadistes de Hajine, près de la frontière irakienne, ne leur laissant comme "bastion" en Syrie que deux villages dans l’est syrien.

>> À lire : l'organisation État islamique perd à nouveau du terrain en Syrie

"Il reste beaucoup à faire"

Mais si l’EI est considérablement affaibli, il n’est pas vaincu, préviennent de nombreux observateurs, y compris des proches de Donald Trump qui critiquent le retrait des troupes. "Nous pensons que cette action est prématurée, que c’est une erreur coûteuse qui affectera non seulement la sécurité des États-Unis, mais renforcera l’EI, Bashar al-Assad, l’Iran et la Syrie" dénoncent six sénateurs républicains, dans un communiqué adressé à Donald Trump.

L'annonce de Donald Trump est surprenante, notamment au regard des évènements récents. La semaine dernière, Brett McGurk, envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale combattant l’EI, avait signalé que la réussite des opérations ne passerait que par une "défaite durable" de l’EI : "Nous savons qu’une fois les territoires repris, nous ne pouvons pas simplement prendre nos affaires et partir. […] Nous devons rester sur place et nous assurer que la stabilité peut être maintenue dans ces zones." Entre le 9 et le 15 décembre, la coalition a encore mené une centaine de frappes aériennes contre le groupe, preuve que les engagements militaires ne sont pas terminés.

Les experts militaires craignent qu’un départ hâtif ne compromette les gains territoriaux et entraîne les mêmes résultats qu’après le retrait américain d’Irak, en 2011. "L’État islamique, qui a changé plusieurs fois de nom, s’est implanté en Irak il y a quinze ans. D’abord très destructeur, son pouvoir s’est réduit [au fil des combats avec l’armée américaine et ses alliés] au point que, quand les Américains se sont retirés, il ne leur restait que 700 combattants", affirme Rukmini Callimachi, spécialiste des réseaux jihadistes au New York Times.

La suite est trop bien connue avec, dès 2014, une organisation réanimée qui contrôlait un territoire grand comme le Royaume-Uni. Or, selon l’ONU, l’EI comptait encore, en août 2018, de 20 000 à 30 000 combattants en Irak et en Syrie et disposait de "centaines de millions de dollars" de réserve.

Les alliés étrangers de Washingotn ont aussi manifesté leur surprise face à l'annonce de Donald Trump. "La coalition internationale contre Daech [acronyme arabe de l'EI] a fait d'important progrès, mais il reste beaucoup à faire et nous ne devons pas perdre de vue la menace qu'il pose. Même sans territoire, Daech demeure une menace", a déclaré jeudi le porte-parole de la Première ministre britannique, Theresa May. La ministre française des Armées, Florence Parly, et le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, partagent cet avis dans des communiqués similaires.

James André : "La présence américaine était le pare-feu des Kurdes vis-à-vis des Turcs"

Les Kurdes laissés derrière

Le retrait américain est aussi une très mauvaise nouvelle pour les combattants kurdes et arabes des FDS, qui ont perdu plus de 1 500 combattants dans les quatre ans de guerre contre l’EI dans l’est de la Syrie. Ces derniers, victorieux de l’EI, seront en première ligne en cas de résurgence de l’organisation. Le départ des troupes américaines "aura un impact négatif sur la campagne antiterroriste" menée contre l'EI, ont déclaré les FDS dans un communiqué. "Cela offrira au terrorisme [...] une opportunité de se reprendre et de lancer une [nouvelle] campagne dans la région."

Mais surtout, sans l’appui de Washington, les combattants kurdes seront affaiblis contre l’armée turque, positionnée au nord de la Syrie, et qui compte mener une offensive contre ce groupe à majorité kurde. Pour Ankara, qui les considère comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en lutte armée contre la Turquie, ce sont des terroristes, dont Reccep Tayip Erdogan a annoncé lundi vouloir "se débarrasser".

>> À lire : Erdogan prétend avoir le feu vert de Trump pour intervenir contre les Kurdes des YPG

Selon le New York Times, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a récemment prévenu qu’abandonner les Kurdes entraverait les futurs efforts américains pour gagner la confiance de combattants locaux dans le cadre d’opérations de lutte contre le terrorisme, comme en Afghanistan, au Yémen ou en Somalie.

Perte de terrain en faveur de Moscou et Téhéran

Le retrait américain a aussi fait réagir du côté des alliés de Damas. Le président russe Vladimir Poutine s’est félicité, jeudi, de la décision de son homologue américain. "Donald a raison. Je suis d'accord avec lui", a-t-il dit. "Nous avons porté des coups sérieux à l'EI en Syrie."

Une position que dénoncent, dans leur communiqué, les six sénateurs républicains. Ils préviennent que le retrait américain de Syrie laisse la porte ouverte à l’Iran et à la Russie, présents militairement dans le pays depuis le début de la guerre civile aux côtés des troupes de Bachar al-Assad. "L’Iran et la Russie se sont servis du conflit syrien pour renforcer leur influence dans la région. Tout signe de faiblesse [de notre part] entraînera un accroissement de leur présence et réduira la confiance que nos partenaires et alliés nous portent."

"Il le fait parce qu’il l’a promis à sa base électorale. Et il semble que ce soit plus important que les enjeux géostratégiques, notamment de laisser la Syrie à des pays comme la Russie et l’Iran", commente James André, journaliste spécialiste de la Syrie à France 24.

Face aux critiques, Donald Trump s’est fendu d’une série de tweets jeudi. "Le retrait de la Syrie n’est pas une surprise. J’ai fait campagne en ce sens pendant des années. [...] La Russie, l’Iran, la Syrie et les autres sont les ennemis locaux de l’EI. Nous faisions leur travail. […] Est-ce que les États-Unis veulent être le gendarme du Moyen-Orient ? Voulons-nous être là-bas pour toujours ? Il est temps que d'autres se battent enfin."

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