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S.O.S Amitié : Derrière "Le Père Noël est une ordure", la réalité des écoutes

S.O.S Amitié

Si "Le Père Noël est une Ordure" est un monument de la culture populaire en France, le métier qu'il prétend dépeindre, lui, est beaucoup moins connu. Reportage dans une permanence de S.O.S Amitié, où des bénévoles se relaient au standard 24h/24.

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"Il n'y a pas de pancarte sur la porte, les voisins ne savent pas vraiment qui travaille dans ce local". Mardi 18 décembre, 21h30, Alain Mathiot le président de S.O.S Amitié France nous ouvre la porte de l'une des 50 permanences de S.O.S Amitié, située en banlieue parisienne. Reconnue d'utilité publique en 1967, l'association a reçu plus de 672 000 appels en 2017. Un nombre en légère augmentation par rapport à 2016 (663 000 appels). 

De S.O.S Amitié, les gens connaissent souvent la pièce de théâtre devenue film "Le Père Noël est une Ordure", interprétée par la troupe du Splendid. Quarante ans plus tard, le long-métrage est devenu culte mais la profession parodiée beaucoup moins. Et derrière les Pierre et Thérèse du film se cachent de vrais bénévoles, bien éloignés de la bande à Jugnot.

21h45, une quinzaine de personnes sont réunies dans une pièce dont les murs sont décorés par quelques affiches d'expositions artistiques. "On vient de terminer notre réunion de partage", m'explique Alain Mathiot. "On en fait une toutes les trois semaines, pour que les écoutants puissent vider leur sac en compagnie d'un psychothérapeute". De l'importance d'être soi-même écouté, après avoir entendu le mal-être des autres pendant des heures. 

Les écoutants

Autour de la table, il y a Martine*, une ancienne professeure d'EPS à la retraite, qui n'a "jamais eu assez de temps pour être à l'écoute des difficultés de ses élèves" et a souhaité mettre son temps à profit au sein de S.O.S Amitié, il y a cinq ans de cela. Christiane*, elle aussi retraitée, a été attirée par le "sérieux de l'association, rassurant pour une débutante". Et d'autres, jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, se relaient 4 heures par semaine au standard de l'association. Ce sont en majorité des femmes (75 %) qui occupent ces postes de bénévoles.

"Une chose est sûre, c'est que les personnes du film n'auraient jamais pu être écoutants dans la vraie vie", nous répond le psychothérapeute présent à la réunion, quand on évoque "Le Père Noël est une ordure". En effet, pour devenir écoutant, il faut d'abord passer une étape de sélection, puis suivre une courte formation centrée sur les critères essentiels de S.O.S Amitié : le respect de l'anonymat et de la non-directivité, c'est-à-dire laisser à l'appelant la liberté de s'exprimer comme il le souhaite, sans intervenir ni chercher à le guider.

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Après la théorie, il y a ensuite la pratique qui se fait d'abord en "double-écoute", c'est à dire en étant accompagné d'un écoutant déjà formé pendant 4 à 6 mois environ. Mais il y a aussi l'expérience personnelle, "qui doit servir, mais ne pas submerger", explique Paul. "Le plus important, c’est la résilience." Et l'acceptation de l'anonymat, qui signifie par conséquent que les écoutants ne sauront jamais ce qu'il adviendra à l'appelant une fois le téléphone raccroché. Par exemple, si un individu évoque un désir suicidaire puis interrompt la conversation, le bénévole doit impérativement se résigner à vivre sa vie sans jamais savoir si celle de l'appelant continue ou non. 

Une sonnerie qui ne s'interrompt jamais

Aux alentours de 22h30, Paul* se rend dans la salle d’écoute, accompagné d'Alain Mathiot. Un bureau, un ordinateur dans lequel il faudra rentrer certaines données comme la durée de l’appel ou son type, deux chaises, et bien sûr un téléphone. Rien d’autre. "Vous allez voir, ça va sonner dans deux secondes", dit Paul* en activant sa ligne. Un instant plus tard, le téléphone retentit une première fois, mais la personne au bout du fil raccroche presque immédiatement. "Ça c’est un appel de contrôle. C’est quand la voix ne convient pas à l’appelant, il raccroche pour parler à quelqu’un d’autre", commente Paul.

