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Gilets jaunes : comment Marine Le Pen tire son épingle du jeu

Marine Le Pen, le 13 janvier 2019 à Paris, lors du lancement de la campagne des européennes du Rassemblement national.
Marine Le Pen, le 13 janvier 2019 à Paris, lors du lancement de la campagne des européennes du Rassemblement national. Jacques Demarthon, AFP

Deux mois après le premier acte des Gilets jaunes, les sondages montrent que parmi les représentants politiques, seule Marine Le Pen a tiré profit du mouvement. Et ce, face à un Jean-Luc Mélenchon, dont le soutien est pourtant très actif.

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Marine Le Pen a retrouvé le sourire : le mouvement des Gilets jaunes lui a permis de tourner pour de bon la page de l’élection présidentielle et d’aborder les élections européennes avec le vent en poupe.

Alors que personne ne pouvait prédire, au jour du premier acte des Gilets jaunes, samedi 17 novembre, ce qu’il adviendrait de ce mouvement, et alors que la plupart des politiques hésitaient quant à la conduite à tenir, Marine Le Pen semble aujourd’hui la seule à en bénéficier.

C’est en tout cas le constat qui peut être fait à la lecture du dernier sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, publié mardi 15 janvier : celui-ci montre que Marine Le Pen est la personnalité politique ayant connu la plus forte progression de sa cote de popularité depuis deux mois.

>> À lire sur France 24 : "Thierry Mariani quitte Les Républicains pour rallier Marine Le Pen"

Selon cette étude, 33 % des Français sondés ont une bonne opinion de la présidente du Rassemblement national, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon. Mais alors que le leader de La France insoumise stagne depuis deux mois, Marine Le Pen, elle, a progressé de six points.

Encore plus parlant, pour la première fois depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, le Rassemblement national est devenu, selon une autre enquête Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio publiée le 8 janvier, le parti qui incarne le mieux aux yeux des Français l’opposition au président de la République.

Ni récupération, ni surenchère

"Marine [Le Pen] a tout de suite eu l’intuition que c’était un mouvement de fond et qu’il fallait le soutenir, explique Philippe Olivier, proche conseiller de la présidente du RN, contacté par France 24. Mais on a respecté l’esprit des Gilets jaunes : on n’a pas considéré qu’il fallait récupérer le mouvement ou faire de la surenchère. Nous les avons laissé parler et nous n’avons jamais appelé à manifester."

Le Rassemblement national a fait le pari qu’il n’avait pas besoin de se rendre visible pour récolter les fruits de la contestation. Mais si Marine Le Pen s’est effectivement tenue en retrait, ses cadres et ses militants, en revanche, se sont rendus sur les ronds-points.

"En discutant avec des Gilets jaunes sur le terrain, j’ai reconnu nos adhérents et nos militants, assure Philippe Olivier. Et clairement, leurs revendications, ce sont les nôtres. Cette France invisible dont on parle depuis des années est devenue visible et, que ce soit sur le référendum d’initiative citoyenne, sur la proportionnelle aux législatives, sur les impôts ou sur les services publics, les Gilets jaunes ont exprimé des revendications que nous portons depuis longtemps."

Pour le rappeler, plusieurs membres du RN ont publié sur Twitter une affiche vieille d’une dizaine d’années représentant un coq déplumé et dénonçant notamment la "baisse du pouvoir d’achat".

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a adopté une autre stratégie en décidant, après quelques hésitations, d’embrasser franchement la colère de ces Français. Il est notamment allé dans la rue avec les Gilets jaunes, a appelé à un "acte V de la révolution citoyenne" et a décrit sa "fascination" pour Éric Drouet, l’une des figures des Gilets jaunes, dans une longue lettre postée sur Facebook. Un activisme qui n’a visiblement pas été récompensé alors que son programme présidentiel comportait aussi de nombreuses mesures en phase avec les revendications du mouvement.

"Si on regarde les revendications des Gilets jaunes, on s’aperçoit que 70 % d’entre elles étaient dans mon programme […]. C’est un mouvement qui me donne entièrement raison", a affirmé le leader de La France insoumise, le 16 décembre, sur RTL.

Dans ce cas, pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne profite-t-il pas lui aussi de la séquence Gilets jaunes ? "La culture politique de Mélenchon reste une culture politique de gauche alors que le mouvement des Gilets jaunes entend dépasser les clivages et est à la base un mouvement anti-taxes", souligne Nicolas Lebourg, membre de l’Observatoire des radicalités politiques, contacté par France 24. "Or, ce discours entendu chez certains Gilets jaunes sur les impôts qui serviraient aux assistés, c’est un discours de droite."

Marine Le Pen aidée par le pacte de Marrakech

Marine Le Pen a également bénéficié d’une autre actualité qui a suscité de nombreux fantasmes chez une partie des Gilets jaunes : la signature en décembre à Marrakech du pacte mondial sur les migrations, qui établit des objectifs de coopération en matière de migration.

Le Rassemblement national n’a pas hésité à propager de fausses informations, parlant volontiers "d’invasion migratoire" qui aurait comme "conséquence immédiate l’effondrement du pouvoir d’achat des Français les plus modestes".

Une rhétorique reprise par certains Gilets jaunes sur les ronds-points et les réseaux sociaux. Deux représentants médiatiques du mouvement, Maxime Nicole (aussi appelé "Fly Ryder") et Éric Drouet, évoquent ainsi dans un échange vidéo ayant dépassé les 160 000 vues sur Facebook l'arrivée de 480 millions de migrants, un chiffre qui ne figure pas dans le texte de l'ONU.

"Marine Le Pen et ses lieutenants savent que c’est un sujet que ne peut pas aborder Jean-Luc Mélenchon, et en profitent en répétant que réduire le coût de l’immigration pourrait permettre de financer des mesures en faveur du pouvoir d’achat. C’est un discours inexact mais terriblement efficace", souligne Nicolas Lebourg.

Enfin, Marine Le Pen a pris soin de condamner les violences contre les forces de l’ordre et les médias, quand Jean-Luc Mélenchon s’est quant à lui positionné sur le créneau de la dénonciation des bavures policières. Problème : si le soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes restait élevé en décembre après les débordements de l’acte III, 69 % d’entre eux ont condamné les violences des manifestants, selon un sondage Ifop-Fiducial publié le 5 décembre.

"Le positionnement de Marine Le Pen a été malin car il lui a permis de rester en phase avec la majorité des Français alors que celui de Jean-Luc Mélenchon a pu apparaître comme pousse-au-crime", souligne Nicolas Lebourg.

Reste à savoir si cette remontée dans les sondages se traduira au printemps par une victoire aux élections européennes. Les sondages placent actuellement le Rassemblement national au coude à coude avec La République en marche. Mais si d’aventure une liste estampillée "Gilets jaunes" venait à émerger, le score du RN en serait alors affecté. Marine Le Pen l’a bien compris. Elle a donc choisi pour sa campagne des européennes un double slogan – "Le pouvoir au peuple" et "On arrive" – susceptible de parler aux Gilets jaunes.

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