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En froid avec Bruxelles, la Roumanie prend la présidence de l'Union européenne

Le siège du gouvernement, à Bucarest, avec les drapeaux roumain et européen, le 31 décembre 2018.
Le siège du gouvernement, à Bucarest, avec les drapeaux roumain et européen, le 31 décembre 2018. Daniel Mihailescu, AFP

La Roumanie prend la tête d'une Union européenne secouée par le Brexit et la montée des eurosceptiques. Alors que la majorité de gauche au pouvoir dans ce pays a multiplié les diatribes contre Bruxelles, tout laisse craindre une présidence agitée.

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L’Union européenne est pilotée depuis le mardi 1er janvier par la Roumanie. Alors que le gouvernement roumain multiplie les diatribes souverainistes contre Bruxelles, et au moment où les 28 sont mis à rude épreuve par le Brexit et la montée des eurosceptiques, cette présidence s’annonce tumultueuse.

Finalisation du Brexit d'ici mars, élections européennes en mai avec des forces souverainistes en embuscade, difficultés à boucler le budget communautaire, rarement une présidence tournante aura été confrontée à autant de défis.

>> À lire aussi : Juncker doute de l'aptitude de la Roumanie à assumer la présidence de l'UE

La Roumanie, qui va chapeauter l'UE pour la première fois depuis son adhésion en 2007, succédant à l'Autriche, a longtemps été classée parmi les pays les plus europhiles parmi les 28. Mais elle a vu ses relations avec Bruxelles se détériorer fortement ces derniers mois, sur fond de réformes controversées du système judiciaire initiées par le Parti social-démocrate (PSD) au pouvoir.

Emboîtant le pas au dirigeant hongrois Viktor Orban, le patron du PSD Liviu Dragnea – considéré comme l'homme fort du pays – a multiplié les attaques contre la Commission, qualifiant celle-ci d'"inique" après qu'elle a demandé l'abandon de ces réformes, accusées de saper la lutte contre la corruption.

Juncker doute de l'aptitude de la Roumanie

Dans un entretien donné au quotidien allemand Die Welt, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a récemment répliqué sèchement en estimant que "le gouvernement de Bucarest n'a pas encore pleinement compris ce que signifie présider les pays de l'UE". "L'action prudente exige aussi la volonté d'être à l'écoute des autres et la ferme volonté de mettre ses propres préoccupations au second plan. J'ai quelques doutes à ce sujet", a-t-il poursuivi.

Alors que la majorité connaît une cohabitation houleuse avec le président Klaus Iohannis, un europhile de centre-droit, Jean-Claude Juncker a également douté de la capacité du pays à apparaître comme une "unité compacte" en Europe.

Les ministres des Affaires étrangères, Teodor Melescanu, et des Affaires européennes, George Ciamba, ont toutefois déclaré que Bucarest veillerait à ne pas "exporter les divergences politiques intérieures" et assumerait "son rôle de médiateur impartial" au sein de l'UE. "Nous contribuerons au maintien de l'unité, de la cohésion et de la solidarité" au sein de l'UE, a elle aussi assuré la Première ministre, Viorica Dancila.

>> À lire aussi : En Roumanie, la gauche au pouvoir mobilise ses troupes contre "l'État parallèle" des magistrats

Mais les soubresauts de la politique roumaine et la volonté de la majorité de mener coûte que coûte sa réforme judiciaire risquent de peser sur la présidence de l'UE. Pour leurs détracteurs, ces mesures n'ont d'autre but que d'alléger le casier judiciaire de nombreux élus et proches du PSD, à commencer par Liviu Dragnea, déjà condamné à de la prison avec sursis pour fraude électorale et visé par deux autres procédures. Les sociaux-démocrates accusent, pour leur part, les procureurs anticorruption de faire partie d'un "État parallèle" agissant contre le pouvoir élu.

Reste que Bucarest veut faire passer rapidement un décret d'amnistie qui pourrait bénéficier aux responsables politiques ayant des démêlés avec la justice. Un tel projet marquerait le franchissement d'une ligne rouge, prévient-on de source européenne.

Avec AFP

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