Accéder au contenu principal

Chômage technique, petits boulots : ces Américains touchés par le "shutdown"

Le Mall, devant le Capitole, complètement vide samedi 5 janvier 2019.
Le Mall, devant le Capitole, complètement vide samedi 5 janvier 2019. Yona Helaoua, France 24

Musées et monuments fermés, employés fédéraux privés de salaire : le "shutdown" est entré dans sa troisième semaine aux États-Unis. Donald Trump doit s’exprimer en direct sur le sujet mardi soir. En attendant, nombre d'Américains sont inquiets.

PUBLICITÉ

, correspondante à Washington

Circulez, tout est fermé. Ces dernières semaines, les coins touristiques de Washington sont dépeuplés. Les seuls visiteurs qui s’aventurent dans les allées du Mall, cette esplanade géante où sont rassemblés musées et monuments, se heurtent à des portes closes. "C’est fermé ? Tout est fermé ?" demandent deux touristes sénégalais devant le très populaire Musée de l’air et de l’espace. "Le 'shutdown' ? On en avait entendu parler mais on a quand même tenté le coup", sourient-ils, avant de faire demi-tour.

"Shutdown". Depuis le 22 décembre, date à laquelle le Congrès américain n’a pas renouvelé le financement de certaines administrations fédérales et donc cessé de payer leurs employés, le terme tourne en boucle dans la tête des Américains. Le président Donald Trump, farouchement attaché à sa promesse d’un mur à la frontière mexicaine, veut faire financer celui-ci par le budget fédéral, ce que les démocrates refusent. Un dialogue de sourds s’est installé.

Sept morts dans les parcs nationaux

Le tourisme est particulièrement affecté dans les parcs nationaux. Dans les plus beaux où les ordures s’entassent, comme Yosemite ou les Great Smoky Mountains, l’entrée reste ouverte, aux risques et périls des visiteurs puisqu’aucun ranger n’est présent pour les informer ou les protéger. Déjà sept morts ont été recensés depuis le 22 décembre, dont trois accidents et quatre suicides.

Le "shutdown" est aussi un cauchemar pour le porte-monnaie de quelque 800 000 employés fédéraux. La moitié est mise au chômage technique. L’autre, considérée comme "personnel essentiel", est forcée de travailler… sans salaire. Dans certains services, les employés commencent à s’impatienter. La TSA (Transportation Security Administration, le service de sécurité des aéroports) a ainsi vu un certain nombre d’agents se faire porter pâles ces derniers jours. "Si vous n’avez pas de chèque pour payer vos factures, qu’est-ce que vous faites ?", a demandé Rudy Garcia, leader syndical, sur NBC. "Vous cherchez un autre job." La perspective de longue files d’attente et d’une brèche de sécurité dans les aéroports-clés met davantage de pression sur la Maison Blanche et le Congrès pour parvenir à un accord. Mais Donald Trump a prévenu ces derniers jours que le "shutdown" pourrait durer "des mois voire des années". Il doit s’exprimer en direct mardi soir sur le sujet.

>> À lire aussi : "Trump va retourner à la frontière mexicaine, trois ans après un passage remarqué"

Petits boulots pour payer les factures

Vanessa*, 31 ans, ne sait pas combien de temps elle pourra tenir. "Le 'shutdown' est tombé pile le jour de mon anniversaire, raconte-t-elle à France 24. À ce moment-là, j’étais la plus optimiste de mon bureau et je pensais que cela prendrait fin très vite." Deux semaines plus tard, elle n'a toujours pas repris le travail. "Je ne peux même pas en profiter pour aller rendre visite à ma famille sur la côte ouest car si le 'shutdown' prend fin, j’ai entre trois et quatre heures pour retourner à mon poste", regrette-t-elle.

En attendant, Vanessa travaille comme serveuse dans un restaurant de Washington. "Cela me permet de gagner un peu d’argent et de manger gratuitement. J’essaie de ne pas toucher à mes économies, mais ça n’est pas évident." La jeune femme s'estime moins pénalisée que d’autres : "Je vis seule dans un appartement peu cher et l’unique dette que je dois rembourser est mon emprunt étudiant", relativise-t-elle. Pour l’instant, elle tient le coup : "J’espère simplement que les démocrates ne vont pas lâcher et lui donner de l’argent (à Donald Trump, NDLR) pour le mur. C’est un projet inutile et raciste."

