CUBA

Les Cubains racontent soixante ans de castrisme

De haut en bas et de gauche à droite : Alejandro Ferras Pellicer, Lourdes Garcés, Vladimiro Roca, Ana Fidelia Quiros.
De haut en bas et de gauche à droite : Alejandro Ferras Pellicer, Lourdes Garcés, Vladimiro Roca, Ana Fidelia Quiros. AFP

Le 1er janvier 2019 marquera les soixante ans d'une révolution qui a porté au pouvoir Fidel Castro. Un ex-guérillero, un athlète, un dissident et un médecin racontent leur facette de l'île socialiste.

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Alejandro Ferras Pellicer, ancien combattant

(Crédit : Adalberto Roque, AFP)
(Crédit : Adalberto Roque, AFP)

Il vient de fêter ses 97 ans. En 1953, Alejandro était le plus âgé parmi la centaine de rebelles qui, en 1953, tente de s'emparer de la caserne de la Moncada à Santiago (sud-est), aux côtés de Fidel Castro. Si l'opération se solde par un échec, elle marque le prologue de la révolution.

Le 1er janvier 1959, Alejandro est en exil aux États-Unis quand le dictateur Fulgencio Batista s'enfuit de Cuba. Il prend "le premier avion" pour La Havane. "Je suis arrivé avant Fidel", encore à Santiago.

"Je devais venir pour rejoindre la révolution ici", raconte-t-il dans le petit mausolée dédié à la Moncada qu'il a bâti dans la capitale. Depuis, "je n'ai jamais quitté le pays". Pour lui, faire la révolution était "une nécessité" pour "lutter pour l'avenir".

Et la révolution doit continuer, malgré la mort du Commandante en décembre 2016. "Pour nous, Fidel n'est pas mort, nous le maintenons en vie" en continuant "à faire la révolution". Alejandro en est persuadé : elle "peut durer cinquante ans de plus" car "tant que la révolution a le peuple (avec elle), elle est garantie".

Ana Fidelia Quiros, sportive

(Crédit : Adalberto Roque)
(Crédit : Adalberto Roque)

L'athlète double médaillée olympique et deux fois championne du monde du 800 mètres doit son palmarès à son talent mais aussi au modèle socialiste de l'île. "C'est grâce à la révolution que j'ai pu me former comme sportive, être une meilleure personne et surtout j'ai pu me sortir de cet accident qui aurait dû être fatal", reconnaît-elle.

En 1993, Ana a survécu à un terrible accident domestique, l'explosion d'une gazinière, qui lui a fait perdre l'enfant qu'elle attendait. Brûlée sur près de 40 % du corps, elle surprend deux ans plus tard en décrochant le titre mondial à Göteborg, exploit qu'elle renouvellera à Athènes en 1997.

Un tel retour au sommet "n'aurait pas été possible si je n'avais pas vécu dans un pays comme celui-là, où la médecine est gratuite". Celle qu'on surnommait "la tempête des Caraïbes" rappelle que "l'arrivée de la révolution a permis de généraliser le sport, pour tous", faisant de ce petit pays une grande nation olympique.

Àgée de 55 ans, Ana Fidelia reconnaît cependant que "beaucoup de choses manquent". Elle espère que les réformes engagées vont permettre à l'économie de s'améliorer afin que "Cuba retrouve sa place" sur la scène sportive mondiale.

Vladimiro Roca, dissident

(Crédit : Adalberto Roque)
(Crédit : Adalberto Roque)

Ce fils d'un dirigeant communiste est depuis longtemps l'un des plus féroces opposants au gouvernement de Fidel Castro puis de son frère Raul et, depuis avril, de Miguel Diaz-Canel.

"La révolution est morte depuis longtemps. Maintenant, ce qu'il y a, c'est un régime dictatorial", assure cet ex-pilote de combat de 76 ans, diplômé en relations économiques internationales. Vladimiro avait d'abord suivi les pas de son père, Blas Roca (1908-1987), mais la révolution l'a déçu.

"J'ai lutté pour une révolution démocratique et non pour une dictature familiale, ce qui s'est établi à Cuba", confie Vladimiro, expulsé de son travail en 1992 pour militantisme puis condamné à cinq ans de prison en 1997. "Les gens ont peur" de la répression, souligne le dissident, mais la révolution "va s'éteindre sous son propre poids". "D'abord, la jeunesse en a marre, elle ne croit en rien de tout ça, et ensuite (la révolution) n'a plus aucun soutien à l'étranger".

Il pense même "possible que quand mourra Raul Castro (87 ans, ndlr), tout se termine, car ceux qui viennent après ne sont pas disposés à tout risquer pour quelque chose qui n'a pas d'avenir".

Lourdes Garcés, médecin

(Crédit : Yamil Lage)
(Crédit : Yamil Lage)

Cette médecin de 54 ans était en mission au Brésil, dans la commune de Santa Cruz das Palmeiras, quand Cuba s'est brusquement retiré de ce programme humanitaire, après les critiques du président élu Jair Bolsonaro. Lourdes, qui défend mordicus une révolution "en développement, qui peut encore beaucoup donner", en garde un souvenir douloureux.

"Si je devais choisir un qualificatif pour la révolution cubaine, je dirais la solidarité (...). Depuis ses débuts (...), elle a été solidaire dans tous les secteurs de la société, que ce soit la culture, l'éducation, le sport, la santé", raconte la Cubaine qui a été envoyée auparavant au Venezuela (2003-2008) et au Guatemala (2012-2014).

Ces missions lui ont fait rater "beaucoup d'événements importants" dans la vie de ses deux fils, mais Lourdes apprécie y avoir gagné en expérience professionnelle en "aidant les personnes les plus pauvres" tout en "améliorant" ses revenus.
Et "nous ne nous mêlons pas de politique ni de tout autre domaine en dehors de la santé", promet-elle.


AFP

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