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Insultes, humiliations, sketches dégradants… Le sexisme ordinaire à la radio et sur YouTube

Une mineure face à son écran sur Youtube, France.
Une mineure face à son écran sur Youtube, France. Alain Jocard, AFP (Archive)

Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes a dénoncé, dans un rapport publié jeudi, la banalisation du sexisme dans les programmes des matinales de radio et dans les vidéos de célèbres Youtubeurs français.

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Il s'agit du premier état des lieux du sexisme en France. L’étude publiée jeudi 17 janvier par le Haut Conseil à l'Egalité (HCE) alerte sur le "sexisme ordinaire". Elle épingle de jeunes Youtubeurs populaires, mais aussi des humoristes des matinales de radio. "Ils participent à une idéologie qui représente les femmes comme étant inférieures aux hommes", déplore la présidente du Haut conseil à l'Égalité, Danielle Bousquet, interrogée par France 24.

Les chroniques des matinales de radios ont été passées au crible sur le mois de novembre 2017. "L’analyse montre que le sexisme est utilisé de façon massive quand il s’agit de susciter le rire", indiquent les auteures de l’étude. Sur l’ensemble des radios écoutées, 71 % des chroniques contiennent des références sexistes, tels que des stéréotypes attribués aux femmes, présentées comme des hystériques, des sottes, sensibles, fragiles ou émotives.

Chez les Youtubeurs c’est pire. Les vidéos de deux humoristes français les plus populaires, Cyprien et Norman, ont été visionnées et 83 % d’entre elles mobilisent des ressorts sexistes, avec des contenus particulièrement dégradants.

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Des actes sexuels non consentant mimés par un humoriste sur Youtube

Dans l’une d’entre elles, produite par Norman, un jeune homme glisse sa main dans le soutien-gorge de son amie pendant qu’elle pianote sur son téléphone et feint la surprise lorsqu’elle lui demande d’arrêter. "L’agression sexuelle est tournée en dérision et excusée par l’humour. Elle est de ce fait banalisée", juge le rapport.

La star de Youtube Rémi Gaillard, qui figure dans le top 3 de la section Humour du réseau social, n’est pas en reste. Dans plusieurs sketchs, il simule des actes sexuels sur des femmes non consentantes pendant qu’elles sont allongées dans des jardins publics ou sur leurs serviettes de plage. Ces vidéos ont été visionnées plus de 23 millions de fois, ce qui ne manque pas d’inquiéter le HCE. "Les jeunes femmes sont perçues comme des objets sexuels à disposition dans l’espace public", dénonce l’instance consultative.

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"Salope", "pute" et "connasse"… les injures sexistes les plus répandues

Comme l'humour sexiste, les injures envers les femmes sont largement tolérées, note le Haut Conseil à l'Égalité. Les mots "salope", "pute" et "connasse" viennent en tête des injures sexistes les plus courantes à l'encontre des femmes, selon les enquêtes CVS (Cadre de vie et sécurité) conduites par l'Insee avec l'Observatoire national de la délinquance. L'injure sexiste est présente dans deux sketches YouTube sur six de Norman et Cyprien, principalement sur le physique des femmes et leur intelligence, a quantifié le HCE.

"La fréquence élevée du recours à l’humour et aux injures sexistes montre à quel point le sexisme est imprégné dans notre société et ce, depuis longtemps", relève Danielle Bousquet. Or ça n’est pas anodin. "Ces procédés ont un impact sur la vie quotidienne des femmes", signale-t-elle. Le rapport estime qu’ils "dévalorisent l’image que les femmes ont d’elles-mêmes, renforcent les stéréotypes de sexe et légitiment ainsi les inégalités".

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Très peu de plaintes déposées

Autre constat, "le sexisme bénéficie d’une grande tolérance sociale, malgré une prise de conscience grandissante de sa nocivité", souligne l’étude. Ainsi quatre femmes sur dix disent avoir été récemment victimes d'une injustice ou d'une humiliation à caractère sexiste, mais seules 2,9 % des actes donnent lieu à une plainte. Source d’espoir toutefois, "les jeunes – qui sont aussi le public des Youtubeurs étudiés par le HCE – dénoncent plus volontiers le sexisme que les adultes", constate Danielle Bousquet.

Mais le chemin à parcourir reste long. La législation française est encore jeune à ce sujet. L’étude du HCE est la première en France à prendre la mesure du sexisme. Elle a été commandée dans le cadre de l’adoption de la loi relative à l’égalité et la citoyenneté du 27 janvier 2017. Jusqu’ici aucune disposition législative ne contraignait à un pareil examen. "Ce n'est que récemment que le mot 'sexisme' a fait son entrée en tant que tel dans la loi du 17 août 2015 qui définit la notion d’agissement sexiste dans le Code du travail", souligne le rapport.

Ce travail, inédit, a pour but de "faire évoluer les mentalités". Les auteures appellent à "considérer le sexisme comme une idéologie, à la manière du racisme, et non plus seulement comme une attitude discriminatoire". "Et il faudra d’autres études du même type pour prendre conscience", exhorte la président du HCE.

C’est pourquoi l’instance consultative demande que des fonds soient débloqués afin qu'une enquête sur le sexisme puisse être réalisée chaque année, à l'instar de l'enquête faite tous les ans sur le racisme. Le HCE va plus loin et suggère l’adoption d’un "plan national contre le sexisme" pour la période 2019-2022. Il comprendrait des mesures très diverses, comme une meilleure information dès l’école, la formation des agents de service publics, un meilleur accompagnement des victimes et la création d’un musée national du droit des femmes.

Avec AFP

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