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Reporters

Japon : la vie en retrait des "hikikomoris"

France 24

Ils sont un demi-million au Japon : les hikikomoris, ces ermites des temps modernes vivent reclus dans leur chambre pendant des mois, voire des années. Depuis avril 2018, le gouvernement japonais mène une étude nationale afin de mieux comprendre ce phénomène étrange. Autrefois limité aux jeunes, il s'étend désormais à toute de la société japonaise.

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Constantin Simon, correspondant de France 24 au Japon, nous raconte son expérience auprès des "hikikomoris" et nous plonge dans les coulisses de son reportage.

D’abord, le mot : "hikikomori"... Un mot aux consonances exotiques, mystérieuses. Mais comment le traduire : reclus ? Ermite ? Exilé volontaire ? Difficile d’expliquer ce phénomène. En Japonais, "hikikomori" veut dire se retirer, se retrancher.

Communauté de l'ombre

Au printemps 2018, alors que je venais de m’installer au Japon, j’ai choisi pour mon premier sujet de tenter d'approcher ces êtres retirés de la société. Une mission a priori difficile, puisque les hikikomoris ont coupé tout contact avec le monde, et donc avec les médias traditionnels. Cette enquête m'a donc pris plusieurs mois.

Et j'ai fini par découvrir que si certains restent des années sans sortir de chez eux, d'autres côtoient le monde à leur façon, avec méfiance et par intermittence. Un groupe de hikikomoris vient d'ailleurs de créer un journal. C'est grâce à eux, et notamment à l'un d'entre eux qui parle français, que j'ai pu pénétrer cette communauté de l'ombre, qui constitue une sorte de "contre-société" au Japon, très active sur Internet.

Le rêve d’en sortir

Ce qui rassemble tous les hikikomoris : leur inadaptation au monde, notamment à la société japonaise très codifiée, où l'individu compte moins que le groupe. Les hikikomoris ne se sentent pas à l'aise à l'école ou en entreprise, ils n'arrivent pas à se conformer au "moule" imposé par la société et les gens "normaux". Leur chambre devient leur caverne, leur univers secret. Grâce à la télévision ou aux réseaux sociaux, ils gardent un lien avec le monde. Tous sont passés par des phases de souffrance aiguë, de dépression intense. Beaucoup ont du mal à en parler. Quasiment tous rêvent d'en sortir.

"Je n'ai pas choisi d'être hikikomori, mais j'essaye de devenir un meilleur hikikomori", explique mon guide francophone. C'est-à-dire quelqu'un qui assume sa différence. Aujourd'hui il communique avec d'autres hikikomoris dans le monde entier car ce phénomène, identifié au Japon, est aujourd'hui mondial.

La plupart ont moins de 40 ans, mais les hikikomoris plus âgés sont de plus en plus nombreux, et cela inquiète le gouvernement japonais. Les hikikomoris seniors n'ont parfois plus de famille pour les soutenir, restent enfermés de plus en plus longtemps et il devient très dur de sortir de l'isolement. Avec une ultime angoisse : celle de mourir seul, comme c’est le cas pour 30 000 personnes par an au Japon. Un phénomène encore plus inquiétant.

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