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Le Tchad, un allié privilégié dans la lutte contre le terrorisme au Sahel

Les soldats maliens combattent les groupes jihadistes du Sahel tant au sein de la Minusma, de la Force multinationale mixte (FMM) que de la force du G5 Sahel.
Les soldats maliens combattent les groupes jihadistes du Sahel tant au sein de la Minusma, de la Force multinationale mixte (FMM) que de la force du G5 Sahel. AFP

En visite au Tchad ce week-end, Emmanuel Macron va rencontrer le président Idriss Déby, un partenaire indispensable de Paris dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

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Pour Emmanuel Macron, c’est une évidence : il ne peut y avoir de lutte contre le terrorisme dans le Sahel sans la participation active du Tchad. En visite pour la première fois dans le pays samedi 22 et dimanche 23 décembre, le président français doit évoquer la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans la région avec son homologue, Idriss Déby Itno, et les avancées de la force opérationnelle du G5 Sahel.

>> À lire sur France 24 : "Emmanuel Macron au Tchad : la crise en Centrafrique au coeur de la discussion avec Idriss Déby"

Lancée en février 2017 par les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Tchad, Mali et Burkina Faso), cette force conjointe – aujourd’hui composée de 4 000 hommes – doit, à terme, succéder aux 4 500 soldats français de l’opération Barkhane.

C’est dans le cadre de cette force que "les Tchadiens ont mis en place un poste de commandement dans l’extrême nord du Tchad, à Wour", détaille Elie Tenenbaum, chercheur au Centre des Études de Sécurité de l’IFRI. "Il s’agira d’un élément de la force conjointe tchado-nigérienne en charge du fuseau Est." Les hommes de la force opérationnelle G5 Sahel ont été répartis sur la zone Sahel selon trois zones géographiques appelées fuseaux Ouest, Centre et Est.

Un général de division tchadien, le général Oumar Bikimo, a d’ailleurs été nommé adjoint à l'État-major mauritanien de la force opérationnelle du G5 Sahel, le général Hanena Ould Sidi, en juillet.

Un partenaire stratégique

Par ailleurs, le Tchad est également engagé contre les jihadistes de Boko Haram et de l’organisation État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP, selon son acronyme anglais) dans la région du lac Tchad avec la Force multinationale mixte (FMM), aux côtés du Nigeria, du Niger et du Cameroun. Il participe aussi à la Minusma, la mission des Nations des Nations unies au Mali.

Allié de Paris depuis près de trente ans, le Tchad d’Idriss Déby s’est imposé comme un partenaire éminemment stratégique dans la région. "Les Français estiment que le Tchad est un pouvoir stable en comparaison avec ce qu’il y a autour", explique Wassim Nasr, journaliste à France 24, spécialiste du jihadisme, et auteur de "État islamique, le fait accompli" (éditions Plon).

Le positionnement géographique du Tchad est une autre raison pour Paris de soigner sa relation avec N’Djaména. Le pays est un véritable carrefour dans le Sahel et constitue une position clé pour les mouvements jihadistes et migratoires.

>> À lire aussi sur France 24 : Pourquoi les attaques jihadistes sont en hausse dans la région du lac Tchad

Dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, Paris compte aussi sur l’efficacité de l’armée tchadienne. Modernisée grâce à l’argent de la rente pétrolière du pays et habituée à combattre aux côtés des soldats français, les forces armées tchadiennes sont devenues indispensables au Sahel. "Les armées tchadienne et française travaillent ensemble depuis longtemps, elles savent agir ensemble. Les Tchadiens se démarquent aussi lors des combats dans le désert", précise Wassim Nasr.

"En 2013, lors du déclenchement de l'opération Serval, les militaires tchadiens ont fait l'admiration de leurs homologues français en partant résolument à l'assaut des bastions djihadistes du nord du Mali. Des faits d'arme du même genre sont racontés au sujet de l'offensive tchadienne contre Boko Haram en territoire nigérian. L'armée tchadienne a assurément une tradition d'efficacité qui la distingue des autres armées sahéliennes", explique Yvan Guichaoua, enseignant-chercheur à la Brussels School of International Studies.

Mais, pour Marielle Debos, maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-Nanterre et auteure de "Le Métier des armes au Tchad" (éd. Karthala), "il existe un décalage entre l’image que l’armée tchadienne a dans le discours des Français, et la manière dont elle est perçue au niveau national".

Pour la chercheuse, la violence dont font parfois preuve les forces tchadiennes en luttant contre le terrorisme "fait partie du problème". "La situation est similaire au Nigeria où les exactions commises par l’armée ont poussé certaines personnes à rejoindre Boko Haram", ajoute-t-elle.

Paris ferme les yeux

La chercheuse rappelle par ailleurs que le Tchad n’a pas toujours eu la position dont il jouit aujourd’hui. "Jusqu’aux années 2000, le Tchad était considéré comme un pays en crise". En 2009, un rapprochement entre le Soudan et le Tchad a mis fin à un conflit de quatre ans avec la rébellion tchadienne au Darfour et a permis au pays de s’imposer comme puissance régionale.

Une position surprenante au vue de la situation économique du pays. "Aujourd’hui, le Tchad est à la fois un pays qui souffre d’une crise économique, d’un problème de mauvaise gestion de l’argent du pétrole et d’une grande pauvreté ; mais qui est, en même temps, considéré comme une nouvelle puissance régionale", souligne Marielle Debos.

Autant de problèmes sur lesquelles Paris choisit de fermer les yeux en échange de l’engagement de N’Djamena dans la lutte contre le terrorisme. La France ne s’est par exemple pas prononcée sur la réélection contestée d’Idriss Déby en avril 2016, ni sur la disparition d’une vingtaine de militaires, gendarmes et policiers à la suite du scrutin.

Pour remercier son allié, la France met également la main au porte-monnaie. Début décembre un prêt de 40 millions d'euros a été accordé à l’État tchadien pour pouvoir lui permettre de payer les salaires en retard de ses fonctionnaires, rapporte France Inter.

Paris apporte aussi une aide structurelle à l'armée tchadienne de 4 millions d'euros par an, notamment en carburant, y compris pour ses opérations dans la zone du Tibesti, à l’extrême nord, où des combats opposent l'armée tchadienne à un comité autoproclamé d'autodéfense d'habitants du massif du Tibesti.

"À défaut de bénéficier d'un soutien populaire large, le régime tchadien peut compter sur ses alliés étrangers puissants, dont il épouse l'agenda anti-terroriste", ajoute en conclusion le chercheur Yvan Guichaoua.

 

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