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RD Congo : l'Église sème le trouble en affirmant connaître le vainqueur de la présidentielle

Le président de la Commission électorale congolaise, Corneille Nangaa, le 23 décembre 2018, à Kinshasa.
Le président de la Commission électorale congolaise, Corneille Nangaa, le 23 décembre 2018, à Kinshasa. Luis Tato, AFP

Les résultats provisoires de la présidentielle en République démocratique du Congo pourraient ne pas être publiés d'ici dimanche, a annoncé jeudi le président de la commission électorale, alors que les évêques affirment connaître le vainqueur.

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Alors que les résultats provisoires des élections en République démocratique du Congo (RD Congo) étaient attendus "au plus tard" dimanche, la commission électorale congolaise (Céni) envisage un report de leur publication, a annoncé son président à l'AFP, jeudi 3 janvier. Une annonce qui n'est pas du goût de la conférence épiscopale congolaise (Cenco) qui affirme connaître le nom du vainqueur. Elle demande à la Céni de proclamer les résultats dans "la vérité et la justice".

"Nous ne dormons pas. Nous faisons de notre mieux pour qu'on publie les résultats le 6 janvier. Mais si on n'y arrive pas, à l'impossible nul n'est tenu", a ainsi déclaré le président de la Céni, Corneille Nangaa.

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"À ce jour, au niveau des centres locaux de compilation des résultats (CLCR) (...), on est donc à 20 % de ce qui doit être collecté", a-t-il précisé lors d'un point de presse. "Tous les 73 000 bureaux de vote doivent être consolidés avant d'annoncer les résultats", a-t-il ajouté.

Problèmes avec la machine à voter

"On pensait qu'on pouvait transmettre les résultats à partir de la machine à voter pour nous aider à publier rapidement les résultats, personne n'avait voulu de cette procédure", a dit le président de la Céni à l'AFP. "Le ramassage (des procès-verbaux) ne peut pas se faire en deux jours."

Étant donné que "les machines à voter sont coupées de toute connexion", le travail de collecte des résultats électoraux "se fait manuellement", a expliqué Corneille Nangaa. "Par moment nous payons nos propres turpitudes. Nous avions proposé une solution, on l'a refusée, maintenant il faut assumer", a-t-il conclu.

La RD Congo, immense territoire grand comme quatre fois la France, est dépourvue d'infrastructures routières pouvant faciliter le transfert des procès-verbaux et des bulletins des bureaux de vote jusqu'aux centres de centralisation des résultats.

Les données de la Cenco "consacre le choix d'un candidat"

Mais la puissante conférence épiscopale congolaise (Cenco) a indiqué jeudi qu'elle connaissait le nom du vainqueur de l'élection présidentielle. La mission d'observation de la Cenco "constate que les données à sa disposition issus des procès-verbaux des bureaux de vote consacre le choix d'un candidat comme président de la République", a déclaré son porte-parole, l'abbé Donatien Nshole.

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"Il est important de souligner que les irrégularités observées n'ont pas pu entamer considérablement le choix que le peuple congolais a clairement exprimé dans les urnes", a-t-il ajouté. "À cet effet, la Céni est appelée en tant qu'institution d'appui à la démocratie de publier en toute responsabilité les résultats des élections dans le respect de la vérité et de la justice", a-t-il poursuivi.

L'abbé Nshole présentait le rapport préliminaire de la Mission d'observation électorale de la commission justice et paix de la Cenco, qui affirme avoir déployé quelque 40 000 observateurs lors des élections dimanche.

Menaces de sanctions américaines

Les États-Unis ont aussi appelé jeudi les autorités électorales  à "respecter" le choix des Congolais en publiant des résultats "exacts", avec des menaces de sanctions. "Arrêtez de nous intimider, arrêtez d'essayer d'influencer la décision de la Céni", a répondu son président, Corneille Nangaa.

Le Conseil de sécurité des Nations unies va se réunir à huis clos vendredi sur le sujet, selon des diplomates. La réunion, prévue à 15 h (20 h GMT), va se tenir à la demande de la France.

La correspondante de Radio France Internationale (RFI) a, de son côté, quitté Kinshasa jeudi soir, après le retrait de son accréditation en RD Congo où le signal de la radio publique française est coupé, a indiqué RFI. Le porte-parole du candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary a accuse RFI d'"annoncer, ou de faire annoncer par d'autres sources que la Céni, des résultats".

La radio publique rappelle qu'elle "n'a donné aucun résultat" des scrutins de dimanche dernier. Sans citer les mesures à l'encontre de RFI, Paris a appelé au respect de la liberté de la presse en République démocratique du Congo, où l'accès à l'internet est coupé depuis lundi, comme l'envoi de SMS.

Ces élections générales ont été trois fois repoussées depuis la fin du second mandat constitutionnel de Joseph Kabila en 2016. La RD Congo n'a jamais connu de passation pacifique de pouvoir depuis son indépendance de la Belgique en 1960.

Avec AFP

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