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La présidence roumaine de l’UE suscite inquiétude et méfiance

Des Roumains ont manifesté leur soutien aux valeurs européennes durant le gala marquant le début de la présidence roumaine de l'UE jeudi 10 janvier.
Des Roumains ont manifesté leur soutien aux valeurs européennes durant le gala marquant le début de la présidence roumaine de l'UE jeudi 10 janvier. Daniel Mihailescu, AFP

La Commission européenne a mis en garde la Roumanie qui, depuis jeudi, assure la présidence de l'UE. Parmi les dossiers qui font polémique, une réforme de la justice visant à assouplir le code pénal et freiner la lutte anti-corruption.

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"Lorsqu'il s'agit des droits humains, lorsqu'il s'agit de l'État de droit, de la lutte contre la corruption, il n'y a pas de compromis possible", a averti, jeudi 10 janvier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en déplacement à Bucarest. La Roumanie prend officiellement la tête de la présidence tournante de l'UE, alors que le gouvernement est en froid avec l'institution européenne en raison de la réforme controversée de son système judiciaire.

"La Commission est l'amie de la Roumanie, ce dont certains dans ce pays semblent parfois douter", a encore lancé Jean-Claude Juncker lors du dîner de gala marquant le lancement de la présidence de Bucarest. Le gouvernement social-démocrate local a multiplié ces derniers temps les diatribes contre Bruxelles, accusée de vouloir s'immiscer dans la politique roumaine.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a regretté pour sa part que "certains au sein de l'Union européenne pensent que c'est un signe de force d'agir en dehors des règles. Ils ont tort, c'est un signe de faiblesse".

"J'appelle les Roumains à défendre les fondements de notre civilisation politique : la liberté, l'intégrité, le respect de la vérité dans la vie publique, l'État de droit, la Constitution", a-t-il souhaité lors d'un discours très applaudi prononcé en roumain, alors que certains craignent que Bucarest n'emprunte la voie de la Hongrie "illibérale".

Liviu Dragnea, en conflit ouvert avec l'UE

La Roumanie est sous le feu des critiques de Bruxelles en raison de la réforme controversée de son système judiciaire, qui risque d'affaiblir la lutte contre la corruption et saper l'État de droit.

Froissée par les doutes exprimés fin décembre par Jean-Claude Juncker sur la capacité de Bucarest à présider l'UE, la Première ministre, Viorica Dancila, a souhaité que son pays soit traité avec respect. "Nous voulons être des partenaires égaux et respectés au sein de l'UE", a-t-elle réclamé.

Lors de la soirée de gala, une personnalité a brillé par son absence : le président de la chambre des députés et chef du parti social-démocrate au pouvoir, Liviu Dragnea. L’homme fort du pouvoir roumain, âgé de 56 ans, a entamé une procédure contre la Commission devant la justice européenne, estimant que sa présomption d'innocence n'a pas été suffisamment respectée dans une enquête de l'Office européen de lutte antifraude.

Il est soupçonné d'abus de pouvoir et d'utilisation de faux dans un dossier portant, entre autres, sur l'utilisation de fonds européens, selon le parquet anticorruption roumain. Ces fonds qui étaient destinés à des projets d'infrastructures auraient été détournés lorsqu'il était le chef du conseil départemental de Teleorman (sud de la Roumanie), entre 2000 et 2012. Des accusations que rejette totalement Liviu Dragnea.

"C'est une véritable alerte que lance la Commission au moment où le gouvernement roumain tente d'adopter une loi d'amnistie qui pourrait s'appliquer à Liviu Dragnea qui avait écopé en 2016 de deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale", explique Caroline de Camaret, chroniqueuse de l'actualité européenne sur France 24.

Le décryptage de Caroline de Camaret, spécialiste de l'Union européenne

Des réformes judicaires critiquées par l'UE

Lors des élections législatives de 2016, Liviu Dragnea a été privé du poste de Premier ministre en raison de son casier judiciaire et malgré la victoire de son parti. Depuis, il a fait adopter des réformes du système pénal par un gouvernement placé sous son contrôle. Son but inavoué, selon Le Monde : échapper à la prison en affaiblissant la justice.

En deux ans, la Roumanie a ainsi démis la chef du parquet anticorruption, affaibli les incriminations anticorruption dans le code pénal et instauré un corps d’inspection des magistrats sous le contrôle du ministère de la Justice. Dans un rapport au vitriol, publié le 13 novembre, la Commission européenne a exhorté Bucarest à revenir sur ces réformes, alors que la lutte anticorruption était l'un des principaux acquis de l’adhésion à l’UE.

Des centaines de magistrats roumains ont bien tenté de protester en signant des lettres ouvertes mais le gouvernement les menace de représailles via le nouveau corps d'inspection.

Une opposition populaire

Les magistrats peuvent tout de même compter sur le soutien de la population. À chaque nouvelle réforme judiciaire, le pays a vu des milliers de manifestants descendre dans les rues pour s'opposer aux réformes et dire leur soutien aux valeurs européennes.

Parallèlement au dîner de gala de début de la présidence de l'UE, ils étaient de nouveau plusieurs centaines de manifestants à être rassemblés jeudi à l'extérieur de l'auditorium de Bucarest.

"La Roumanie se trouve à un carrefour, ils [les politiques, NDLR] essayent depuis deux ans, et ont partiellement réussi, à mettre la justice à genoux afin de protéger les corrompus", a déclaré à l'AFP Gheorghe Tenita, un retraité, brandissant un drapeau de l'UE et un tricolore roumain.

"UE, désolés pour ce gouvernement" proclamait une pancarte, alors que les manifestants scandaient le nom de l'Europe.

Avec AFP

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