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Carlos Ghosn, un détenu trop ordinaire ?

Carlos Ghosn est détenu au Japon depuis le 19 novembre 2018.
Carlos Ghosn est détenu au Japon depuis le 19 novembre 2018. Behrouz Mehri, AFP

Depuis son arrestation le 19 novembre au Japon, les conditions de détention de Carlos Ghosn font régulièrement débat. Si elles sont "inhumaines" pour ses proches, d'autres estiment qu'il ne peut bénéficier d'un traitement de faveur.

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Il considère sa situation comme un "challenge". C’est ce que rapporte en tout cas son fils. Dans un entretien publié le 6 janvier par le Journal du dimanche, Anthony Ghosn affirme que son père Carlos, incarcéré au Japon depuis le 19 novembre pour des soupçons de malversations financières, "est en bonne forme". "Il est prêt à se défendre de façon vigoureuse, et est très concentré sur l'objectif de répondre aux accusations lancées contre lui. Il est surtout très calme", indique le jeune homme de 24 ans qui s'exprimait pour la première fois dans la presse.

D’après Anthony Ghosn, il reste toutefois difficile pour le patron du groupe automobile français de se défendre puisque "la seule condition de sa sortie est une confession". "Le paradoxe, c'est que la confession qu'on lui demande de signer est écrite exclusivement en japonais", or "il ne parle pas cette langue", précise son fils.

"Il ne lâchera rien"

En garde à vue depuis plus d'un mois et demi dans une prison de la capitale japonaise, Carlos Ghosn doit comparaître mardi, à sa demande. Ce qui obligera le procureur à clarifier publiquement le motif de sa détention prolongée. Cette audience "va être très importante", indique Anthony Ghosn. "Pour la première fois, il pourra s'exprimer sur les faits qu'on lui reproche, donner sa vision. Je pense que tout le monde sera assez surpris en entendant sa version de l'histoire. Jusqu'à maintenant, on a seulement entendu l'accusation. Il aura dix minutes pour s'exprimer" et "il ne lâchera rien".

>> À voir dans le Débat de France 24 : "Affaire Carlos Ghosn : dérive solitaire ou lutte de pouvoir ?"

D'après l'avocat Yasuyuki Takai, ex-enquêteur de l'unité qui a arrêté Carlos Ghosn interrogé par l’AFP, "il s'agit d'une audience d'explications des raisons de sa détention à la demande de ses avocats. Le tribunal doit donner des informations, c'est un dialogue entre l'avocat et le juge, mais le procureur n'est pas forcé d'être présent, c'est à sa discrétion. En général, il l'est. Le juge lui demande parfois son avis, mais pas forcément."

Carlos Ghosn, âgé de 64 ans, sera libre, en théorie, de dire "ce qu'il veut, jusqu'à ce que le juge lui demande d'arrêter. Il pourra apparaître dans la tenue qu'il veut, mais il sera menotté jusqu'à l'entrée dans la salle d'audience", ajoute l'ancien enquêteur selon qui ce type d'audience ne dure que 15 minutes, 30 au plus dans un cas très particulier. Et de conclure : "Cette audience n'a aucun effet sur la suite de la procédure."

La manière dont la justice japonaise gère le cas de l’artisan de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi fait régulièrement l’objet de critiques. Détenu depuis son arrestation le 19 novembre, Carlos Ghosn est contraint au silence, et ses avocats, qui ne peuvent pas assister aux interrogatoires, n'ont pas accès à toutes les pièces du procureur. "La défense ne peut pas avoir une vision complète du dossier", affirme Anthony Ghosn.

Conditions de détention "inhumaines"

Début décembre, des membres de l’entourage du PDG s’étaient insurgés de ses conditions de détention à la prison tokyoïte de Kosuge, réputée très dure. Selon eux, l’homme d’affaires n’avait alors droit qu’à deux douches par semaine, trois bols de riz par jour, et ne pouvait pas garder ses médicaments avec lui. Des conditions jugées "inhumaines" par ses proches. Au Japon, la justice fait valoir que Carlos Ghosn est traité comme n’importe quel détenu. Depuis, les conditions de sa détention se sont assouplies : il a été autorisé à écrire à sa famille et reçoit la visite régulière des ambassadeurs de France, du Brésil et du Liban, les trois pays dont il possède la nationalité.

>> À lire aussi : "Carlos Ghosn reste en garde à vue au Japon jusqu'au 11 janvier"

Au Liban, d’ailleurs, où Carlos Ghosn a grandi, une campagne de soutien a été rapidement lancée avec, notamment, des pétitions en ligne. En France, ce sont dans les journaux, le plus souvent par le truchement de tribunes et d’éditoriaux, que des voix se sont élevées. Ainsi Le Figaro s’est indigné du traitement infligé à un Carlos Ghosn que le journal imaginait être en "détresse" : "L'opinion publique s'est jointe à l'hallali. Carlos Ghosn était un des patrons les mieux payés de l'archipel, et la seule médiatisation d'anciennes soirées fastueuses, comme une réception au château de Versailles tenue en l'honneur de son troisième mariage en 2017, vaut réprobation, sinon condamnation. Même la presse de gauche, d'ordinaire compatissante au sort des prévenus, se joint au concert."

De son côté, Le Républicain Lorrain a déploré le peu de réactions de la classe politique française : "Pas de comité de défense, pas de pétition sur Internet, silence radio au Quai d'Orsay comme à Bercy et au Medef. Pas même un petit communiqué pour se réjouir de la prochaine comparution du PDG de Renault devant un juge, pour la première fois depuis qu'il croupit dans une cellule tokyoïte."

Dimanche, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a rappelé que le PDG de Renault devait bénéficier de la présomption d'innocence, un principe qui "n'est pas négociable" dans une démocratie. Toutefois, le ministre a indiqué avoir demandé des précisions au groupe automobile au sujet des rémunérations de certains cadres dirigeants.

Avec AFP

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