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À 20 ans, l’euro se cherche encore

Au premier plan, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi et le président de l'Eurogroupe Mario Centeno, le 3 décembre 2018, à Bruxelles.
Au premier plan, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi et le président de l'Eurogroupe Mario Centeno, le 3 décembre 2018, à Bruxelles. John Thys, AFP

Si, pour les consommateurs, l'emploi de l’euro date de 2002, la naissance de la monnaie unique européenne remonte au 1er janvier 1999. Bilan de vingt années de réussites et d’échecs du plus symbolique des projets européens.

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À la fois plus beau symbole de la construction européenne et responsable, pour certains, de tous les maux des pays de l’Union, l’euro, qui fête ses 20 ans le 1er janvier 2019, divise les Européens.

Pour en juger, il suffit de lire les réactions indignées au tweet de Jean-Claude Juncker, publié le 31 décembre, dans lequel celui-ci affirme que la monnaie unique "a apporté prospérité et protection" aux citoyens européens. Les commentaires accusent le président de la Commission européenne de cécité, à l’image de l’économiste français Thomas Porcher qui souligne "qu’on était plus pauvre dans la zone euro en 2017 qu’en 2007".

Il faut dire que l’euro a connu un test grandeur nature avec la crise financière de 2008. Celle-ci a permis de constater que la monnaie européenne était solide, mais qu’elle possédait des faiblesses dans sa conception.

"Il y a eu des erreurs commises, juge Agnès Bénassy-Quéré, économiste, présidente-déléguée du Conseil d’analyse économique (CAE), interrogée par France 24. La première erreur, c’était de faire une union monétaire sans union bancaire. Le deuxième problème est lié à l’absence d’un État souverain unique : il y a une différenciation entre le périmètre de la monnaie et celui des États. Enfin, on a interdit à la Banque centrale de racheter de la dette publique, aux États de se renflouer les uns les autres, et aux États de restructurer leur dette."

>> À voir : Les critères de Maastricht sont-ils encore pertinents, 25 ans après ?

Résultat : l’Union européenne n’était pas armée pour faire face à la crise de 2008 et les États membres y ont principalement répondu avec des mesures d’austérité. L’exemple grec, où le coût social dû à l’absence de mécanismes de solidarité au sein de la zone euro a été considérable, est sans aucun doute le plus parlant.

"Sur la Grèce, la Banque centrale européenne a poussé les murs autant qu’elle pouvait pour se donner un peu d’air en faisant un petit peu de monétisation [rachat par la BCE des dettes publiques], de renflouement et de restructuration, mais on n’a pas véritablement résolu le problème", souligne Agnès Bénassy-Quéré.

Pas de convergence des économies

Des améliorations ont été apportées depuis, notamment avec la création du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui vise à protéger la zone euro de la spéculation sur les dettes publiques. Les banques sont également davantage surveillées. "Mais il manque toujours un véritable budget pour absorber les chocs dans les États les plus fragiles", estime dans Le Monde Patrick Artus, économiste chez Natixis.

L’autre échec majeur de la zone euro, qui est passée de 11 membres à 19 en vingt ans, est de ne pas avoir réussi à rapprocher les économies de ses pays membres. "Pour les politiques d’accompagnement, nos règles budgétaires ne sont pas très opérantes, relève Agnès Bénassy-Quéré. On n’a pas beaucoup d’outils pour empêcher les économies de diverger et on a un ajustement très asymétrique." La règle qui impose aux États de limiter leur déficit public à 3 % du PIB est particulièrement critiquée car elle n’a pas permis la convergence des économies, d’une part, et qu’elle prive les États, d’autre part, d’une certaine flexibilité en temps de crise.

Mais l’euro a également connu des réussites. Pour Agnès Bénassy-Quéré, "l’unification monétaire a été un succès" car "il n’y a pas eu de guerre des monnaies" lors de la crise de 2008. "Avec le système antérieur, on aurait eu des dévaluations en pagaille et ça aurait été très compliqué à gérer pour les entreprises et les banques", assure l’économiste du CAE.

C’est cette stabilité pour le marché commun que souhaitait sans doute mettre en valeur Jean-Claude Juncker dans son tweet qui a déchaîné les critiques. Jamais les entreprises européennes n’avaient, il est vrai, opéré dans un environnement aussi sécurisé : cela se vérifie sur les prix relatifs (le prix d’un bien par rapport au prix d’un autre) lors de leurs échanges avec d’autres pays de la zone euro, sur leurs emprunts qui se font à des taux très réduits ou encore par rapport aux risques de dévaluation dans tel ou tel pays. "Et pour les ménages, l’euro a permis un pouvoir d’achat beaucoup plus stable qu’avant car l’inflation est devenue très prévisible", ajoute Agnès Bénassy-Quéré.

Vingt ans après sa création, ce bilan en demi-teinte permet aux pro comme aux anti de se servir de l’euro pour appuyer leur argumentaire. Et malgré son installation comme deuxième devise mondiale derrière le dollar, sa survie est loin d’être acquise. Elle devrait être l'un des principaux enjeux des élections européennes de 2019.

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