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Putsch raté au Gabon : "L’élection contestée d’Ali Bongo en 2016 a laissé des traces"

Patrouille de la gendarmerie à Libreville, près du siège de la radio-télévision gabonaise après la tentative de putsch, le 7 janvier 2019.
Patrouille de la gendarmerie à Libreville, près du siège de la radio-télévision gabonaise après la tentative de putsch, le 7 janvier 2019. Steve Jordan, AFP

Visiblement mal préparé, le coup de force mené lundi à Libreville par un groupe de militaires a tourné court. Il témoigne néanmoins du profond malaise qui règne dans un Gabon où le président n’est plus physiquement présent depuis deux mois et demi.

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Le coup de force mené par une poignée de soldats a tourné court, lundi 7 janvier, au Gabon, pays dont le président, malade, est absent depuis deux mois et demi et où le gouvernement n'assure plus que les affaires courantes.

L’opération menée par le lieutenant Ondo Obiang Kelly, commandant-adjoint de la Garde républicaine, chargée de la protection de la présidence, n’aura été qu’un "feu de paille", selon les termes du porte-parole du gouvernement, Guy-Bertrand Mapangou. De fait, peu de temps après que le commando est intervenu à la radio-télévision gabonaise (RTG) pour annoncer la mise en place d'un "Conseil national de restauration" destiné à "garantir au peuple gabonais une transition démocratique", la présidence a rapidement repris le "contrôle" de la situation. À peine avait-il lâché le micro de la RTG que le chef du commando était arrêté et deux de ses hommes tués.

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"Feu de paille" donc mais "signal d’alerte" quand même, observe Christophe Boisbouvier, journaliste à Radio France internationale (RFI). Pour preuve : si, dans la soirée de lundi, la RTG a repris ses programmes et que les rues de Libreville sont restées calmes, Internet était toujours coupé et les forces de sécurité déployées en nombre dans la capitale.

Le pouvoir gabonais est d’autant plus vigilant que la tentative de renversement est venue d’hommes en uniforme. "On l’a peut-être oublié mais il y a une tradition putschiste au Gabon. Cela remonte certes à loin, mais en février 1964, un président en exercice a été vraiment destitué par son armée avant d’être remis sur le fauteuil grâce à la France, rappelle Christophe Boisbouvier. Depuis cette époque, que ce soit avec Omar Bongo ou son fils Ali, il existe un contrôle politique très pointilleux de l’armée. Ali Bongo a été longtemps ministre de la Défense avant de devenir président, c’est dire à quel point la famille Bongo est consciente du poids politique de l’armée."

"Faiblesse et lassitude"

Visiblement mal préparée, l’opération du lieutenant Ondo Obiang Kelly n’en reste pas moins la manifestation d’un profond malaise dans le pays. "Il y a une combinaison de beaucoup de facteurs, un mélange de faiblesse du pouvoir et de lassitude des Gabonais", analyse le journaliste Louis Magloire Keumayou, président du Club de l’information africaine.

"Faiblesse du pouvoir" tout d’abord symbolisée par l’absence sur le territoire gabonais du chef de l’État. Victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) le 24 octobre en Arabie saoudite, Ali Bongo a été transféré au Maroc, où il poursuit depuis sa convalescence. "Il y a un vide politique à la tête de l’État gabonais, constate Christophe Boisbouvier. Ce vide est occupé aujourd’hui par le Premier ministre Emmanuel Issozé Ngondet, qui gère les affaires courantes, et quelques hommes-clés à l’intérieur de l’appareil, mais cela reste un pouvoir plus fragile depuis le 24 octobre."

Le 31 décembre, pour la première fois depuis son hospitalisation, le président, affaibli, avait pris la parole depuis Rabat afin de montrer qu’il avait récupéré ses facultés. Une intervention qui aurait pu rassurer la population si elle avait été suivie d’un retour au pays. Or Ali Bongo est toujours au Maroc et la durée de sa convalescence demeure indéterminée. "Dans quelques jours, le président doit signer un décret installant la nouvelle Assemblée issue des législatives d’octobre dernier. Va-t-il le faire ? Et dans quelles conditions ? Il y a, c’est vrai, une réelle incertitude", affirme Christophe Boisbouvier.

"Lassitude des Gabonais", ensuite, qui est due à une accumulation de soubresauts contestataires. En 2009 déjà, l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, après 42 années de règne de son père Omar, avait ouvert une crise au sein du Parti démocratique gabonais (PDG). Puis vint les contestations nées de sa réélection en 2016 avec moins de 6 000 voix d'avance sur l'opposant Jean Ping. Un scrutin marqué par des accusations de fraudes (le fameux taux de participation de 99,9 % dans la province du Haut-Ogooué où Ali Bongo avait été crédité de 95 % des suffrages) et des manifestations violemment réprimées, durant lesquelles plusieurs personnes ont trouvé la mort.

Pour Louis Magloire Keumayou, les contestations de 2016, au cours desquelles plusieurs ténors du parti présidentiel sont partis, "ont laissé des traces". "La scission qu’il y a eu au sein du PDG en 2009, puis avec la société civile en 2016 et maintenant avec les militaires montre qu’on est dans une phase de défiance qui a dépassé les limites de la contestation populaire, indique-t-il. Même si, lundi, il ne s’agissait que d’un "coup d’État de témoignage", c'est-à-dire symbolique, il y a quelque chose de très profond. C’est une contestation qui prend de l’ampleur, et qui ne s’est pas éteinte avec la fin des élections".

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Dans leur adresse à la RTG, les militaires putschistes ont d’ailleurs dénoncé la "confiscation du pouvoir par ceux qui, le 31 août 2016, ont fait assassiner nos jeunes compatriotes", en référence aux troubles qui avaient suivi la réélection d'Ali Bongo.

Si les raisons du malaise qui règne au Gabon sont connues, reste une question, selon Christophe Boisbouvier. "D’où vient la tentative de coup d’État ? Vient-elle d’une partie du clan du pouvoir qui a peut-être peur de perdre le pouvoir à cause de la maladie du président ? Vient-elle de l’opposition qui veut justement profiter de la maladie ? Ou vient-elle d’une troisième force ? Cela reste la grande inconnue."

"Si aucune suite n’est donnée, la classe politique dirigeante et la classe politique de l’opposition ont du souci à se faire parce que les militaires pourraient avoir leur mot à dire", avance, quant à lui, Louis Magloire Keumayou.

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