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L'opposition réclame des comptes sur les passeports diplomatiques de Benalla

Alexandre Benalla, ancien collaborateur de l'Élysée, a été auditionné par une commission d'enquête du Sénat à Paris, en septembre 2018.
Alexandre Benalla, ancien collaborateur de l'Élysée, a été auditionné par une commission d'enquête du Sénat à Paris, en septembre 2018. Bertrand Guay, AFP

Les oppositions de gauche et de droite ont relancé, vendredi, leurs attaques sur l’Élysée après les révélations sur l’utilisation de passeports diplomatiques par Alexandre Benalla. Le Quai d’Orsay envisage également des poursuites judiciaires.

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Les liens entre l’Élysée et son ex-chargé de mission en disgrâce, Alexandre Benalla, sont de nouveau dans le viseur des opposants de gauche et de droite suite aux révélations de Mediapart au sujet de l’utilisation de passeports diplomatiques pour ses voyages d’affaire, notamment en Afrique.

Le parti Les Républicains (LR) a ainsi réclamé, vendredi 28 décembre, des suites judiciaires à cette controverse, tandis que le Parti socialiste (PS) évoque un "danger pour la République".

L'analyse de Jean Petaux, politologue, Sciences Po Bordeaux

Le ministère des Affaires étrangères a annoncé jeudi envisager des poursuites judiciaires contre Alexandre Benalla qui a ignoré une demande de restitution de ses deux passeports diplomatiques, émis respectivement les 20 septembre 2017 et 24 mai 2018.

L’ex-homme de confiance d’Emmanuel Macron avait été mis à pied 15 jours du 4 au 22 mai dernier pour avoir molesté des manifestants en marge des rassemblements du 1er Mai à Paris. Mis en examen en juillet notamment pour "violences volontaires", à la suite de la diffusion d’enregistrements vidéo des faits par Le Monde, il avait fait l’objet d’une procédure de licenciement de l’Élysée le 20 juillet.

Un voyage d'affaires au Tchad avant la venue d'Emmanuel Macron

Depuis, La Lettre du continent – qui traite de l’actualité en Afrique de l’Ouest – et Le Monde ont révélé qu’Alexandre Benalla s’était reconverti "dans les affaires africaines" et qu’il avait notamment été reçu par le président tchadien Idriss Deby début décembre, quelques semaines avant la visite officielle d’Emmanuel Macron à N’Djamena, les 22 et 23 décembre.

>> À lire aussi : Que faisait Alexandre Benalla au Tchad ?

La présidence de la République souligne qu’Alexandre Benalla, 27 ans, n’est en rien "un émissaire officiel ou officieux" du chef de l’État et a adressé le 22 décembre, de la main du directeur de cabinet Patrick Strzoda, une lettre sommant l’intéressé – qui dénonce des propos "diffamatoires" – de clarifier ses activités, particulièrement lorsqu’il était encore en fonctions à l’Élysée.

La parade n’a pas suffi, et les oppositions exigent désormais des explications, suggérant le maintien de liens opaques entre la présidence et l’encombrant Alexandra Benalla.

"Amateurisme"

"On est très interrogatifs sur le scénario qui est présenté publiquement aujourd’hui, c’est-à-dire ce conflit qui subitement opposerait M. Benalla à M. Macron", a déclaré Gilles Platret, porte-parole du parti LR, sur RTL. "On voudrait notamment comprendre pourquoi le passeport diplomatique de M. Benalla lui a été délivré quinze jours après sa supposée suspension", a-t-il ajouté.

Lors de son audition sous serment devant la commission d’enquête du Sénat en septembre, Alexandre Benalla avait évoqué une procédure de renouvellement "automatique" et assuré avoir laissé les deux passeports dans son ancien bureau à l’Élysée. Le Quai d’Orsay a précisé jeudi dans un communiqué lui avoir demandé le retour des documents le 26 juillet, par lettre recommandée, ce qui les rendait de facto caducs.

>> À lire aussi : L'Élysée somme Alexandre Benalla de s'expliquer sur d'éventuelles "missions" privées

"Il est de notoriété publique qu’il continue à se balader dans l’Afrique entière et de rencontrer un certain nombre d’émissaires particuliers, comme Alexandre Djouhri [sous contrôle judiciaire à Londres, NDLR]", a dit Olivier Faure, premier secrétaire du PS, sur Europe 1.

"Malgré cela, visiblement l’Élysée ne vérifie pas qu’il a bien rendu ses passeports diplomatiques qui lui donnent une forme de sésame partout où il se déplace, ce qui est profondément inquiétant soit sur l’amateurisme de cette présidence, soit sur le double langage que continue à avoir la présidence de la République", a-t-il poursuivi.

"Une faute des services de l'Élysée"

Pour Gilles Platret, "M. Benalla n’est pas un agent autonome. Qui peut croire cette fable ?" Le porte-parole du parti LR juge nécessaire que la justice, saisie des violences du 1er Mai, "étende ses investigations" aux passeports.

Alexandre Benalla "peut devenir un danger pour la République", assure Olivier Faure. "C’est un ‘touriste’ qui visite exclusivement les régimes autoritaires. Je me demande dans quelle mesure la parole de la France peut être entamée par celui qui continue à être vécu comme l’un des protégés du président de la République", a-t-il avancé.

>> À lire aussi : Benalla : le chat noir de l'Élysée

Pour Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, "Alexandre Benalla n’est pas complètement sorti de l’orbite élyséenne". Cette affaire n’aura pas de fin "tant que l’Élysée ne nous aura pas dit la vérité", a-t-il dit sur BFM TV.

Des élus de la majorité ont eux aussi demandé vendredi des éclaircissements. "Il faut récupérer ces passeports", a dit la députée Cendra Motin (La République en Marche) sur franceinfo, déplorant "une faute des services de l’Élysée, [...] un dysfonctionnement grave".

"Il a reçu un courrier qui exigeait qu’il remette ses passeports, courrier qu’il a d’ailleurs retiré puisqu’on sait que l’accusé de réception a bien été retiré à La Poste. [...] C’est lui qui est en faute en les ayant gardés", a jugé pour sa part le sénateur LREM Julien Bargeton sur BFM TV. Et d'ajouter : "Si la commission d’enquête [du Sénat] souhaite rouvrir le cas, elle est libre [...] parce que visiblement, Alexandre Benalla aurait peut-être menti", a-t-il ajouté.

Avec Reuters

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