Pour d’autres employés fédéraux, la situation est plus urgente. Carol* est mère au foyer dans le Maine. Son mari est considéré comme "personnel essentiel" et doit donc se rendre au travail tous les jours sans être payé. Sans le seul salaire du foyer, la famille ne pourra pas tenir longtemps. "Le plus âgé de nos trois enfants est autiste, raconte-t-elle à France 24. Nous avons dû suspendre sa thérapie le temps du shutdown car nous ne pouvons pas payer le reste à charge de l’assurance en plus de nos factures. Nous avons dû demander à notre propriétaire de nous donner du temps pour le loyer."

Une cagnotte pour joindre les deux bouts

Depuis deux semaines, la famille de Carol réduit ses activités. "On ne quitte pas la maison pour ne pas gaspiller d’essence ou être tentés par des achats inutiles, explique-t-elle. Et je ne peux pas me permettre d’aller travailler pour ramener un second salaire car on ne pourrait pas payer la garde d’enfants. Avec mon fils autiste, on ne trouve pas de baby-sitter à moins de 20 dollars de l’heure. Si la situation ne s’améliore pas d’ici le milieu du mois (les salaires sont payés tous les 15 jours, NDLR), on devra puiser dans nos économies pour garder les lumières allumées." Pour Carol et son mari, la situation est "injuste et humiliante, non seulement pour nous, mais aussi pour tous nos créanciers, propriétaires, écoles, à qui l’on doit dire : 'Désolé, on sait que vous méritez cet argent, mais on ne peut pas vous payer tant qu’on ne nous paye pas.'"

Agents d’entretien ou cuisiniers n’ont aucun espoir de récupérer les dollars perdus

Les victimes collatérales du "shutdown" sont en effet nombreuses. La situation la plus précaire est celle des contractuels, souvent agents d’entretien ou cuisiniers dans les ministères. Ils travaillent pour le gouvernement mais, contrairement aux fonctionnaires qui devraient finir par toucher leur salaire en retard, eux n’ont aucun espoir de récupérer les dollars perdus. Dans le Missouri, Julie Burr, une mère célibataire, a ainsi lancé une cagnotte en ligne pour l’aider à payer ses factures, tout en travaillant plusieurs heures par semaine dans une librairie.

Sur Internet, des brouillons de lettres circulent pour aider les employés à expliquer la situation à leur banque ou leur propriétaire. Certains achats immobiliers sont également bloqués : "Personnellement, je n'ai pas eu de ventes annulées pour le moment, indique à France 24 Dana Scanlon, agent immobilier à Washington. Mais les acheteurs dans les zones rurales qui utilisent les emprunts garantis par le département de l'Agriculture n'ont pas pu boucler leurs achats depuis la fermeture du gouvernement. Aussi, certains financiers refusent d'avancer les dossiers d'emprunts sans pouvoir obtenir les transcriptions des déclarations d'impôts auprès du fisc."

Un élan de solidarité à Washington

Autre victime inattendue du "shutdown" à Washington : les mariages. Le bureau qui les valide, financé par le gouvernement fédéral, a fermé. Certains couples en ont fait les frais. Danielle Geanacopoulos et Dan Pollock, deux amoureux de la capitale, ont raconté leur mésaventure sur les réseaux sociaux. Le 27 décembre, deux jours avant leur fête de noces, ils ont trouvé porte close. Ils sont repartis sans le petit papier, mais cela ne les a pas empêchés de célébrer leur union avec leurs proches. Ils envisagent un nouvelle cérémonie plus tard. "Un second mariage, ça ne fait pas de mal, n’est-ce pas ?" ont-ils déclaré à BuzzFeed News.

Dans la région de Washington, près d'un travailleur sur 10 est un employé fédéral. Une certaine solidarité s’est développée ces derniers temps. Le chef étoilé José Andres offre des repas gratuits dans ses restaurants et d'autres chefs ou patrons de bar ont suivi le mouvement. Même chose dans certaines salles de sport qui proposent des activités gratuites aux employés fédéraux. Des gestes qui permettent d’atténuer la perte de salaire, mais pas l’angoisse. Car si le "shutdown" continue, les plus fragiles n’auront pas d’autre choix que de changer de travail.

La paralysie des administrations américaines ne fait cependant pas que des malheureux. Sébastien Bour, touriste français de 36 ans arrivé au début du "shutdown", voulait voir l’original de la Déclaration d’indépendance aux Archives nationales. Il repart bredouille à Paris, mais pas de quoi le contrarier pour autant : "C’était tranquille, il faisait beau, il n’y avait personne, et j’avais le grand Mall pour moi tout seul. J’ai pu prendre pas mal de belles photos sans la foule habituelle. C’est le bon côté du 'shutdown'."

* Les prénoms ont été changés.

Retrouvez le long format de France 24
Retrouvez le long format de France 24
Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.