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Trump dans la vallée du Rio Grande, vitrine de sa politique migratoire

Le pont international reliant McAllen, au Texas, et Reynosa, au Mexique, couvert de barbelés après le déploiement de l'armée en novembre 2018.
Le pont international reliant McAllen, au Texas, et Reynosa, au Mexique, couvert de barbelés après le déploiement de l'armée en novembre 2018. Julio Cesar Aguilar, AFP

Donald Trump se rend jeudi à la frontière États-Unis-Mexique pour défendre le financement d'un mur frontalier, refusé catégoriquement par les démocrates. Le choix de la vallée du Rio Grande comme destination est loin d'être un hasard. Décryptage.

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En plein bras de fer budgétaire avec les démocrates, Donald Trump s'envole, jeudi 10 janvier, pour la vallée du Rio Grande, au Texas. Le président américain compte sur cette visite pour promouvoir la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique, promesse emblématique de sa campagne de 2015 et sur laquelle achoppent les négociations pour mettre fin au "shutdown".

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Donald Trump exige 5,7 milliards de dollars pour "une barrière en acier plutôt qu'un mur en béton". Les démocrates refusent de débloquer des fonds supplémentaires pour ce qu'ils qualifient de solution "médiévale". Ils s'opposent au financement de ce mur qu'ils jugent "immoral", coûteux et inefficace. Dans l'attente d'un accord entre les deux partis, l'administration fédérale est contrainte à une fermeture administrative partielle.

Si l'agenda exact du président n'a pas été révélé, il doit atterrir à 12h30 (heure du centre des États-Unis) à l'aéroport international de McAllen Miller. Selon sa porte-parole, Sarah Sanders, il doit rencontrer "ceux qui sont sur la ligne de front de cette crise nationale de sécurité et humanitaire".

Les nouvelles sections seront construites ici

Si le président a choisi cet endroit précis de la frontière avec le Mexique, longue de 3 141 kilomètres, cela n'a rien d'un hasard. La vallée du Rio Grande, à plusieurs égards, représente la vision trumpienne de la frontière americano-mexicaine. Ici, des sections du mur frontalier ont déjà été construites en 2008 sous l'impulsion de l'administration Bush.

Durant sa visite, Donald Trump pourra mettre en avant ses réalisations actuelles. En effet, c'est dans cette zone que seront construits les 40 nouveaux kilomètres de mur financés par les 1,6 milliard de dollars attribués par le Congrès en 2018. À l'époque, la somme avaient déjà été arrachée par Donald Trump au prix d'un "shutdown" et de longues négociations.

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Les travaux ont déjà commencé. Début novembre, la police des frontières annonçait avoir attribué un premier contrat de 145 millions de dollars à l'entreprise Slsco Ltd pour construire 9,6 km de nouvelles barrières. Puis, fin novembre, un second contrat avait été attribué à Gideon Contracting à hauteur de 3,7 millions de dollars.

Selon l'agence de presse AP, Donald Trump réclame des nouveaux fonds au Congrès pour construire 346 nouveaux kilomètres de mur, dont 167 kilomètres pour compléter le secteur de la vallée du Rio Grande et 88 supplémentaires près de Laredo, un peu plus loin sur le fleuve frontalier.

Un lieu majeur d'arrestations de migrants clandestins

Cette excursion sera aussi pour Donald Trump l'occasion d'insister sur la nécessité de contenir l'immigration clandestine. Selon les chiffres d'octobre 2017 à septembre 2018 fournis par la police des frontières, les environs de McAllen ont concentré le plus d'interpellations de migrants. À eux seuls, les effectifs de la vallée du Rio Grande avaient procédé à 137 000 arrestations, soit près de la moitié des arrestations à la frontière du sud. En novembre 2018, les autorités avaient dénombré l'arrestation de 23 000 familles, soit trois fois plus que l'année passée à la même époque.

Au mois de septembre 2018, la section locale de la police des frontières alertait sur ce flot constant d'êtres humains qui tentaient la traversée dans ce secteur.

"Une majorité des arrestations ont lieu près de Granjero, au sud de Mission, dans ce qui est désormais appelé 'Rincon village'. Des migrants clandestins de tout âge se rendent aux agents dans cette zone connue pour être un carrefour du trafic d'être humains", expliquait Manuel Padilla, responsable de la police des frontières pour le secteur de la vallée du Rio Grande, dans un communiqué. Les arrestations peuvent monter jusqu'à 2 000 en trois jours, notait alors ce représentant des forces de l'ordre.

Donald Trump pourrait d'ailleurs inspecter ce secteur lors de sa visite. Le parc d'Anzalduas, situé non loin de cette zone, a en effet annoncé sa fermeture pour la journée et plusieurs groupes d'activistes prévoient d'y organiser une manifestation.

Vitrine des politiques de Trump

Depuis le début du mandat du 45e président américain, la région a ressenti au plus près chacune des décisions migratoires de l'administration Trump. Près de 2 400 enfants migrants séparés de leurs parents ont été détenus au centre de rétention de McAllen au moment où le gouvernement revendiquait l'application d'une politique de tolérance zéro. Les images d'enfants enfermés dans des cages avaient fait le tour du monde. Au total, trois centres de rétention pour mineurs avaient ouvert dans cette région, malgré la mobilisation d'activistes contre cette pratique jugée "inhumaine".

La zone de McAllen a également accueilli l'armée américaine lorsque son déploiement a été décrété par Donald Trump pour contenir les caravanes de migrants avant les élections de mi-mandat. Elle avait établi son camp de base à Donna, et l'avait finalement quitter le 22 décembre. Selon un journaliste local, les militaires étaient cantonnés à la pose et au retrait de barbelés.

Attendu de pied ferme

La visite de Donald Trump dans la région sera donc l'occasion pour le président américain de mettre en scène les résultats de sa politique en matière d'immigration et de justifier sa demande de mur. Cependant, le milliardaire devrait être attendu de pied ferme par la population locale.

La sœur Norma Pimentel, directrice du réseau de charité chrétienne dans la région et figure de la lutte pour le droit des migrants, a écrit une lettre ouverte au 45e président avant sa visite. Lui souhaitant "la bienvenue dans le sud du Texas", elle l'invite à visiter le refuge pour exilés qu'elle tient à McAllen pour qu'il se rende compte de la réalité de l'accueil des migrants.

Plusieurs groupes d'activistes aiguisent également leurs slogans. Tels que les défenseurs de l'environnement, qui craignent que les nouvelles sections du mur ne viennent détruire des parcs naturels locaux, comme le National Butterfly center, véritable refuge de la biodiversité texane. Les propriétaires terriens qui pourraient se voir exproprier devraient également tenter de se faire entendre.

"Donald Trump devrait rencontrer les propriétaires et les regarder dans les yeux pour leur dire pourquoi il compte détruire leur propriété avec un mur", assène Scott Nicol, un militant anti-mur historique de la région, dans le Rio Grande Guardian. "S'il a peur des conséquences de ses actions, il ferait mieux de rester dans son golf de Mar o Lago ou à Washington."

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