Car il y a en effet plusieurs types d’appels : nouveau, rappel, régulier, compulsif, contrôle, muet, blague et erreur. "Les deux derniers sont assez rares", explique Alain. Quand on demande ce que signifient les autres catégories, il détaille : "les réguliers sont ceux qui vont appeler pour recharger les batteries avant de partir au travail, par exemple. Ou bien ceux qui ont vécu quelque chose de violent récemment, comme le décès d’un proche. Ils vont alors appeler pendant plusieurs mois, pour s’en remettre". Les appels compulsifs, quant à eux, sont effectués par "des gens qui passent leur journée à appeler, sans arrêt. La seule chose qui les motive, c’est que l’on décroche". Et les "muets" sont ceux qui ont seulement besoin d'une présence, de savoir qu'il y a quelqu'un de l'autre côté du fil. 

"Je suis là pour vous écouter, vous téléphonez pour dire ce que vous avez envie de dire"

Deuxième appel, même chose : l’appelant raccroche. Puis troisième appel, une personne commence à discuter avec Paul. "Je suis là pour vous écouter, vous téléphonez pour dire ce que vous avez envie de dire", dit-il d’une voix très calme. La personne parle, laisse des silences, Paul relance, pose quelques questions, respecte les pauses. 18 minutes plus tard, fin de l’appel. "Je pense que la personne s’est endormie au téléphone", dit Paul. "Mais je dis peut-être ça pour me rassurer, il faut accepter de ne pas savoir ce qu’il va se passer ensuite". Au téléphone, l’appelant a raconté une histoire d’inceste datant de l'enfance, jamais avouée à personne.

"C’est très rare qu’une personne se confie comme ça, dès le premier appel", dit Paul à Alain, l’air un peu sonné. "On a de plus en plus de personnes qui se confient sur des abus sexuels. C’est sans doute un fait générationnel, la parole se libère doucement", continue-t-il. "Les gens ont besoin d’être écouté, et gratuitement. C’est ce qui nous manque dans notre société actuelle". Et l’écoute, c’est la promesse de SOS Amitié. "Nous ne sommes pas le SAMU, ni les services sociaux. Les gens nous appellent pour qu'on les apaise, c'est tout ce que l'on peut promettre".

Pas de "petit appel"

Si tous les appels ne sont pas aussi intenses que ce dernier, "il n'y a pas de petit appel" explique Paul*. "Tout à l'heure, une personne m'a parlé pendant vingt minutes des gilets jaunes, avant de finir par me confier des pensées suicidaires". Mais il y a aussi des discussions anodines, des bribes de conversations peu alarmantes, et c'est là toute la clé de S.O.S Amitié. "On nous demande nos statistiques de 'sauvetage', mais on n'en sait rien", continue Alain. "La prévention du suicide s'effectue souvent après une tentative. Nous, on est là pour désamorcer les prémices de ces idées, avant même un éventuel passage à l'acte."

Désamorcer, à l'instant T où la personne appelle. Car avec la mutualisation des appels partout en France, l'appelant peut tomber sur n'importe quel bénévole, à n'importe quel moment du jour et de la nuit. Il n'a pas de patient, de clientèle, de suivi. Impossible de demander à parler à un écoutant en particulier, "nous sommes une plateforme d'écoute, pas des médecins traitants", ajoute Alain.

Pas de fidélisation donc, mais une présence continue toute l'année. "Les gens nous disent parfois : 'mon psychiatre est parti en vacances, il m'a dit d'appeler S.O.S Amitié en cas de besoin'.", raconte Paul, avant de se remettre en ligne. Il assurera l'une des 8 permanences effectives en région parisienne jusqu'à minuit, avant de passer le combiné au prochain écoutant. 

 

* Tous les prénoms ont été modifiés

S.O.S. Amitié offre, à tous ceux qui choisissent d’appeler, la possibilité de mettre des mots sur leur souffrance et, ainsi, de prendre le recul nécessaire pour retrouver le goût de vivre. Le site donne les numéros d’appel de chaque région et offre aussi un service d’écoute web (anonymat, confidentialité et non directivité). Numéro d’appel commun : 09 72 39 40 50 Site internet : https://www.sos-amitie.com/

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