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Procès Barbarin : l'Église face aux récits glaçants des victimes d'un prêtre pédophile

Le cardinal Philippe Barbarin, le 7 janvier 2019, peu après son entrée dans la 17e chambre du tribunal correctionnel de Lyon.
Le cardinal Philippe Barbarin, le 7 janvier 2019, peu après son entrée dans la 17e chambre du tribunal correctionnel de Lyon. Jeff Pachoud, AFP

Le procès de Mgr Barbarin, accusé de non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs, s'est poursuivi mardi à Lyon, où pour la première fois les victimes d'un prêtre pédophile ont exposé leurs souffrances indélébiles.

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Le cardinal Philippe Barbarin a fait face, mardi 8 janvier, pour la première fois devant le tribunal correctionnel de Lyon, aux victimes d'un prêtre pédophile de son diocèse et à leurs souffrances exposées sans détour à la barre.

Tandis qu'il regardait jusque-là droit devant lui, baissant parfois la tête, l'archevêque accusé d'inaction a changé d'attitude quand a débuté l'audition des plaignants, prenant attentivement des notes, levant même le doigt pour répondre à l'un d'eux.

Mgr Barbarin et cinq anciens membres du diocèse sont jugés depuis lundi pour non-dénonciation d'agressions sexuelles et, pour deux d'entre eux, "omission de porter secours". Le procès, prévu initialement jusqu'à mercredi, débordera sur la journée de jeudi.

Alexandre, "violenté sexuellement entre ses 8 et 11 ans"

Alexandre Hezez, 44 ans, est le premier à témoigner à la barre après avoir été le premier à avoir déposé plainte – en 2015 – contre le père Bernard Preynat, qui l'avait "violenté sexuellement entre ses 8 et 11 ans". En 2014, il s'était d'abord adressé au cardinal pour qu'il écarte le prêtre, toujours au contact d'enfants, mais voyant "que rien ne se passait", l'ancien scout avait écrit au procureur l'année suivante.

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Après avoir rencontré Alexandre Hezez en 2014, "j'agis à la seconde", lui rétorque l'archevêque de Lyon, qui s'empresse à l'époque de "consulter Rome" sur ces faits "graves mais anciens". La réponse du Vatican ne tarde pas : il faut écarter le prêtre mais "sans scandale".

Mgr Barbarin affirme avoir pris en 2015 la sanction "maximum" en son pouvoir en interdisant au prêtre de célébrer la messe et les sacrements, en plus de lui retirer sa paroisse. Cette sanction ne sera effective que dix mois plus tard, fondue dans les mutations ordinaires de l'Église lyonnaise.

Bien tardivement, pour les parties civiles. Mais ce qui met surtout Alexandre Hezez "en colère", c'est d'apprendre que le cardinal était déjà au courant des agissements passés du père Preynat, alors qu'il pensait les lui avoir appris.

"Star de la pédophilie, on fait mieux"

Dès 2011, une autre victime du prêtre, Laurent Duverger, âgé de 50 ans aujourd'hui, avait entamé une démarche auprès du diocèse. "Ma première relation sexuelle, je l'ai eue avec Preynat à 10 ans", a-t-il témoigné mardi, livrant à la barre un récit cru des agressions subies entre 1978 et 1982, quand l'aumônier des scouts lui imposait baisers et caresses.

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Sept ans plus tôt, il avait été rassuré par un membre du diocèse, l'actuel évêque de Nevers Thierry Brac de la Perrière, mis en cause au procès : "On m'a dit alors que Preynat était hors d'état de nuire, ça me suffisait". Il considère aujourd'hui que c'était "un mensonge". Interrogé à son tour, François Devaux, cofondateur de l'association La Parole Libérée, à l'origine des révélations, a du mal à parler de ses souffrances, par "pudeur".

Prolixe sur celles des autres, il l'est beaucoup moins sur la sienne, fait remarquer un avocat des parties civiles, Me Jean Boudot. Qui parvient, avec beaucoup de justesse, à préciser au tribunal l'"intérêt à agir" du plaignant : si quelqu'un avait dénoncé Preynat avant ses victimes, il aurait sans doute eu "un parcours de vie" plus facile.

L'émotion de François Devaux est palpable mais elle n'empêche pas un avocat du cardinal, Me André Soulier, d'ironiser sur son statut de "star". "Star de la pédophilie, on fait mieux", réplique l'ancien scout.

"Pour l'Église, combien coûte une vie bousillée ?"

Un autre, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, évoque "les masturbations" du père Preynat pendant des années. "Ma vie sentimentale a été gâchée", confie celui qui s'est longtemps cru "seul avec son petit secret".

À la barre, les témoignages les plus bouleversants sont venus des frères Burdet en fin de journée, dont Christian, violé dans les années 1970. "Pour l'Église, combien coûte une vie bousillée ?", a-t-il lancé. "À ceux qui n'ont pas donné ce que j'attendais d'eux, je veux dire que jamais on oublie de telles souffrances", a poursuivi à la barre ce père de famille livrant un témoignage glaçant des agressions sexuelles commises par le père Preynat quand il était un jeune scout de la paroisse Saint-Luc.

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Il décrit des caresses, des baisers, des masturbations et des fellations subies. Mais, pour lui qui ne s'était jamais confié avant la révélation publique du scandale en 2016 – y compris auprès de son épouse –, les faits sont prescrits et ne pourront pas être jugés.

Son cadet, Didier, a lui aussi subi des abus qui l'ont fait vivre pendant 40 ans "dans l'isolement, dans l'exclusion, dans le silence", y compris vis-à-vis de son aîné. Jusqu'à ce qu'il puisse se confier à d'autres victimes quand l'affaire a éclaté en 2015 – provoquant aussi son divorce.

Lundi, le tribunal avait lu une lettre adressée par leurs parents au cardinal Decourtray, en 1991, après une première – mais courte – mise à l'écart du père Preynat, dont les agissements avaient été dénoncés à l'époque au diocèse par les parents de François Devaux. Dans cette lettre, dont les deux frères ne connaissaient pas la teneur, les parents Burdet apportaient leur soutien au prêtre.

Avec AFP

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