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Brexit : Jeremy Corbyn et ses contradictions

Jeremy Corbyn traine depuis plus de 40 ans une réputation d'eurosceptique
Jeremy Corbyn traine depuis plus de 40 ans une réputation d'eurosceptique Pedro Nunes, Reuters

La Première ministre Theresa May a été vertement critiquée pour sa gestion du dossier du Brexit. Mais l’attitude du leader des travaillistes Jeremy Corbyn a aussi contribué à l’impasse actuelle. Les explications de trois spécialistes du Royaume-Uni.

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Il a sorti son "as" et a perdu. La stratégie du leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn pour renverser le gouvernement, mercredi 16 janvier, a échoué. Sa motion de défiance, déposée après le rejet du plan pour le Brexit de Theresa May afin de provoquer des nouvelles élections et s'installer au pouvoir a été rejetée. Et personne ne sait quelle carte les travaillistes vont décider de jouer.

Jeremy Corbyn n’a fermé aucune porte. Jeudi, il a assuré, dans un discours à Hastings (sud du Royaume-Uni), qu’il n’avait pas abandonné l’idée de renverser le gouvernement, mais qu’il n’était pas non plus réfractaire à l’idée d’un deuxième référendum. Il refuse cependant de rencontrer Theresa May... sauf si la Première ministre s’engage à éviter à tout prix une sortie désordonnée de l’Union européenne.

Occasion gâchée

Cette incertitude sur les priorités de Jeremy Corby reflète l’état d’esprit du parti travailliste durant toute la séquence du Brexit. Il a beaucoup été question dans la presse des erreurs qui ont amené Theresa May dans ce bourbier politique actuel. Mais "le rôle de Jeremy Corbyn est trop souvent passé inaperçu", juge Victoria Honeyman, spécialiste des partis politiques britanniques à l’Université de Leeds, contactée par France 24.

Pour la politologue Agnès Alexandre-Collier, détachée à la Maison Française d’Oxford, le parti travailliste a gâché une occasion de jouer efficacement son rôle d’opposant. "Tout le monde sait que le parti conservateur est depuis toujours divisé sur la question européenne, c’était donc aux travaillistes, censés être plus europhiles, de se montrer force de proposition pour expliquer qu’il existait une alternative et forcer Theresa May à négocier. Ce n’est pas ce qui s’est passé", résume-t-elle, interrogée par France 24.

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Au Parlement, les députés du Labour ont surtout brillé par leur immobilisme sur la question du Brexit. "Une attitude qui a certainement joué un rôle dans la paralysie actuelle", assure Agnès Alexandre-Collier. À cela, il y a plusieurs explications.

D’abord, "la stratégie de Jeremy Corbyn a été de se concentrer sur les questions de politique interne", souligne Florence Faucher, professeure au Centre d’études européennes de Science Po à Paris et spécialiste du système politique britannique, contactée par France 24. Dans l’esprit du leader travailliste, en parlant des problèmes de "vraies gens", puis en s’opposant systématiquement à Theresa May dans l’espoir de la faire tomber, il allait améliorer ses chances de gagner d’éventuelles élections anticipées.

Un plan de bataille qui avait tout de la fausse bonne idée pour Victoria Honeyman. "Cela a donné l’impression qu’il faisait de la politique politicienne privilégiant ses intérêts propres alors que le Brexit inquiète vraiment les Britanniques", note-t-elle.

Leader contesté

Jeremy Corbyn se montre aussi réticent à mettre les deux pieds dans le plat du Brexit par idéologie personnelle. "Depuis qu’il a fait campagne contre le référendum de 1975 [sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, NDLR], il traîne une réputation d’eurosceptique", rappelle Agnès Alexandre-Collier. Il a beau avoir assuré qu’il avait voté en faveur du "remain" (maintien dans l’Union européenne) lors du référendum de 2016, il reste soupçonné de sympathie pour le camp du Brexit.

Une position qui le "met aussi en porte-à-faux" par rapport à ses collègues députés travaillistes, explique Florence Faucher. Le débat sur le Brexit a prouvé que "le Labour a autant de positions sur la question qu’il y en a dans le Kamasutra", a affirmé le député conservateur Ross Thompson, jeudi. Les ambiguïtés de Jeremy Corbyn n’ont certainement pas aidé le parti à parler d’une seule voix face à Theresa May.

Surtout, Jeremy Corbyn est un leader contesté par ses pairs. "Il a été mis à la tête du parti en 2015 par les sympathisants, suite à une réforme du mode de désignation du chef de parti, ce qui a pris les membres du Labour par surprise", rappelle Agnès Alexandre-Collier. Une partie des députés travaillistes ont toujours eu du mal à se soumettre à son autorité. Ils ont même essayé de le remplacer en organisant un deuxième vote en 2016… qui n’a fait que le conforter dans son poste.

Ces tensions internes pèsent sur le parti à l’heure du Brexit car "Jeremy Corbyn et ses alliés attachent une grande importance à la pureté idéologique, ce qui fait qu’ils ont tendance à considérer ceux qui ne pensent pas comme eux – que ce soit parmi les conservateurs ou au sein même du Labour – comme des ennemis avec lesquels il ne sert à rien de discuter", explique Victoria Honeyman. Une posture qui, d’après elle, n’a pas facilité la recherche d’une position commune à tous les députés travaillistes, contribuant à brouiller le message.

"Il y a clairement un problème de leadership au sein du parti travailliste", confirme Florence Faucher. Il fait écho à celui qui frappe aussi le parti conservateur où Theresa May est de plus en plus contestée, que ce soit par les "brexiters" purs et durs ou par ceux qui regrettent le Brexit.

Cette double crise de légitimité à la tête des deux formations a été, pour les trois spécialistes interrogés par France 24, un facteur qui a fortement contribué à l’impasse politique actuelle. Et ce sont pourtant ces deux leaders qui doivent permettre au pays d’en sortir.

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